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Pas d’Amour, C’est Sûr !

29 janvier 2013 Benjamin ,

Je ne reviendrai pas directement sur les débats qui nous ont mobilisés depuis quelques mois. Mais combien de fois a-t-on entendu « il y a déjà le PACS » ou « améliorons plutôt le PACS » ? [1] Il est presque aussi incohérent de s’appuyer sur le PACS, si l’on s’y était opposé, pour contrarier le projet de loi du mariage homosexuel que, pour ceux qui le défendent, de se renier autant après avoir juré que le PACS n’aboutirait pas au mariage homosexuel.

Car la première critique faite au PACS était qu’il conduirait au mariage pour les couples homosexuels. On voit aujourd’hui que cette critique était bien fondée. Mais le PACS en lui même est une hérésie, pour peu que l’on puisse utiliser ce mot ô combien réactionnaire. Il donne en effet certains droits aux couples qui le contractent, certains avantages. Je ne me perdrai pas en considérations juridiques, il suffit de voir qu’il a du succès pour comprendre qu’il apporte bien quelques avantages.

Si l’État favorise donc les couples qui le contractent, c’est qu’il y voit un bien. À l’image du mariage qui est favorisé dans la mesure ou il est bon, essentiellement selon ces deux aspects :

  • du point de vue des époux qui, par le mariage et l’amour qu’ils y échangent, ont un chemin privilégié pour atteindre leur fin ;
  • du point de vus des enfants qui, par cette institution sont protégés et encouragés, et ceux-ci permettent le renouvellement de la société.

Mais il ne s’agit pas de cela dans le PACS. Pour ce qui est du deuxième aspect déjà, celui-ci ne prévoit rien par rapport à la filiation. Car c’est bien pour préserver son lien nécessaire avec le mariage qu’il a été mis en place indépendamment du mariage. Et c’est d’ailleurs la raison de l’orientation du combat contre le mariage pour tous pour une défense de la filiation et des enfants essentiellement. Le seul bien qui peut en découler doit donc être entre les deux personnes qui le contractent. En quoi donc est-il bon de s’unir par ce pacte civil de solidarité ?

L’État recherche le bien commun de la société. Il doit favoriser les conditions du bonheur des citoyens (tout en les laissant bien sûr libres). Il est donc tout à fait légitime de favoriser les situations dans lesquelles un homme sera plus heureux. Et assurément l’amour permet cela, car dans l’amour on peut réellement être soi, devant l’autre. C’est la meilleure manière d’entrer en relation. Et c’est d’ailleurs celle-ci qui, poussé jusqu’au bout, a une réelle fécondité. [2] Ainsi, prôner l’amour entre deux personnes en lui donnant un cadre juridique stable et favorable le rend plus facile. Évidemment cela ne fait pas aimer quand on n’aime plus, car l’amour est bien loin de l’aspect juridique. Mais une stabilité juridique favorise une stabilité relationnelle, évitant une rupture non réfléchie, et manifeste par sa présence l’importance à y accorder.

Mais est-il question dans le PACS d’amour ? Les contractants ont pour devoir l’un envers l’autre l’entraide financière en cas de besoin. Ce n’est là que la formalisation de ce qu’on pourrait faire matériellement en toute amitié réelle, et à plus forte raison s’il s’agit d’un amour exclusif. Ainsi on pourrait bien y voir la reconnaissance d’un amour entre les partenaires, dont ce ne serait qu’une des expressions. Mais l’aspect principal du Pacs qui retiendra ici notre attention est le suivant : il peut être dissout à tout moment sur simple demande de l’un des deux partenaires seulement [3]. Cela évite bien sûr toutes les difficultés administratives que nécessite une demande de divorce. Car il n’y a plus besoin de divorcer. Finalement au moment de contracter le Pacs, les partenaires se disent l’un à l’autre « Nous nous aimons, nous sommes bien ensemble, alors vivons ensemble, ce sera agréable. Mais quand ce sera plus difficile, je partirai. » C’est-à-dire que c’est une promesse de s’aimer dans le bonheur et de se quitter dans les épreuves, parodie bien triste du mariage. Et donc, ce n’est dès le début, pas de l’amour. Chacun ne recherche que son propre bien. Pourquoi dès lors parler de divorce puisque dans la séparation chacun ne cherche toujours que son propre bien, sans donc aucune rupture. Il ne s’agit que d’égoïsme teinté de sentiments romantiques. On n’aime absolument pas l’autre mais le plaisir que l’on a avec lui, et les avantages matériels qui nous sont permis par cette vie commune. C’est un amour de consommation, de profit. Cet amour peut faire illusion, la passion en a aveuglé plus d’un. Mais les bonnes intentions ne font pas la profondeur de la réalité.

L’État qui met en avant et favorise ce pseudo amour a oublié ce qu’est l’amour, ce qu’est l’homme. Donc nécessairement, inexorablement, le PACS ne peut que mener à la dénaturation du mariage afin que les couples homosexuels puissent se marier. Inévitablement la société ne pourra rien faire contre ceux qui veulent détruire la société et détruisant la famille, car elle n’y verra pas le mal. Et elle n’y verra pas le mal parce qu’elle ne voit plus aujourd’hui où est le bien. Au-delà du combat qui nous mobilise aujourd’hui, vivons de telle sorte que ce qu’est réellement l’amour et ce qu’est réellement le mariage apparaisse mieux. Montrons notre cohérence, car les idées ne suffisent pas à être heureux.


[1Un exemple très récent, chez l’un des trois porte-parole ayants été reçus à l’Élysée : http://www.lamanifpourtous.fr/intervention-de-jean-pier-delaume-myard-aupres-de-francois-hollande
Notez que je ne remets pas en question la validité de l’argument venant de lui, il est en cohérence avec son discours. Mais je ne peux que revenir dessus et pousser le débat un peu plus loin que la limite imposée aujourd’hui par l’opposition à un projet qui comporte plus d’un déni de réalité...

[2On pourra se référer ici par rapport au mariage à cet autre article : http://www.lerougeetlenoir.org/les-opinantes/et-l-amour-dans-tout-ca

29 janvier 2013 Benjamin ,

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