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Quel vote pour les frontistes ?

Au soir du premier tour, un journaliste de BFMTV expliquait que, pour que Nicolas Sarkozy obtînt 51% des suffrages, il fallait que 100% des voix de Debout la République, 60% des voix du MoDem et 80% des voix du Front national se reportassent sur sa personne.

Le score historique du Front national a naturellement poussé le président sortant à faire une campagne encore plus à droite qu’au premier tour. Ce sont les électeurs frontistes qu’il faut en priorité convaincre. Ce sont eux qui décideront du sort de Nicolas Sarkozy le 6 mai. Vont-ils massivement voter pour ce dernier afin de faire barrage à la gauche ? Rien n’est moins sûr. En effet, contrairement à l’extrême-gauche qui appelle toujours ses électeurs soit à voter pour le candidat de gauche (Joly), soit à battre le candidat de droite (Mélenchon et Poutou), le Front national ne s’est jamais senti solidaire de la droite de gouvernement. C’est la raison pour laquelle Marine Le Pen n’a donné aucune consigne de vote pour le second tour, indiquant seulement qu’elle voterait blanc. Mais l’essentiel n’est pas là : rien ne dit que les consignes de vote soient véritablement suivies d’effet. L’autre élément qui fasse douter d’un report de voix massif en faveur du président sortant a trait à la composition des électeurs du Front. Ceux-ci sont loin d’être homogènes, ainsi que l’ont remarqué, non sans étonnement, Charles Cartigny et Bago [1]. Cette hétérogénéité doit être recherchée, semble-t-il, dans l’évolution idéologique du parti frontiste. Chacun aura remarqué combien la dénonciation de la mondialisation visait, dans la bouche de Marine Le Pen, au moins autant, sinon plus, la libre circulation des capitaux et des marchandises que celle des hommes. Le discours du « troisième homme », le soir du 22 avril, est à cet égard particulièrement révélateur. La présidente du Front national se félicitait d’avoir fait « exploser le monopole des deux partis de la banque, de la finance, des multinationales, du renoncement et de l’abandon » (1,31) :


Marine Le Pen a affirmé "être le nouveau chef de... par BFMTV

Le Front national à tendance libérale des années quatre-vingt est bien loin. Pendant toute la campagne, la fille de celui qui se targuait naguère d’être le « Reagan français » a ardemment fustigé la « mondialisation libérale ». Il est probable que ce couplet un tantinet démagogique ait agacé une bonne partie de ses électeurs, du moins ceux qui, tout en adhérant sans réserve à la défense de la patrie et de la famille, sont conscients qu’un repli économique serait néfaste. D’ailleurs, ces électeurs ont sans doute voté pour Marine Le Pen non pas pour son discours antilibéral mais bien en dépit de celui-ci. On peut gager sans trop de risque que ceux-ci voteront comme un seul homme pour Nicolas Sarkozy le 6 mai. Mais que dire de ceux qui ont subi un déclassement économique, qui pensent que la crise que nous traversons est celle du capitalisme, qui estiment comme Hollande qu’il n’y a qu’un ennemi : la finance ? Qui nous dit que ces électeurs-là ne vont pas choisir le candidat socialiste ? Certes, on pourrait objecter que de tels électeurs sont minoritaires. Peut-être... Le danger pourrait alors venir des idéalistes déçus. À droite, certains ont été tellement désappointés des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy qu’ils seraient prêts à s’abstenir ou à voter en faveur de François Hollande. Le but de cette démarche est, à terme, une explosion de l’UMP et une recomposition de la droite entre un pôle libéral-orléaniste et un pôle national-bonapartiste (pour une défense de cet objectif, d’un point de vue plus philosophique que pragmatique, voir l’article de Dupleix [2]). Cette ligne est, vraisemblablement, celle du Front national lui-même. Lequel se verrait naturellement à la tête de ce nouveau parti de droite nationale. Mais quand bien même ce scénario se réaliserait, il faudrait en attendant supporter cinq ans de socialisme à la tête de l’État, avec toutes les conséquences désastreuses que l’on sait.

Toute la question est donc de savoir si les électeurs frontistes vont se laisser séduire par ces conjectures hasardeuses ou s’ils seront plus soucieux de défendre l’essentiel. Les réformes économiques sont toujours possibles : une bonne mesure peut chasser la mauvaise. Il est en revanche très difficile de faire marche arrière en ce qui concerne les questions de société [3]. Voilà pourquoi, le 6 mai, Nicolas Sarkozy a besoin de toutes les voix du Front national.

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