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Dans le dossier de votre gazette favorite qui s’ouvre sur la tentation du neo-paganisme, nous pouvons mettre l’accent sur la finalité et les moyens que chacun pose dans ses actions, engagements, services ou affichages. Cet aspect du combat spirituel peut-être en effet à méditer afin de ne pas tomber et faillir dans la dérive néo-païenne, des engagements dévoyés ou d’une vie déconstruite. Le diable n’aura cesse de vouloir détruire l’Église et c’est par nous qu’il passera puisqu‘il ne peut détruire l’origine du Bien – Dieu. Le mal s’attaquera alors ses fruits, c’est-à-dire les hommes et les femmes qui servent le Seigneur.

L’unité de vie

Un moyen pour parer les embûches de ce monde sur les champs de la pensée et de la culture catholique et française est de se protéger avec, comme armure, des principes inébranlables en matière de respect de la vie, de son prochain ou de la vérité, pour ensuite pouvoir distinguer le bien du mal et être pleinement libre. Il est nécessaire de s’attacher à ces principes en toute circonstance et à chaque instant de notre humble vie pour jouir de cette unité intérieure. Afin de visualiser ce cheminement, prenons un exemple type que l’on retrouve dans les documentations pédagogiques du scoutisme, le fameux « que d’la gueule » [1].

Derrière leur belle apparence de « catho-tradi-mytho-pêchu », il n’y a hélas plus ou pas grand-chose. Oh, si on les croise dans la rue, on se dit « ça, c’est un type bien ! » : le chèche, la coupe de cheveux, l’autocollant espoir et salut de la France derrière la voiture... tout y est ! Ouf ! On est rassuré ! Avec un peu de chance, il va même à la messe tradi...oui...oui mais NON ! Tout ça ne vaut RIEN si derrière, il n’y a pas un désir brûlant d’aimer Notre Seigneur, de le servir, de lui plaire... Tout ça ne vaut RIEN, si l’on ne désire pas être un saint ! Et c’est là-dessus que nous devons nous examiner chaque jour : oui ou non, ai-je le désir d’être un saint ? Est-ce que j’en prends réellement les moyens ?

Texte attribué à l’abbé Hyvernat

Non pas qu’il ne faille pas afficher nos convictions, mais il faut faire mieux que cela car nous sommes tous appelés à la sainteté, aller de l’avant avec le casque de l’humilité en se rappelant de temps en temps que « le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit ». Combattre hypocrisie et orgueil n’est certes pas une mince affaire, mais le renoncement à soi-même, l’humilité dans le service et l’abandon au Christ sont de bons boucliers. « Le saint n’est pas celui qui ne tombe jamais mais celui qui se relève toujours. » nous disait Saint Josemaria Escrivá.

Nous prêchons plus par notre manière d’agir que par nos convictions affichées, et la meilleure manière d’agir pourrait être la suivante : « La suprême sagesse, en face de Dieu, c’est de prendre une feuille blanche, de signer son nom en bas, puis de la présenter à Dieu pour qu’Il écrive ce qu’Il veut. » P. de Montcheuil.

Dérives néo-païennes vis-à-vis de la Patrie

Dans le lot d’autres divinités que Dieu recherchées par l’homme, comme l’argent, le sexe ou le pouvoir, il y en a de plus subtiles qui peuvent toucher le cœur de nos actions. Nous citerons deux exemples de services à la patrie pouvant être affectés par le néo-paganisme en tant qu’ils serrent un culte à la patrie : l’esprit partisan et la divinisation de l’armée.
L’esprit partisan ? Les partis en France sont issus de la Révolution, opportunités historiques voguant au gré des vagues de la société. À l’origine, les partis servent le fonctionnement démocratique et ce dernier n’est, en principe, qu’un moyen pour atteindre le bien commun et le juste gouvernement de la res publica. Les partis ne sont donc ni des idoles ni des absolus.
Chantal Delsol soulignait même la culture chrétienne de l’élection « depuis Saint Benoît le gouvernement était lié par le droit et où l’exécutif provenait de l’élection du Chapitre. Les moines disent : ’ le nombre est une présomption de saniorité ’ : à noter le mot ’ présomption ’ (non une preuve). » Néanmoins les citoyens peuvent-ils voter avec raison ? Le fait est qu’« un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective » nous dit Simone Weil, et si l’on y rajoute la culture de masse, son pendant, celle de l’individu ainsi que le bruit médiatique et la justice de cette dernière qui va plus vite que celle des institutions, on ne peut admettre que les citoyens votent avec raison ou du moins pas avec des partis politiques. Simone Weil continue ainsi dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques
 [2] : « Si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux ». Cet esprit partisan se retrouve partout : à gauche, à droite, au Front national. S’ils ne faisaient que supporter un parti ou certains candidats et élus, ce serait recevable, mais nonobstant que les débats clivants portent plus sur le libéralisme ou les enjeux de société, de nombreux partisans ignorent ou gâchent une partie du bienfait dans les autres partis ou systèmes, et entretiennent les divisions. On constate par exemple le braquage immédiat et systématique de nombreux élus et militants du Front National à l’évocation du mot « Europe ». De même à l’UMP, très rares sont ceux qui donnent un avis nuancé ou mitigé sur l’euro pour rester sur les mêmes thématiques ; de nombreux chevaux de bataille d’un parti deviennent subitement des idées nauséabondes pour un autre alors que les programmes, les paroles et passions volatiles des hommes sont en changement constant. Il est de notre devoir de traquer ces relents de manichéisme en exerçant sur eux les armes que sont tempérance et de prudence. La Doctrine Social de l’Église nous le rappelle : « Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l’éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l’Évangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d’action dans l’enseignement social de l’Église » [3]. De plus, les partis obéissent souvent à d’autres logiques que leur vocation synthétisée ici : « Les partis sont appelés à interpréter les aspirations de la société civile en les orientant vers le bien commun » [4] à travers leurs luttes intestines, compromis, conflits de personnes et d’intérêts. Ce sont des dérives qui peuvent entrer dans toutes les organisations, mais en matière de pouvoir la tentation est d’autant plus forte de servir la politique et non les hommes.

Dans le cas de l’armée qui est, comme l’engagement politique, un service essentiel et bon pour l’humanité, nous pouvons y déceler une part de paganisme et plusieurs tentations. Étudions d’abord l’hymne national qui est le plus chanté dans nos armées. On y trouve des phrases exaltant la Patrie en la rendant supérieure à toute chose, justifiant ainsi la guerre : « Amour sacré de la Patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs ». De même de nombreux chants cultivent l’idée de divinisation de l’armée et du « mourir pour sa patrie » qui ferait de nous de meilleurs citoyens. Mourir pour sa patrie n’est absolument pas un mal, mais il faut différencier les motivations et les conséquences qui se cachent derrière. Si une famille nous attend dans notre Patrie, au sens de terre de nos pères, notre foyer, alors mourir pour sa patrie est dévoyé et paradoxal, car notre prochain et premières priorités sont notre femme et nos enfants. En disant cela, nous ne condamnons pas le risque que prennent tous les militaires en opérations extérieurs, le risque zéro n’existe pas et Dieu peut nous rappeler à lui à chaque un instant, mais la sagesse impose de ne pas jouer avec le feu. Malheureusement, dans chaque corps et à chaque grade nous trouvons des soldats certes bardés d’idéaux et traditions, mais parfois sans le fond et la raison qui font poser la question du « pourquoi ? » ; le plus triste étant que bon nombre de jeunes catholiques ayant fait Saint-Cyr - ou non - tombent aussi dans ce piège né de notre orgueil.

Prenons la prière comme bouclier, la très sainte Vierge comme bannière et que les archanges nous aident à vaincre Satan et ses œuvres pour la gloire du Très-Haut.


[3Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, § 574.

[4Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, § 413.

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