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Nom d’un mormon !

2 février 2012 Bougainville ,

Entre l’ascension aux États-Unis de Mitt Romney et la polémique autour de la construction d’un temple mormon au Chesnay, l’Église des saints des derniers jours a les honneurs de la presse. Ce qui semblait n’appartenir qu’aux lointaines étendues de l’Utah s’invite en plein cœur de la douce France, et qui plus est, dans le petit paradis de la banlieue Ouest de Paris.

Le projet d’érection d’un vaste lieu de culte mormon, à deux encablures du château de Versailles, a suscité la fronde de bons jeunes gens, partis en croisade contre cette odieuse invasion, et qui ont monté un collectif fort de 6 000 signatures de riverains. Parmi eux, Martial Pradaud, membre du Nouveau centre. Officiellement, ils préfèreraient voir s’élever des logements sociaux plutôt qu’un temple mormon, mais leur argumentation laisse plutôt entendre qu’ils ne veulent pas de ces nouveaux venus sur leur territoire. « Versailles va devenir la Salt Lake City européenne, » s’exclament-ils, avec le plus grand sérieux.

On n’ose imaginer l’effroi dans les salons du Chesnay s’il s’agissait de la construction d’une mosquée de la même importance. Et si certains habitants du « catholand », tout occupés à la préservation de leurs repères et de la tranquillité de leur cocon, étaient aussi sectaires que ces mormons dont ils dénoncent les pratiques ?

Le curé local a, quant à lui, très habilement renvoyé dos à dos mormons et protestataires :

« L’Eglise catholique n’a pas l’habitude de faire taire ses concurrents non-chrétiens par une opposition primaire qui consisterait à crier à la secte ou à mettre des bâtons dans les roues d’un projet d’implantation. Ce n’est pas ainsi que s’impose la Vérité du Christ qui s’est fait violent dans le Temple (c’est-à-dire chez les siens), jamais envers les païens, remarquez-le. »

Et pan ! Rappelons en effet que le mormonisme est bien éloigné de toute forme de christianisme ; on pourrait dire que les mormons, c’est comme le Canada-Dry : ils ressemblent aux chrétiens, utilisent les références, certaines pratiques et le vocabulaire des chrétiens, mais ne sont pas des chrétiens.

Bien qu’ils revendiquent 37 000 fidèles en métropole (contre 1 500 dans les années 1950), et que leur effort missionnaire soit considérable, il est peu probable que notre aimée patrie devienne un berceau du mormonisme : selon le professeur Jean Prieur, « la France, pays à psychisme catholique, n’est pas très ouverte à ces mouvements d’inspiration biblique et de mentalité anglo-saxonne, tels Science chrétienne ou Adventisme  ». Quand bien même nous serions à l’aube d’une déferlante de conversions mormones, cela doit-il faire peur aux chrétiens « enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi » (Col 2,7) ?

Dans la France sécularisée, le prosélytisme et le communautarisme des mormons sont mal vus, et toutes sortes d’idées approximatives circulent à propos de leurs croyances. Pur produit américain, le mormonisme, qui représente 13 millions de fidèles dans le monde, dont la moitié aux États-Unis, emprunte tout à la culture US : valorisation des jeunes, poussés à parler en public et à accomplir un service missionnaire à l’étranger, héritage du puritanisme protestant du XIXe siècle (pas de tabac, d’alcool, de thé ou de café ; un petit livret « soyez forts » distribué à la jeunesse pour lui enseigner une chasteté très stricte), accent mis sur l’engagement financier, etc.

Etablir la frontière entre le mormonisme et le christianisme devrait faire sous peu l’objet d’une note explicative par la paroisse catholique du Chesnay. Sachons en attendant que les mormons ne confessent pas la Trinité. Leur baptême, pratiqué par immersion, n’a pas été reconnu valide par le Vatican en 2001 [1].

Tout par amour, rien par force

S’il ne fallait raconter qu’une anecdote de la vie du prophète-fondateur de l’Église mormone Joseph Smith Jr, jeune homme rangé vivant dans l’Est des États-Unis au début du XIXe siècle, ce serait celle-ci :

Quand son frère aîné Alvin Smith décéda en 1823 à l’âge de 25 ans, le pasteur presbytérien Benjamin Stockton, qui célébra ses funérailles, annonça à la famille endeuillée que leur fils était allé en enfer : le défunt n’était en effet pas pratiquant ! Le choc fut tel pour le jeune Joseph qu’il se détourna des communautés chrétiennes, et se lança dans sa quête spirituelle, jusqu’à fonder son propre mouvement. Hanté par la damnation de son frère, il le baptisa à titre posthume selon sa nouvelle croyance, pour s’assurer de le retrouver au Ciel, d’où la pratique du baptême des morts chez les mormons.

Cet élément déclencheur du mormonisme doit nous faire réfléchir. Combien de fois des âmes se sont-elles éloignées de Dieu et de l’Église à cause de pasteurs ou de laïcs brutaux, expéditifs, sûrs de leur bon droit, intolérants ? Combien de maladresses ? Combien de blessures ?

Je ne souhaite à personne de se retrouver à une messe où le prêtre annonce sans mettre de gants dans son homélie que les âmes des bébés non-baptisés errent éperdues dans les limbes, provoquant le départ en pleurs de certaines mères de l’assemblée.

Nous sommes tous pécheurs, certes. Mais il est faux de dire que nous n’y pouvons rien. Nous endossons au contraire une immense responsabilité vis-à-vis de nos frères, et du monde qui nous entoure.

« Je croirai en Dieu lorsque les chrétiens auront des têtes de ressuscités, » disait Nietzsche. Cette éternelle question nous est sans cesse posée, avec une brûlante actualité. Ce qui nous fait chrétien n’est pas de goûter au confort de faire partie d’un club, mais de vivre pour l’annonce de l’Évangile.

Si la mission doit se faire dans la vérité, il n’est pas interdit d’y mettre les formes ! C’est ici que le célèbre Père Alain de La Morandais, malgré son côté “abbé de cour”, est intéressant : sa présence et sa visibilité médiatiques attirent à lui de nombreuses personnes, des célébrités aux petites gens, qui n’approcheraient jamais le prêtre du coin, mais qui viennent le voir, lui, parce qu’il apparaît ouvert (peut-être trop ?), et surtout, parce qu’il ne donne pas l’impression de juger.

Je me rappelle une soirée prière passée à récriminer contre les politiciens athées et le mariage gay, jusqu’à ce que l’un d’entre nous, fraîchement converti, se risque à nous rappeler timidement l’essentiel : « Le christianisme ne défend pas seulement des valeurs, il apporte l’amour au monde  ». J’ai reçu une belle leçon d’humilité ce soir-là.

Ne pas condamner. Proclamer la vérité par amour et non par force, voilà notre mission. C’est pour cela qu’aux yeux de beaucoup, les agitations de Civitas, même si elles étaient légitimes, heurtaient de plein fouet l’Église, parce qu’elles étaient anti-évangélisatrices.

Nous serons jugés sur l’amour. Faisons-nous preuve et montrons-nous assez d’amour pour Jésus ? Je me prêche à moi-même.

2 février 2012 Bougainville ,

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