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O tempora, o mores !

« Quousque tandem abutere, Boisart, patientia nostra ?
Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet ?
Quem ad finem sese effrenata jactabit audacia ? »

Bonne nouvelle, mes amis ! L’outrage à personne publique est autorisé dans ce pays, sitôt que vous êtes jeune, car, comme l’affirmait le procureur, « à 62 ans, vous êtes d’autant moins pardonnable de vous être laissé aller à un emportement contre un jeune de 16 ans, ces jeunes auxquels notre génération laisse si peu d’espoir ». Aussitôt terminé cet article, ayant perdu tout espoir, je m’empresserai d’ailler insulter le maire du XIe...

Le sexagénaire dont il est question dans ce réquisitoire enflammé s’appelle Maurice Boisart. Mais mérite-t-il seulement qu’on l’appelle par son nom ? Son visage rond et bonhomme le cache bien, mais cet être est un danger public, un criminel de masse, pis encore, un coupable de crime contre la jeunesse. Il a osé, tenez-vous bien, asseyez-vous, de peur que vous ne tombiez d’effroi, éloignez les enfants de l’écran, ils pourraient mal le supporter, si vous êtes fragile du cœur, stoppez net la lecture de cette opinante ! Il a osé, donc, disais-je, ce butor, ce bourreau d’enfants, ce docteur Mengele, pardonnez-moi, mais j’ai du mal à vous le dire, tant la charge est lourde, il a osé… osé… osé… mon Dieu, pardonnez-moi… il a osé donner une gifle à un jeune.

J’ai honte d’écrire cela. Le spectacle est insoutenable. Maurice Boisard, maire de Cousolre, dans le département du Nord, a frappé un pauvre chérubin, une victime innocente, qui n’avait fait que dégrader un grillage réparé par la commune pour l’insignifiante somme de 10 000€. Face à l’intolérable remarque du tyran local, le jeune ne s’est contenté que de lui dire, légitime défense oblige, car, nous sommes tous d’accord, l’autorité, c’est fasciste, « Fils de pute, je vais niquer ta mère, attends, si t’es un homme, je vais te tuer ». C’est là que l’impensable se produisit. Le coup partit. La rude main de l’édile alla frapper la peau encore boutonneuse du jouvenceau, dans une fureur qui n’eut d’égal que l’invasion des Huns. Le souffre-douleur de ce tortionnaire s’en alla donc chez lui chercher deux couteaux… Légitime défense, encore une fois, bien sûr... Bernard Beffy, le procureur, défenseur de notre jeunesse en fleur, tel un Cicéron accablant Catilina, requit à l’encontre de celui que nous ne tarderons plus à appeler « la bête de Cousolre », une amende de 500 euros. Le tribunal alla plus loin, le condamnant à 1000 euros avec sursis et, justice est rendue, 250 euros de dommages et intérêts pour l’innocente et délicate victime, dont les parents avaient porté plainte contre l’abominable boucher barbu.

Ces affaires arrivent à présent chaque jour dans notre pauvre pays, et montrent, en dépit des discours politiques, que l’autorité est fasciste. Cioran écrivait, « entre une gifle et une indélicatesse, on supporte toujours mieux la gifle ». Il semblerait que notre vieil Emil se soit trompé. Entre les comités pour l’interdiction de la fessée, les croisés des inénarrables « droits de l’enfant » ou les pédagogues nous expliquant bien gentiment qu’il faut « respecter les rythmes de l’enfant », il ne faut pas s’étonner de voir arriver ce genre d’affaires. D’aucuns diraient que M. Boisart a eu tort de s’emporter. Désolé, encore une fois, de jouer les réacs, mais il aurait dû, pour le principe, lui en coller une deuxième, suivie d’un coup de pied à l’arrière-train, avant de le raccompagner à la maison par l’oreille, et en profiter pour filer au passage une gifle à ses parents, artisans du désastre.

Car dans ce tribunal se trouvait la mauvaise personne. Ce n’est pas le maire, qui peut-être n’était pas dans son rôle, qu’il aurait fallu juger, mais ces parents démissionnaires qui, comme de plus en plus de parents, contribuent activement, par leur grande propension au je-m’en-foutisme, à faire de leurs gamins des décérébrés et de futurs assistés. Rajoutez du Hessel par-dessus, et le tableau est complet : en plus d’être sots, impolis, analphabètes et inélégants, les jeunes sont des irresponsables uniquement capables d’indignation. Tout est la faute de la société, qui est si violente pour le bambin. C’est là un poncif de le dire, mais le rôle des parents est primordial. Il passe même avant celui de l’école. Car en donnant naissance à un enfant, les parents ont pour mission principale de l’éduquer, d’en faire un être responsable, capable de réfléchir et d’agir en homme, et pas en éternel gamin, attendant que tout lui vienne de la corne d’abondance du système social. Jean Dutourd écrivait « Démission des parents : action consistant à donner beaucoup d’argent de poche et peu de gifles ». Peu veut dire ici « pas », et pourtant, il en faudrait, et certainement plus d’une. Alors, certes, qu’il y ait eu des abus, je veux bien... Mais entre un enfant battu et une petite claque vivifiante, il existe un fossé que nos humanistes adorateurs de mômes franchissent à chaque nouvelle affaire.

Je ne me lasserai jamais de le dire : c’était mieux avant

Et que dire de la situation des écoles où les enfants, en véritables souverains et maîtres, imposent leur rythme au système, se moquant allègrement de l’autorité du professeur qui de toute façon n’existe plus chez eux… Les parents d’un côté s’imaginent, en plus d’être démissionnaires, que le travail d’éducation doit être fait par l’école. Education peut-être, mais dressage certainement pas. Alors on les voit venir en remontrer à celui qui jadis était le maître, du haut de leur suffisance, des mauvaises notes de leurs enfants, ou encore les réprimander sitôt que l’angelot a été puni... Alors une claque, vous imaginez ? L’enfant est en quelque sorte la variante européenne de ce qu’est la vache en Inde… La comparaison peut d’ailleurs tenir jusqu’au bout : en plus d’être un ruminant sans cervelle, l’enfant ne doit surtout pas être perturbé… Vache sacrée, disais-je ! C’est sans doute là le discours du vieux réac, enfin du jeune grincheux, mais à partir du moment où il n’existe plus de frontière entre le parent et l’enfant, le maître et l’élève, le jeune et l’adulte, on ne peut plus même estimer qu’il y ait transgression. En effet, il n’y a que les limites qui pourraient être transgressées. C’est là au fond le pire drame de notre société. La jeunesse, chantée éternellement comme la relève, forte de son sentiment d’impunité, s’adonne aux pires violences, tout en estimant injustes les attentats contre sa petite personne que constituerait l’autorité morale de l’adulte. Quoi de plus juste, quand les parents affirment qu’après tout, c’est normal. Et maintenant, on arrive au stade suprême : la justice vient couronner une "évolution sociale", qui ne tardera plus à être accompagnée par un législateur tout aussi démissionnaire… Vous pensez bien, comme le disait Edwige Antier en 2009, la fessée est humiliante, et doit être interdite. La boucle est bouclée : l’Etat ne fait plus la loi, les parents n’éduquent plus leurs enfants, l’école s’enlise ; bref : liberté, liberté chérie ! Les enfants, petits dieux, deviendront ensuite des individus égoïstes, ne pensant qu’à leur petite personne, ignobles et creux, n’ayant rien à offrir puisque n’ayant rien reçu, pas même une petite paire de claques, pour les faire marcher droit.

Nous tous qui avons reçu des baffes [1], remercions nos parents qui ont eu le courage d’avoir fait de nous des Hommes [2].


[1Et n’en sommes pas morts

[2J’utilise « Homme » pour parler de l’Homme en général, je précise cela aux féministes. Les femmes sont de fait comprises, cela s’entend.

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