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Moralité du vote

22 avril 2012 Eschaud

Avertissement préliminaire : le vote est une chose bien trop délicate pour être confiée aux citoyens, n’était le lectorat du R&N. Seulement, ce lectorat ne le sait pas toujours. Ce document de travail est à son usage.

Faut-il voter ?

Le catéchisme le demande : « la soumission à l’autorité et à la co-responsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l’exercice du droit de vote, la défense du pays. » [1]

Le cadre moral

Nous vous conseillons vivement la lecture de la la note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique et celle du guide de l’électeur chrétien.

La lecture intégrale de cette note, écrite sous la présidence du cardinal Ratzinger, est nécessaire et urgente. Elle ne peut être réduite à la défense d’un pré-carré moral ou à celle d’institutions conformes à la doctrine. Nous sommes enfants de lumière, nous ne sommes pas syndicalistes. Nous devons éclairer, guider, réchauffer : en un mot, rayonner.

Toutefois, elle fait état des fameux principes non « négociables » [2] sans lesquels l’espace public, « bas et lourd, pèse[rait] comme un couvercle », comme un boisseau sur nos actions, si charitables soient-elles. Ils sont les fondements nécessaires à toute société. Jamais, depuis le baptême de Clovis, ils ne furent si menacés par nos dirigeants.

« Quand l’action politique est confrontée à des principes moraux qui n’admettent ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis, l’engagement des catholiques devient plus évident et se fait lourd de responsabilités. Face à ces exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains. Dans cette même ligne, il faut penser à la protection sociale des mineurs et à la libération des victimes des formes modernes d’esclavage (que l’on pense par exemple à la drogue et à l’exploitation de la prostitution). On ne peut exclure de cette liste le droit à la liberté religieuse et le développement dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que « les droits de toutes les personnes, de toutes les familles et de tous les groupes, et que l’exercice de ces droits, soient reconnus ». Enfin, comment ne pas voir dans ces exemples le grand thème de la paix. Une vision irénique et idéologique tend parfois à donner un sens profane à la valeur de la paix, tandis que, dans d’autres cas, on se limite à un jugement éthique sommaire, oubliant la complexité des raisons en question. La paix est toujours « œuvre de la justice et effet de la charité » ; elle exige le refus radical et absolu de la violence et du terrorisme, et elle requiert un engagement constant et vigilant de la part de ceux qui ont une responsabilité politique. »

Force est de constater que Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy sont les candidats qui, dans les mots du moins, répondent le plus à ces principes - en particulier quant au respect de la vie.

À ceux qui estiment ne pouvoir leur livrer une part de leur conscience, fût-ce pour contrer François Hollande, le vote blanc existe, comme un ultima ratio civium. Tant qu’à voter nul, votez au moins drôle : "Charles X", "Benoît XVI" et "Jésus 2012" sont recommandés par les rédacteurs de votre chère gazette.

Quant aux autres, s’ils connaissent quelque astuce pour obtenir une indulgence plénière avant le second tour, il peuvent s’aventurer plus loin.

La prudence politique

La prudence, comme disposition au bien « qui intègre la singularité pour diriger l’action concrète » [3], est la vertu politique par excellence. Dans les méandres iniques de l’espace public, elle nous pose ces questions :

  • Quel programme promeut le mieux le bien commun ? Nous ne nous prononcerons pas sur cette question.
  • Quel candidat tiendra parole ? Accordons à Marine Le Pen la sincérité et le bénéfice du doute ; à Nicolas Sarkozy, la liberté du second et dernier quinquennat.
  • Quel candidat permet d’endiguer le mal socialiste ? A priori, Nicolas Sarkozy. Toutefois, le vote Frontiste ne devrait pas empêcher l’accession du président-candidat au second tour. Dans ces conditions, le vote du premier tour est simplement représentatif.
  • Que faire d’un vote représentatif ? Si nos voix sont entendues par le candidat du second tour ou par le président élu, à qui voulons-nous donner notre confiance et notre légitimité au premier tour ? À l’oligarchie en place, aux belles paroles [4] d’un président effronté, mais aussi aux nombreux travailleurs catholiques qui œuvrent dans son ombre ; OU à la candidate hors-système, à « une certaine idée de la France » [5], mais aussi à des équipes inconnues ?

Quelle que soit l’issue de ce vote, nous espérons que la droite saura s’unir pour le second tour. Cela est pourtant peu probable : Marine Le Pen ne le souffrirait sans doute pas et, de toutes les façons, seules 40% des voix rassemblées par cette dernière devraient se reporter sur le président-candidat s’il la bat. Et il semble devoir la battre. Si le scénario annoncé est juste et si nous assistons à un duel entre le champion socialiste et le président sortant, les suffrages frontistes trouveront leur récompense dans la campagne de Nicolas Sarozy. Sa fragilité le requerra.

En revanche, c’est quand la République aura trouvé son nouveau pantin que la représentation sarkozyste trouvera ses appuis, a contrario de la pensée bleue marine. Qui a déjà vu une "ouverture à l’extrême-droite" ? Tandis que François Hollande serait obligé de tenir compte de l’UMP et que Nicolas Sarkozy serait bien sûr conforté dans les décisions prises pendant son dernier quinquennat.

Cet article ne se veut pas exhaustif. Il appelle vos commentaires pour un vote toujours plus éclairé et précis. In fine, la prière reste de bon aloi en ce dimanche électoral : Domine, salvam fac Galliam !


[1C.E.C., 2240

[2La note utilise, elle aussi, les guillemets.

[3Cf. la note de la Commission théologique internationale « À LA RECHERCHE D’UNE ETHIQUE UNIVERSELLE : NOUVEAU REGARD SUR LA LOI NATURELLE », au paragraphe n°56. Elle est consultable à cette adresse : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/rc_con_cfaith_doc_20090520_legge-naturale_fr.html

[4Nicolas Sarkozy a menti sur des sujets qui intéressaient ses électeurs : question du genre, immigration...

[5Ce mot ferait sans doute rugir son père, anti-gaulliste virulent !

22 avril 2012 Eschaud

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