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Tolérance, soumission et acceptation

25 mars 2014 Henri de Begard

Nous devons "être ouvert", "vivre dans notre temps", ne pas être "rétrograde, conservateur ou coincé". Combien de fois, en tant que catholiques, avons-nous entendu ces propos ? En un mot, nous devons être "tolérant". Mise en avant comme une des plus hautes valeurs du progrès et de la modernité, sans elle, point de salut. Pourtant est-ce bien encore de tolérance qu’il s’agit ? Quand l’état s’arroge le droit de définir le bien et le mal, celui de décider ce que nos enfants doivent considérer comme normal ou déviant, s’agit il seulement de tolérance ?

La tolérance

Tolérance : Fait de tolérer quelque chose, d’admettre avec une certaine passivité, avec condescendance parfois, ce que l’on aurait le pouvoir d’interdire, le droit d’empêcher.

La tolérance est-elle catholique ? Si tolérance il y a, elle ne peut être suffisante en elle même. Nous devons aller plus loin. Elle ne peut être profondément catholique que si elle s’accompagne du respect envers les pécheurs. Seul Dieu est à même de sonder les cœurs et les reins. Pourtant ce respect ne nous commande pas de nous taire sur l’immoralité des actes. C’est la distinction que l’Eglise, à la suite du Christ, fait entre péché et pécheur, entre les actes commis et les personnes qui les commettent. Si les actes doivent être condamnés et dénoncés, les personnes, elles, doivent être respectées et regardées avec compassion, non avec mépris ou haine. C’est tout le sens du « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » [1].

Mais la tolérance ne doit pas se confondre avec l’indifférence. Ce fut pourtant la première phase de la “révolution morale” du monde occidental. La jeune génération demanda alors à pouvoir librement s’adonner aux vices et aux vertus, sans distinction. C’est là que nous vîmes la démission morale d’une partie des catholiques. Confondant tolérance avec indifférence, ils cessèrent publiquement de condamner le vice et d’exalter la vertu.

La soumission

Soumission : Action de soumettre, de réduire à la dépendance, à l’obéissance par la force.

La soumission est l’acceptation sous la contrainte. Pour qu’il y ait tolérance, il faut qu’il y ait choix délibéré. C’est la deuxième étape en cours. Interdire sous peine d’être accusé de “*-phobie” ou de “*-isme” toute critique des comportements immoraux ou déviants. Renommer le bien en mal. Rejeter toute morale. Nous devons non seulement les laisser faire librement, mais nous n’avons plus le droit d’émettre le moindre doute sur la moralité de leurs idées, de leurs comportements, de leurs normes. Nous devons nous taire et accepter qu’il en soit ainsi. Parce que la société évolue. Parce que nous ne devrions pas discriminer.

La reconnaissance de « la liberté pour ceux qui pensent autrement » nous serait ainsi de force imposée. "Si l’État reconnaît la liberté des consciences en matière de foi surnaturelle et naturelle, est-il du coup agnostique ? Aucunement. L’État qui m’obligerait à me comporter publiquement com­me un agnostique serait aussi intolérant que l’État qui me forcerait d’être chrétien." [2]

C’est pourtant dans cette seule perspective que la tolérance est acceptable pour un chrétien : quand il s’agit d’user de persuasion et non de violence pour établir un ordre catholique, pour (r)établir une véritable morale. Mais demander aux catholiques d’accepter et de se taire est à la fois une violence faite au catholiques et un reniement de notre foi.

L’acceptation

Acceptation : Donner son consentement ou son assentiment.

Se soumettre. Se taire, mais rugir au dedans. Se taire sous la loi, mais ne pas l’accepter. Même cet état est de trop. Ils ne souhaitent déjà plus notre tolérance. Ils veulent maintenant notre soumission, et l’introduction de certains enseignements “d’ouverture à l’autre”, de “lutte pour l’égalité et contre les discriminations” montre que cette soumission n’est qu’un passage avant l’ultime étape : notre acceptation.

Que nous soyons enfin rééduqués à leurs valeurs, que nos enfants acceptent pleinement ce choix, puisque toutes les “options” se valent. Qu’il n’y a plus ni morale, ni interdit. Non seulement dans la loi, non seulement dans nos paroles et nos actes, mais aussi dans nos cœurs et nos âmes. Ils aspirent à la destruction de l’âme, à la destruction totale de la morale et la rééducation de nos cœurs.

Ils ne supportent pas nos critiques. Ils ne supportent pas notre réprobation. Même le poids de nos regards silencieux, de nos visages bâillonnés mais réprobateurs est trop lourd, inacceptable. Comme un enfant qui a besoin de l’approbation de leurs parents, ils cherchent à tout prix à faire accepter à la société entière leurs projets insensés. Ils cherchent une approbation morale à ce qui ne peut en avoir.

La tolérance est devenue aujourd’hui le masque derrière lequel se cachent ceux qui veulent nous interdire toute valeur morale. Nous tolérons leurs comportements (mais faut-il seulement continuer à le faire ? Je n’arrive pas à m’enlever de l’esprit que le mot de tolérance a toujours un goût de démission et de capitulation) mais nous les condamnerons toujours. Ni la morale naturelle, ni la morale catholique ne se tairont. Un catholique français a quelque droit de parler haut dans son pays, et nous ne nous priverons pas d’en user [3].

Catholique, parle clair et marche droit !


[1Évangile selon Saint Jean VIII, 7

[3Etienne Gilson, Pour un ordre catholique, Parole et Silence, 2013, p.37

25 mars 2014 Henri de Begard

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