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Le ridicule tue

12 décembre 2014 Boniface

Beaucoup de catholiques ne font plus mystère de leur dégoût quant au profond ridicule dans lequel s’abîme trop souvent l’Église, lorsqu’elle prétend offrir d’elle-même une image assouplie, moderne, dans son temps. Il n’est pas utile de revenir encore une fois sur les conséquences d’un tel écueil médiatique, ni sur les raisons qui ont motivé des responsables (curés comme laïcs) à entreprendre une communication aussi désastreuse. Sans doute encouragés par « l’esprit du Concile », ces derniers ne semblent toujours pas avoir compris que beaucoup de catholiques sont, pour les plus sérieux d’entre eux, exaspérés par cette com’ ridicule qui confond évangélisation et réclame jeuniste. Qui ignore encore que les jeunes moquent et fuient les adultes qui tentent de les séduire en singeant leur langage ou leurs attitudes ? Car le ridicule tue. Il tue la crédibilité de l’Église lorsqu’elle tente d’enrayer la désertion des fidèles par la transformation de son image. Il tue l’image d’une Église forte et hiératique pour une Église prête à toutes les concessions médiatiques pour flatter ceux qui la haïssent déjà.

Alors soyons honnêtes : non, l’Église n’est ni cool ni moderne, c’est une institution millénaire dont la vocation première est le salut des âmes. Non, le message de l’Église n’est ni fun ni dans le temps, elle offre une discipline rigoureuse dont le texte fondateur narre comment le Fils de Dieu fut mis à mort pour sauver les hommes. Non, la messe n’est pas un moment festif, c’est un recueillement et une prière collective, une célébration propitiatoire et sacrificielle qui invite à la sobriété et à la sanctification. La communication de l’Église relève donc de la « publicité mensongère », et quand celle-ci aura cessé de vouloir plaire au monde par la propagation de ses slogans ridicules, sans doute gagnera-t-elle ceux qui s’y tiennent à l’écart parce qu’ils attendent d’elle une dignité fidèle à sa mission.

Passons donc en revue un florilège de ce ridicule qui tue. Pour chacune des images et vidéos présentées, nous procéderons « scolastiquement » : les objections commenceront par poser les avantages et qualités d’une telle démarche, avant qu’un sed contra en dénonce les dérives.

Les affiches publicitaires.

Objections : une affiche stylisée qui fait rencontrer une cathédrale (la vieille Église) et les lumières de la modernité (l’ère du numérique).

Sed contra : je cherche des pierres vénérables qui pourront abriter ma prière, pas une cathédrale multicolore qui ressemble à une chaîne hi-fi. Que veulent-ils dire : que l’Église c’est tellement fun que c’est plus ou moins une boîte de nuit ?

Objections : allier le langage des réseaux sociaux et une imagerie à la fois impressionnante et stylisée, c’est à coup sûr produire une bonne publicité pour les JMJ.

Sed contra : mettre sur le même plan les services Facebook et la grâce du Christ, c’est une pure dévaluation ; c’est confondre évangélisation et vulgarisation [1].

Objections  : c’est coloré, festif et spirituel ; c’est l’esprit des JMJ !

Sed contra : un bon condensé de la fadaise communicationnelle de l’Église française : le slogan jeuniste - toujours en anglais - les photos sans cohérence (qui mêlent la prière et les touristes), les petits logos stylisés qui mélangent cœurs, phylactères, ondes rss… [2] Deux éléments frappants : la silhouette blanche d’un individu extatique, pour bien montrer à quel point l’Église ça libère et ça épanouit. Le genre de silhouette qu’on retrouve aussi bien sur un pot de yaourt que sur la couverture d’un ouvrage de développement personnel. Enfin, le tampon « 100 % Christ », qui jauge et mesure la « teneur en Christ » de l’événement comme on écrit « 100% pur porc » sur une barquette de viande.

Jeunes et culture web.

Objections : reprise parodique de Gangnam Style, quoi de mieux pour nous faire connaître et montrer aux yeux du monde qu’on est capable d’être cool et pleins d’auto-dérision ?

Sed contra : on montre surtout qu’on est incapable de créer quelque chose d’original par nous-mêmes, et à défaut de pouvoir nous faire connaître autrement, on parodie des tubes vulgaires et on montre qu’on est bien débiles comme tout le monde.

Objections : dans le style des podcasts, aborder des sujets « jeunes » avec le « catho style » !

Sed contra : dans un décor qui mélange la Très-Sainte Vierge Marie, Startrek, une Vache, Spider-man et les Ramones (cherchez l’intrus), on attend toute la vidéo le moment où seront simplement prononcés les noms de « Dieu » ou de « Christ » ; mais il ne vient jamais [3].

Les Messes-spectacles.

Objections : un flash-mob en pleine église, c’est le moyen d’égayer la messe et une façon, pour la jeunesse de manifester sa Foi dans la joie.

Sed contra  : une vidéo représentative de la manière dont un curé réussit à transformer un lieu de prière en salle de spectacle [4]. On en voit deux, à droite et à gauche de l’autel, regarder passivement cette mascarade qui réunit des chanteurs qui chantent faux, des guitaristes et un batteur (sic) réunis derrière le jubé, deux filles qui se trémoussent carrément devant l’autel, et une pléthore de jeunes qui dansent sur de la musique pseudo-rock. Rien ne justifie qu’on interrompe le Saint-Sacrifice de la Messe pour ça.

http://gloria.tv/?media=34384

Objections : les prêtres donnent l’exemple en dansant, car la Foi est une joie qui espère en Christ-Ressuscité !!

Sed contra : les tenants du sacerdoce ont une responsabilité gigantesque à l’égard des fidèles et de l’Église. La frivolité et le ridicule n’ont pas leur place dans cette quête du salut des hommes. Et encore moins lors d’une « messe »… Quant à la musique, inutile de revenir sur une telle fadaise.

Cependant, ne pensez pas que la danse ridicule soit l’apanage de quelques prêtres de province… On en a vu beaucoup d’autres, en divers circonstances, lors par exemple d’un camp charismatique, ou même des JMJ… La dernière section de cet article est particulièrement violente : nous la déconseillons à tous ceux qui, après visionnage de tout ceci, ont encore une image respectueuse de l’Eglise.

Danse et flash-mob : la « Nouvelle Evangélisation » ?

Objections : … ?

Sed contra : voici maintenant les religieux frappés par le ridicule. Danser en public, quand on possède la dignité sacerdotale, est une chose ; le faire sur Lady Gaga en est une autre. Le grand prédicateur Dominique, « marteau des hérétiques », regarde ses disciples et pleure.

Objections : … ?

Sed contra  : Transformer les hommes de Dieu et les tenants du sacerdoce en danseurs techno, quelle brillante idée ! Plus sérieusement, mélanger d’un côté musique électronique abominable et chorégraphie ridicule, et de l’autre côté gestes religieux (génuflexions, signes de croix) ainsi qu’une image du Christ, relève du pur irrespect sinon du blasphème [5].

Objections  : Les JMJ, c’est « faire Église » dans la joie, la fête et la prière. Quoi de mieux qu’une danse pour rendre louange à Dieu ?

Sed contra : quand le flash-mob n’offense que la cérémonie d’une petite paroisse… mais quand elle ridiculise des centaines d’ecclésiastiques ! Tout y est : la musique complètement niaise, même pas digne d’une chanson pop radiophonique, les fidèles agitant frénétiquement les drapeaux nationaux, des prêtres qui tentent maladroitement de suivre le rythme en levant les bras et en tournant sur eux-mêmes… La preuve par l’image que l’Église a été contaminée par le festivisme le plus lénifiant. Rappelons, en outre, que ce flash-mob précédait la célébration de la messe de clôture des JMJ… Kyrie Eleison !

Ce florilège ne doit pas étonner outre-mesure : elle révèle un état d’esprit bien ancré dans les diocèses de France. Doit-on s’étonner que les autorités ecclésiastiques bénissent cette nouvelle communication quand on sait que ce sont les mêmes qui autorisent l’exposition d’œuvres d’art contemporain ignobles dans leurs églises ? Il n’est pas rare qu’un curé transforme sa paroisse en galerie des horreurs ; les exemples sont même nombreux. Si l’Église a encore le désir d’être respectée, elle devrait commencer par donner une image respectable d’elle-même. Or tout le ridicule que nous avons pu voir dans cet article montre précisément l’inverse : l’Église donne à rire. Alors, à quoi doit-on imputer cette déchéance ? Sans doute à beaucoup de choses, et il faudrait plusieurs articles supplémentaires pour tenter d’y répondre. Toutefois, comme le montre ce florilège, le nouveau rite ne semble pas être tout à fait étranger à ce constat. Certes, cela fait longtemps que le respect des rites et l’amour du sacré ont quitté une grande partie des populations occidentales. Toutefois, on aurait espéré que l’Église tente d’enrayer ce processus, plutôt que d’abonder en son sens.


[2Dans tout cet article, je ne condamne pas l’utilisation des moyens modernes de communication (Twitter, Facebook, YouTube etc.) : il serait à la fois absurde et impossible de s’en passer, et le R&N en fait d’ailleurs un excellent usage. Je ne dénonce pas les vecteurs et médias de cette « nouvelle évangélisation » mais son fond désastreux (ridicule, frivolité, festivisme, irrévérence, indécence...). Il serait sans doute préférable de continuer à exploiter ces médias modernes, mais en y répandant ce qui fait les valeurs chrétiennes (entre autres : sobriété, sérieux, contenance,radicalité, respect du sacré...).

[3Cette vidéo n’est pas la plus représentative du "Cathologue" ; nous l’avons choisie car elle nous semblait bien révéler la tendance générale à la frivolité et à la légèreté dans la com’ des jeunes chrétiens. Mais sans doute faut-il mieux regarder leurs autres productions pour se faire une idée du message chrétien qu’il tente de faire passer avec humour.

[4Il suffit de taper « flash mob catholique » sur YouTube pour avoir d’autres exemples.

[5L’Emmanuel s’est fait une spécialité de tourner en ridicule la vie consacrée : dans une récente vidéo, on peut admirer les performances scénographiques de moniales aux quatre coins du monde (toujours sur de la pseudo-pop vulgaire). Pourquoi toujours tant de ridicule et de niaiserie pour montrer la joie spirituelle qui anime les hommes de Dieu ? http://www.aleteia.org/fr/video/annee-de-la-vie-consacree-le-clip-de-lemmanuel-5890689548156928

12 décembre 2014 Boniface

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