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Les catholiques au XIIIe siècle, pas mieux qu’Al-Qaïda. Vraiment ?

Lier l’affaire Merah aux cathares et comparer les catholiques du XIIIème siècle à Al-Qaïda semble a priori impossible. Sauf pour un journaliste du Nouvel Obs qui dans un grand élan de fantasmes et de réécriture de l’histoire affirme : “Au XIIIe siècle les catholiques n’étaient pas mieux que Al-Qaïda”

Invité sur France Info à propos de la sortie de son roman “historique” intitulé « Tuez-les tous », Serge Raffy déclare : « j’ai été très sensibilisé par l’affaire Merah et j’avais envie de revenir sur Toulouse. Or, j’avais fait une enquête sur les cathares il y a quelques années [...]. C’est à partir de là, qu’est née l’idée d’une histoire qui raconterait un thriller d’aujourd’hui à travers une équipe d’archéologues. »

Le fantasme cathare

D’après ses propres déclarations (que le lecteur me pardonne mais j’ai n’ai pas eu le courage de m’infliger la lecture de cet ouvrage), Serge Raffy transpose dans ce roman les dissensions actuelles entre musulmans et juifs en dissensions entre catholiques et sectateurs de l’hérésie cathare : « Au XIIIe siècle les catholiques n’étaient pas mieux que Al-Qaïda ou Boko Haram. Ils faisaient exactement la même chose et condamnaient au bûcher tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. On retrouve les mêmes mécanismes et le même principe totalitaire. »

Le point de départ du roman est donc ce fantasme navrant et récurent, très new age, des cathares idéalisés persécutés par des catholiques “fanatiques”.

Premièrement, le "génocide cathare" comme l’appellent certains n’est soutenu par aucun historien sérieux. La petite phrase fameuse « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » attribuée au légat Arnaud Amaury ne figure dans aucune source de l’époque. [1]

Deuxièmement, contrairement à la présentation hippie que l’on en fait bien souvent, les cathares n’était pas des “parfaits” désireux de vivre tranquillement de leur coté. La violence fut loin d’être l’attribut d’un seul camp. Les exactions eurent lieu dans les deux camps, catholiques et cathares.

De plus ces cathares étaient vus majoritairement par leurs contemporains à la fois comme un mal social et comme un mal religieux. Les autorités civiles sont tout aussi promptes à s’élever contre le mal cathare que les autorités religieuses.

Quelques éléments d’histoire médiévale

Nous nous bornerons à rappeler quelques points :

  • 1204 : mort d’Aliénor d’Aquitaine, successivement épouse du roi de France et du roi d’Angleterre, femme d’exception, à la tête d’un des plus grand domaines de France, protectrice des arts et des lettres.
  • Jeanne, Comtesse de Flandre et d’Hainaut (1194 - 1244), gouverne seule pendant une longue période son propre fief. Un exemple parmi d’autres de son rôle dans le domaine des arts ? : l’une des continuations du Graal lui est dédiée.
  • A cette époque les femmes ne sont pas exclues de l’héritage paternel, et elles peuvent tout aussi bien que les hommes diriger un fief et recevoir les serments des vassaux durant la période féodale. Le rôle des femmes soumises au joug d’Al-Qaïda souffre difficilement la comparaison.

Le XIIIe siècle en terre catholique et française c’est aussi :

  • La fin de la construction de la cathédrale de Reims.
  • La création de la Sorbonne (1257).
  • La création des ordres franciscains et dominicains (le fantasme du XIIIe siècle catholique inquisiteur vient-il de là ?).

Le XIIIe siècle est enfin marqué par la période du conflit des Guelfes, partisans du pape, contre les Gibelins, partisans de l’empereur, montrant s’il en est besoin que bien que la puissance de l’Église à cette époque soit réelle, elle ne semble pas faire peur aux grands de ce monde, qui n’hésitent pas à la défier sur le terrain politique.

Al-Qaïda et César

C’est là l’une des différences fondamentales entre l’islam rigoriste et la doctrine catholique. La distinction entre le temporel et le spirituel, et la reconnaissance d’autorités distinctes dans ces deux domaines est exprimée clairement au sein de l’Église, basée sur le « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » de l’Évangile [2].

Cette distinction n’existe pas en islam. La charia est à la fois un ensemble de règles spirituelles mais aussi un système politique complet. Ni Al-Qaïda, ni les salafistes ne cachent leur volonté de ne reconnaître aucune autorité aux autorités civiles qui ne suivent pas intégralement les lois de l’islam. Il n’existe pas de « rendez au sultan ce qui est au sultan, et à Allah, ce qui est à Allah ».

Parlons plutôt d’Al-Qaïda en France. Au XXIe siècle.

La comparaison entre les catholiques du XIIIe siècle et Al-Qaïda montre à quel point ces deux ensembles ne peuvent être sérieusement rapprochés. Mais là encore, il semble bien plus facile à des journaliste de divaguer à travers leurs clichés historiques que de faire une enquête sérieuse sur la montée du salafisme dans les banlieues françaises.

C’est pourquoi nous ne conseillerons pas à nos lecteurs de lire le roman de Serge Raffy, mais plutôt de profiter de l’été pour lire un autre ouvrage, Al-Qaïda en France [3], dont la rigueur, elle, est bien plus grande, et dont l’auteur, Samuel Laurent, s’est lancé sur les traces des jeunes Français partis combattre en Syrie aux côtés des organisations islamistes, et sur les réseaux qui les accueillent une fois revenus en France.


[1Jean Sévillia, Historiquement correct, Perrin, 2003, pp.50-68

[2Luc XX, 20-26

[3Samuel Laurent, Al-Qaïda en France, Éditions du Seuil, mai 2014.

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