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"Et pourtant, elle tourne". Ces mots attribués à Galilée (1564-1642), évoquent l’image du premier "martyr" de la science, celle d’un homme âgé contraint de réfuter sa propre conviction et d’adhérer aux vues erronées de l’Église catholique. Pourtant l’affaire Galilée est loin d’être ce que les anti-catholiques primaires veulent bien y voir. Sans se pencher spécifiquement sur cette affaire maintes fois traitée, il est intéressant de revenir plus en détail sur les liens entre Église et recherche scientifique durant le Moyen-âge et la Renaissance.

Comme les autres enseignements, celui des sciences n’est pas neutre : on y fait de l’histoire des sciences, souvent orientée politiquement et idéologiquement. Indépendamment de ce biais idéologique, ce mythe de l’église contre la science relève de deux effets d’optiques de notre part. Premièrement c’est oublier qu’à l’époque recherche scientifique et Église sont le plus souvent indissociables, deuxièmement c’est oublier aussi que nous ne parlons encore que des théories scientifiques qui se sont avérées par la suite.

L’Église et la recherche scientifique

Il faut donc rappeler que l’Église à cette époque était la principale source de découvertes scientifiques et qu’elle soutint très largement la recherche des savants. C’est d’ailleurs au pape Paul III que Nicolas Copernic dédie son ouvrage le plus célèbre, "Des révolutions des sphères célestes", où il fait son exposé de l’héliocentrisme (sans qu’il ne soit pourtant inquiété par l’Église pour ses théories scientifiques).

De plus, il n’y a, à l’époque, pas de séparation nette entre les hommes de science, les hommes de lettres et les hommes d’église. Les scientifiques sont le plus souvent des religieux ou intimement liés à des institutions religieuses. Et lorsque l’Église se mêle de science et vient condamner certaines théories, ce ne sont pas les observations scientifiques qui sont attaquées, mais le plus souvent le fait que la science se mêle alors de théologie et d’exégèse. La théorie atomiste (et ses différentes théories opposées), par exemple, intéresse peu l’église contrairement aux théories sur l’univers éternel car celles-ci sont alors immédiatement utilisées pour donner une interprétation ou un démenti à la création et aux épisodes bibliques s’y rapportant.

C’est, enfin, oublier un autre point important : souvent, lorsqu’elles sont formulées pour la première fois, ces avancées scientifiques ne sont que de théories (il y a absence de preuve), et toutes aussi brillantes qu’elles nous paraissent désormais, elle resteront débattues jusqu’à ce que des preuves formelles soient fournies [1].

Les théories scientifiques oubliées

L’autre effet d’optique, et non des moindres, est que nous ne voyons plus que les théories pour lesquelles cette époque a eu raison, et non l’ensemble des théories présentées ainsi que leurs hypothèses. La plupart pourtant, avec nos connaissances actuelles, nous sembleraient grotesques et absurdes.

Il suffirait, par exemple, de relire les “Pensées sur l’interprétation de la nature” de Diderot, œuvre qui ferait rire plus d’un de nos contemporains [2]. Diderot y abordes des théories sur la génération des êtres vivants, sur la nature de la terre ou sur certains phénomènes physiques qui sont maintenant dépassées, et qu’il présente avec un vocabulaire puéril et bien peu scientifique.

Chez Descartes l’observation des tâches du soleil et le principe de l’aimantation sont incorporées à une grande théorie des tourbillons. Descartes utilise alors toujours la théorie des quatre éléments (eau, feu, air, terre) [3] et non aux atomes comme d’autres scientifiques de son époque. La notion d’atome est d’ailleurs très différente à cette époque : Gassendi croit à la théorie des atomes lourds et des atomes crochus (d’où notre expression).

La croyance en la génération spontanée, les théories sur la nature des comètes et sur l’origine des tremblements de terre nous sembleraient maintenant complètement absurdes et puériles. Toutes les théories scientifiques démenties depuis telle que celle de l’éther luminifère (la lumière comme les ondes sonores se diffuseraient dans un milieu non vide), ou d’autres théories physiques (voir par exemple l’évolution de la théorie de la transmission du son) ne sont pas poursuivies par l’église, qui n’en a cure, ne prenant parti ni pour ni contre (pour les raisons expliquées plus haut).

Ces faux arguments sont encore trop utilisés pour tenter de discréditer tout avis catholique sur les sciences. Ils servent à ceux qui voudraient faire taire la voix de l’Église lorsqu’elle condamne les dérives de la recherche sur l’être humain (fécondation in vitro, clonage, recherche sur les embryons). Il est néanmoins de notre devoir de réaffirmer que l’Église a un rôle essentiel à jouer auprès de la science : l’appeler à la prudence et à l’humble recherche de la vérité.


[1Un autre nom souvent donné en exemple est celui de Giordano Bruno. Présenté comme un martyr de la science, il est le premier à postuler, contre la doctrine de l’Église de l’époque, la pluralité des mondes habités. Il est aussi un dominicain et fut à l’époque condamné pour ses positions théologiques hérétiques, principalement le rejet de la transsubstantiation (que le concile de Trente vient alors de confirmer), et rejet de la Trinité. Mais son histoire est mêlée d’intrigues politiques qu’il serait trop long d’évoquer ici...

[3Plus exactement, il n’utilise plus que 3 éléments : le feu, l’air et la terre

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