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Sanguis Martyrum, Semen Christianorum

Beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam,
quoniam ipsorum est regnum caelorum !

« Heureux ceux qui subissent persécution pour la justice,
Car le royaume des cieux est à eux ! » [1]

L’actualité aussi tragique soit-elle ne peut nous laisser indifférents face à cet horrible spectacle qui se déroule à quelques milliers de kilomètres de nos foyers.
Sous ce ciel mordoré qui a vu naitre Notre Seigneur lui-même, dans ces déserts arides où chemina jadis l’apôtre des gentils, et où la Chrétienté allait s’établir avant de s’étendre jusqu’à l’Occident, le cimeterre retentit d’un son macabre, il frappe sous l’horrible refrain « Crois ou meurt ! ». Comment taire nos cris de douleurs et d’indignation ? Comment fermer les yeux devant l’immonde supplice ?

Là ou le sang coule et se mêle à la terre d’une pourpre couleur, c’est avant tout celui de Notre Seigneur qui est encore versé sur le nouveau Calvaire préparé pour ses dignes fils qui portent déjà avant leur trépas, la fière palme du martyr. C’est le sang de l’Église qui coule là-bas, celui de notre foi, le nôtre.

« O vous femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur vous mais pleurez sur vous-mêmes ! » nous lancent-ils de concert avec l’Agneau sans tâche ; et dans le fracas des bombes et de la mitraille, nous croyons entendre comme le psalmiste, cette céleste plainte : Quare fremuerunt gentes : et populi meditati sunt inania ? « Pourquoi les nations ont-elles frémi ? Pourquoi les peuples ont-ils tramé de vains complots ? » [2]

Mais plus encore, la situation des chrétiens d’Orient, nos très chers frères dans la foi, nous pousse à nous intéresser à cet acte de foi qu’est le martyr. Tertullien disait que « Le sang des martyrs est la semence des chrétiens » [3] : ne faut-il pas y voir une invitation à regarder vers le Ciel ?
À l’image du bienheureux Noël Pinot, prêtre angevin réfractaire qui dans les tribulations de la révolution française montait à l’échafaud revêtu de ses ornements sacerdotaux, disant les premières prières de la messe que nous récitons au bas de l’autel, Introibo Ad Altare Dei, « J’irai vers l’autel de Dieu. » [4]

Dans son sermon pour la fête de tous les saints, le Très Révérend Père Dom Antoine Forgeot o.s.b., abbé émérite de l’abbaye Notre-Dame-de-Fontgombault nous invitait : « Saluons déjà la moisson qui ne manquera pas de se lever dans l’Église fécondée par tant de sang répandu ; et prions Dieu, par l’intercession de ces martyrs, de nous donner la force de marcher sur leurs traces si nous devions connaître semblable épreuve. » [5]

L’illustre docteur angélique dans sa Somme théologique nous instruit davantage sur ce qu’est le martyr [6] et sa plume admirable ne saurait égaler toutes les définitions que nous pourrions donner en reprenant toute la tradition des Pères de l’Eglise.
Dom Guéranger dans son commentaire sur la fête de Saint Etienne, protomartyr nous enseigne :

Le Verbe de Dieu est envoyé afin d’instruire les hommes ; il sème sa divine parole, et ses œuvres rendent témoignage de lui. Mais, après son Sacrifice, il remonte à la droite de son Père ; et son témoignage, pour être reçu par les hommes qui n’ont pas vu ni entendu ce Verbe de vie, a besoin d’un témoignage nouveau. Or, ce témoignage nouveau, ce sont les martyrs qui le donneront ; et ce ne sera pas simplement par la confession de leur bouche, mais par l’effusion de leur sang qu’ils le rendront. L’Église s’élèvera donc par la Parole et le Sang de Jésus-Christ ; mais elle se soutiendra, elle traversera les âges, elle triomphera de tous les obstacles par le sang des martyrs, membres du Christ ; et ce sang se mêlera avec celui de leur chef divin, dans un même Sacrifice. Les martyrs auront toute ressemblance avec leur Roi suprême. Ils seront, comme il l’a dit, « semblables à des agneaux au milieu des loups » [7]. Le monde sera fort contre eux ; devant lui, ils seront faibles et désarmés ; mais, dans cette lutte inégale, la victoire des martyrs n’en sera que plus éclatante et plus divine. L’Apôtre nous dit que le Christ crucifié est la force et la sagesse de Dieu ; les martyrs immolés, et cependant conquérants du monde, attesteront, d’un témoignage que le monde même comprendra, que le Christ qu’ils ont confessé, et qui leur a donné la constance et la victoire, est véritablement la force et la sagesse de Dieu [8]. Il est donc juste qu’ils soient associés à tous les triomphes de l’Homme-Dieu, et que le cycle liturgique les glorifie, comme l’Église elle-même les honore en plaçant sous la pierre de l’autel leurs sacrés ossements, en sorte que le Sacrifice de leur Chef triomphant ne soit jamais célébré sans qu’ils soient offerts avec lui dans l’unité de son Corps mystique. [9]

Réjouissons-nous donc tous dans le Seigneur pour cette féconde moisson ; l’Église militante pleure ses enfants, l’Église triomphante les accueille avec joie dans le Ciel !
Et il est une réalité encore plus forte à l’approche du Carême que chantent depuis le Ciel, tous ces hommes, toutes ces femmes et même peut-être tous ces enfants prêtant leur voie à celle du prophète Jérémie : Jerusalem, Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum ! [10]

Sous le regard de Notre-Dame, Stabant Juxta Crucem Jesu [11], Mère pleine de douleurs, sachons à la suite de tous ces martyrs nous tourner humblement vers son Divin Fils et nous abreuver à la source d’eau vive qui jailli du Sacré-Cœur, Sicut cervus desiderat ad fontes aquarum : ita desiderat anima mea ad te, Deus, « Comme le cerf languit après les sources d’eaux : ainsi languit mon âme après vous, mon Dieu. » [12]

Ultima Ratio Regum

[1Mt,5,10

[2Ps,2,1

[3Tertullien, Apologétique, 50,13

[4Ps,42,4

[6Pars IIa, IIae, quaestio 124.

[7Mt,10,16

[81Cor,1,24

[9Dom Prosper Guéranger o.s.b., abbé de Solesmes in L’Année Liturgique, tome II, « Le Temps de Noël ».

[10Lamentations du prophète Jérémie

[11Jn,19,25

[12Ps,41,2

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