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Mariage pour tous, Manif pour tous, une rupture morale

Cet article de H de K est le premier d’une série de sept. Ils seront publiés chaque jour à partir du 29 janvier 2013

« Y’a deux solutions : ou on se dérange ou on méprise… Évidemment, n’importe comment, une tournée d’inspection ne peut jamais nuire. »

Maître Folace

Ces dernières semaines, on l’a entendu autour de nous, on l’a lu dans la presse et sur les réseaux sociaux, les échanges se sont tendus entre partisans et opposants au projet de loi instaurant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Les empoignades à répétition sont devenues nerveusement éprouvantes pour quiconque, de près ou de loin, prend part au débat, nous faisant souhaiter un dénouement rapide. Qu’on en finisse ! Aujourd’hui, alors que les positions varient au sein des cultes, des partis et des familles, nous pouvons affirmer que la rupture n’est plus seulement politique. Elle va bien au-delà, elle est beaucoup plus profonde, elle transcende les clivages et elle s’avère extrêmement violente. En vérité, elle est morale.

Du côté des partisans du projet de loi, on se bat pour l’égalité avec la fougue des exaltés, mélange improbable entre l’esprit candide, qui prétend changer le monde en bien, et la colère sourde de celui qui entend renverser l’ordre établi pour mettre fin au mal. On s’imagine lutter pour une avancée sociale digne des plus grands combats de nos aïeux : la fin de l’esclavage, le droit de vote des femmes ou la lutte contre le racisme d’État. On a d’autant plus le sentiment d’entrer dans l’histoire que l’on croit faire face à des conservateurs rétrogrades, sorte de réactionnaires homophobes et bigots, gardiens d’un ordre dépassés qui livrent un combat d’arrière-garde. Et l’on se convainc d’être à l’avant-garde du progrès, du bon côté de l’histoire.

Mais en face, du côté des opposants, le parallèle est frappant. On se bat pour l’éthique, sans trop savoir comment s’y prendre mais avec la volonté insouciante et sympathique d’un Marie-Louise n’ayant jamais connu le feu. On se rêve en chevalier de l’ancien temps, héros de l’amour courtois, protecteur de l’orphelin et pourfendeur des dragons germanopratins — bien plus dangereux que ceux du marais. On tire l’épée avec d’autant plus de force qu’on a médité les exemples de Roland et de Bayard, peu soucieux de connaître leur sort s’il s’agit de préserver, pour les générations futures, une certaine idée de l’humanisme. Sûr de la justesse de ses sentiments et de la supériorité de ses arguments, on a bien conscience de livrer une bataille de civilisation. Et s’il faut former la dernière ligne contre la folie faite progrès, on est prêt à s’y afficher joyeux : « dulce et decorum »…

De la promesse au projet de loi

Tout a commencé en avril dernier, à la lecture du programme du candidat François Hollande : « J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels », annonçait-il page 22. Une fois l’élection passée, cette promesse de campagne ne reparut sur la devant de la scène qu’à l’occasion de l’Assomption. Le 15 août 2012, dans toutes les églises de France, le clergé lut en effet une « prière pour la France » dans laquelle l’épiscopat hexagonal formait notamment un vœu pour la protection de la famille. Les laïcards purs et durs s’insurgèrent contre cette violation du temporel par le spirituel. François-Régis Hutin, le PDG du quotidien Ouest-France, se rangea du côté de l’Église dans un éditorial qui suscita des réactions de haine à peine croyable, me poussant, à ma modeste échelle, à entrer dans la danse (voir « François-Régis Hutin face aux intolérants de la tolérance »).

La machine gouvernementale, aux prises avec de graves difficultés économiques et sociales, se mit ensuite en branle. Le projet de loi porté par le Garde des Sceaux, Christiane Taubira, entendait « ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe » et fut médiatiquement baptisé « mariage pour tous ». Avec une audace qu’on ne leur soupçonnait pas, les députés socialistes votèrent, au sein de leur groupe, l’introduction d’un amendement autorisant la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples d’homosexuelles. Ils reculaient bientôt sous la pression du gouvernement, celui-ci annonçant néanmoins, par la voix de l’aimable Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, sa volonté d’autoriser la PMA au printemps 2013, à l’occasion d’une loi sur la famille. À l’heure où j’écris ces lignes, les députés écologistes et une poignée de députés socialistes ont manifesté leur intention de soumettre de nouveau cet amendement dès l’examen du projet de loi instaurant le mariage et l’adoption pour les homosexuels.

H de K

H de K tient la gazette-en-ligne Bucentaure.

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