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Manifestations de la police : ont-elles atteint un tournant hier soir ?

Plusieurs éléments le laissent à penser, et en premier lieu la décapitation de la manifestation parisienne. En effet, le mouvement, parti d’Évry et ayant gagné la capitale, se répand de plus en plus en Province, mais on sait que les révolutions se gagnent et se perdent à Paris. Or, quoi de plus révolutionnaire qu’un corps de fonctionnaires dont on a modifié la fonction de maintien de l’ordre pour en faire une police politique [1], et qui se révolte contre son maître ?

C’est dans ce contexte qu’est paru hier matin un article à charge du Point visant la tête du mouvement spontané de manifestations policières à Paris. L’ “article” est bourré d’erreurs factuelles dont certaines étaient vérifiables en un clic sur internet [2], et est contesté presque entièrement par Rodolphe Schwartz, contacté hier par Taranis news. Le journaliste au Point Aziz Zemouri n’en est pas à sa première attaque contre l’ancien adjoint de sécurité, alléguant chaque fois “des liens avec le FN” que ne relevaient pas ses confrères de BFMTV et de Marianne en 2015.

Quoi qu’il en soit, pour la manifestation parisienne, le coup est rude. Rodolphe Schwartz était un habitué des manifestations policières et son absence — il s’est retiré volontairement pour ne pas nuire au mouvement — s’est fait cruellement sentir hier soir. Privée de son leader naturel, la manifestation a peiné à trouver son rythme. Les nouveaux meneurs n’ayant pas le charisme de leur ancien camarade, la direction est flottante, la cohésion du groupe se relâche et beaucoup de slogans tombent à plat.

Pourtant, la manifestation est incontestablement une belle réussite. D’abord parce que les effectifs se sont maintenus malgré le trouble de la journée et le temps menaçant.

Ensuite, et le fait est capital, parce que la base de la manifestation s’élargit, en Province comme à Paris. À Paris, le nombre des simples citoyens dans le cortège, s’il représente toujours une faible proportion des manifestants, va croissant. S’y sont joints aussi des membres de la police municipale et des CRS.
À Strasbourg aussi, les pompiers ont rejoint la police.

J’écrivais hier avec Florimond que les passants approuvaient généralement la manifestation. Cette nuit, l’accueil était chaleureux, et ne concernait pas seulement les taxis. Le cortège, parti de Notre-Dame de Paris pour l’Hôtel de Ville, a remonté la rue de Rivoli à contre-sens au milieu de la circulation complètement paralysée, accompagné tout du long par les klaxons de soutien des automobilistes à l’arrêt, pour gagner la place de la Bastille, destination ô combien symbolique.

S’il est un élément surprenant dans ces manifestations, cependant, c’est l’absence, semble-t-il, des policiers de Paris. Toutes les prises de paroles dans lesquelles sont énumérés les départements représentés mentionnent « le 92, le 94, le 95 », cette nuit « le 77 et le 78 », mais peu la Seine-Saint-Denis (93) et pas du tout Paris (75). Certains policiers expliquent que si les moyens manquent à la police, la situation n’est pas du tout la même à Paris et en banlieue. Les nombreux ministères et personnalités à protéger semblent attirer les crédits, tandis que les commissariats de banlieue hors 93 souffrent d’une pénurie permanente. La police réclame certes des moyens, mais pas toute.

Finalement, après ce qui s’annonçait comme un coup dur pour les manifestations sauvages et spontanées, la mobilisation continue et s’étend. Les prochains jours s’annoncent d’emblée très intéressants.

Retrouvez tous les détails de cette manifestation dans le livetweet d’hier soir sur mon compte twitter @guill_paris.

Guillemette Pâris

[1Témoins les arrestations massives sans motif en 2013, les gardes à vue punitives par centaines, les arrestations préventives massives sur les parvis et autres mesures que l’on a fait appliquer par la police en dehors de toute légalité.

[2Les dates de service de Rodolphe Schwartz, par exemple.

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