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Shamima Begum ou la dégénérescence morale de la gauche woke britannique

Imaginez un article publié en France en 1950. Celui–ci est une interview de René parti s’engager à 15 ans dans la division Charlemagne de la Waffen-SS. Il dit regretter car les allemands ne « nous considéraient pas comme des vrais aryens » alors qu’il y était allé pour l’Europe Nouvelle. Retenu dans un camp par les forces yougoslaves, il se plaint. Il dit regretter les tirs de V2 sur le Royaume-Uni et les avoir approuvés dans une précédente interview de 1947 car il était trop focalisé sur la souffrance des victimes du bombardement de Dresde. Il ne revient pas sur ses propos de 1947 approuvant les différents massacres des nazis. Imaginez une campagne visant à présenter René comme la victime d’un lavage de cerveau. Je pense que le lecteur comprendrait clairement que les propagateurs d’une telle campagne ne sont pas très clairs sur leur rapport au nazisme.

De 2018 à 2021, la gauche britannique s’est trouvée une martyre symbolique de l’islamophobie et du racisme systémique, Shamima Begum. Celle-ci est partie à 15 ans rejoindre l’État islamique en sachant très bien les forfaits qu’ils commettaient, comme leurs actions génocidaires et l’esclavage sexuel. Elle a par ailleurs justifié en 2019, l’esclavage sexuel des femmes yézidies... tout en disant avoir changé et en quémandant de pouvoir rentrer. Elle a participé à la vie de l’État islamique en y adhérant totalement et a donc soutenu cette structure étatique sanguinaire. Elle ne regrette rien. Elle ose même dire qu’elle ne condamnait pas les attentats car elle était focalisée sur la « souffrance se déroulant au Moyen-Orient » (visiblement pas celles qui concernaient les esclaves sexuelles yézidies et chrétiennes ou leurs maris massacrés).

Le discours de la gauche britannique à son propos prend trois lignes : d’abord ce serait une adolescente ayant fait une « erreur » - un peu comme rentrer pompette le soir... Elle aurait par ailleurs été « abusée » par l’État islamique. Oui beaucoup de femmes ont été si l’on veut « abusées » c’est-à-dire réduites en esclavage sexuel [1].

Ensuite, Shamima Begum aurait été de l’autre côté de la barrière de celui des oppresseurs réduisant d’autres êtres humains en esclavage. Considérer qu’elle a subi le même sort revient à cracher sur la mémoire des réelles victimes.

Enfin, elle serait victime de « racisme et d’islamophobie ». La preuve : un jeune suprématiste blanc de 21 ans ayant téléchargé de la littérature néo-nazie n’a pas subi le même sort qu’elle. Le fait que l’idéologie qui fait le plus de mal en termes objectifs actuellement est vue comme la plus bénigne en dit long sur la vision morale de la gauche britannique. Leur argument repose sur une victimisation dont l’équivalent en 1950 serait « Helmut membre de la Waffen SS est un pauvre type prolétaire issu d’une nation victime du traité de Versailles, c’est une victime ». Passons sur le sexisme voyant dans les femmes ayant rejoint l’OEI, de pauvres petites choses victimes ne pouvant pas adhérer idéologiquement. Il est amusant de voir que ce discours arrive après beaucoup d’articles expliquant comment par exemple les femmes blanches adhéraient à la suprématie blanche même sans acte d’adhésion idéologique concret comme quitter son pays pour aller rejoindre une organisation terroriste et génocidaire dans un pays en guerre.

Certes, Shamima Begum comme tout homme et toute femme sur Terre peut accéder à la rédemption comme tout le monde. Rien ne l’empêche de la trouver lors d’une peine de prison de 30 ans incompressible. Si vous ne pensez pas qu’elle le mérite demandez-vous quel est votre positionnement par rapport à un génocide. Et de quel côté de la barricade vous vous trouvez.

Rainer Leonhardt

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