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Le faux jeune catholique

Enfants du choeur à la sacrisitie ; Paul-Charles CHOCARNE-MOREAU

« Nan, mais ce qui compte avant tout, c’est rester jeune dans sa tête. », martèlent nos aînés de la paroisse ; forts d’un hédonisme aussi expérimenté qu’impuissant, d’un hédonisme qui voile à peine leur médiocre jalousie. Car c’est le verbe forcé mais le pouls faiblissant qu’ils sillonnent fièrement nos chœurs, quémandant un peu de jeunesse pour leurs corbeilles en osier.

Les vous représentez-vous ? Ce sont ces jeunes d’esprit qui viennent s’immiscer dans vos groupes d’étudiants et lycéens, une fois la messe dite : « parce que vous possédez une admirable jeunesse et que la jeunesse est la seule chose désirable. » [1]

Jeune catholique, ces gens sont dangereux. Du moins, ils peuvent l’être. Ne collaborez pas ! Par esthétisme déjà : il y a de quoi se faire tondre même la mèche. Par antisocialisme ensuite : on ne peut collaborer impunément sans affinité de quelque sorte avec la SFIO. C’est pourquoi, jeune catholique, vous devez être au fait de leur stratégie et de leurs objectifs.

Le faux jeune s’approche toujours en se camouflant derrière sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et sa « petite voie ». C’est un sujet que vous devez maîtriser parfaitement. [2] Ainsi, vous saurez reconnaître les adultes frais, drôles [3] mais exigeants des quiétistes séniles. Il existe toutefois plusieurs sortes de faux jeunes que votre serviteur a classés selon leur espèce, de la plus à la moins respectable.

Le décadent : La paresse spirituelle du faux jeune peut parfois être assortie, à la manière d’une fanfreluche affriolante, d’un esthétisme qui s’ignore sous une mise généralement peu soignée. En effet, le faux jeune s’ennuie souvent dans son quiétisme. Jésus nous demande de ressembler à des petits enfants [4] et Wilde nous affirme que « pour redevenir jeune, on n’a guère qu’à recommencer ses folies [5] ». [6] Le faux jeune, dans sa version « décadente-XIXe », prône la provocation, la bêtise et l’inutilité. Parfois, les trois ensemble : c’est la provocation bête et inutile. Méfiez-vous du jeune d’esprit qui vous distrait pendant la messe, comme les enfants agités ; qui veut vous faire courir dans les églises, comme les enfants mal élevés ; ou bien même, qui veut vous faire monter dans le chœur, comme les enfants mal surveillés. Il veut créer une scène dont « Dieu, cela va sans dire, est de plus en plus absent […]. L’important, c’est d’être ensemble, de faire quelque chose qui échappe à un schéma préétabli. » [7] L’époque croyait que le sacré allait mourir au peuple, le décadent a voulu le tuer en beauté, en écrire le plus beau requiem. C’est bien cela qu’ils font tous en fabriquant des messes où il s’agit d’abord d’être créatif, quitte à trop en faire, quitte à faire sophistiqué, quitte à quitter le sacré.

Le dada  : Certains faux jeunes justifient leur propre médiocrité par la négation de l’intérêt des efforts de leur prédécesseur. Ils font tabula rasa des conventions, de l’éducation, des bonnes manières pour ne plus avoir à se tenir droit. On se prononce pour la rupture avec les conciles de Nicée (anti-arianiste), de Trente (anti-œcuménique), de Vatican I (anti-gallican) et même de Vatican II (anti-progressiste) ! Le dada est en fait anti-concile. Il préfère les procès. Le dada sait s’indigner avec véhémence, véhémentement, devant le « crime contre la sureté de l’esprit » [8]. Mais même cela, c’est trop fatiguant, trop sociétal. Cela veut tout de même dire faire l’effort d’avoir un avis commun. Nous étions tellement mieux quand nous pouvions gambader nus de cavernes en cavernes. Nous pouvions alors être instinctifs ! C’est finalement cela, le kampf du dada : être NA-TU-REL. Même si c’est une pose, et la plus agaçante de toutes [9]
- car la plus répandue. C’est une excuse pour camper dans nos recoins les moins célestes. Seuls les saints ont le droit d’être parfaitement spontanés [10] car ils ont le cœur pur et flamboyant. Car ils l’ont bâti comme une cathédrale gothique quand le dada veut revenir à l’âge du brutalisme. Tout ce qui se fait de grotesque et de superficiel dans les chœurs paroissiaux leur est d’ailleurs dû : « ce que nous appelons dada est une bouffonnerie issue du néant. » [11] Leur répertoire s’étale de la sensiblerie au kitch. Ce qui les rend d’ailleurs indétrônable ; comme dit l’adage populaire : « inutile de chasser le dada, il revient au galop ». Une seule solution, jeune catholique, vous devez vous remettre au grégorien et convaincre par votre exigence. Sinon, les dadas et leurs émules continueront à tourner les serviettes pendant la consécration, à danser pendant la messe ou bien à entourer les tabernacles de guirlandes électriques ! [12]

Le centriste : C’est le « catho » plus conciliant que conciliaire. [13] Le centriste ne veut déplaire à personne, ou plutôt plaire à tout le monde. Il a inventé la théologie de la séduction. Des bisous. Des câlins. Du contact, dirons-nous. Il a peut-être même inventé l’entrelacement des mains pendant la récitation du pater noster ; mais ce n’est pas absolument sûr. Ce qui l’est, c’est que le centriste catholique a créé le twister [14] doctrinal : il faut toucher [15] tout le monde et ensemble tout mélanger. Non pas en fait tout mélanger : ce courant « intellectuel », ce courant « ecclésial » sait se faire intransigeant sur nos droits fondamentaux au pluralisme et au relativisme. Pour le reste, le centriste se noie dans « la vision erronée d’un œcuménisme portant à l’indifférenciation doctrinale, laquelle conduit à un irénisme acritique où toutes les opinions constituent un relativisme ecclésiologique », condamné par notre Saint-Père. [16] Il faut lui tendre une main de fer – avec un gant de velours, pour entrer en contact – mais une main ferme, bien ferme.

Le gramsciste  : Les faux jeunes mais vieux singes. Ils sont parfois barbus, trop souvent prêtres et presque tous en train de mourir. A la différence des précédents, le gramsciste ne veut pas retrouver son enfance, puisqu’il n’a pas quitté son adolescence. Il est vindicatif, strident, répétitif : il est marxiste. Comme Gramsci en son temps, ce faux jeune a étudié l’Aquinate et sabote délibérément le christianisme par la conquête des esprits. Le gramcsiste brouille volontairement les repères moraux des gens : il impose la laideur dans les chœurs, le concubinat chez les prélats, l’homosexualité dans les foyers et le Capital sur un piédestal. L’amoralité est présentée comme la norme. Leur combat est intentionnellement destructeur. Du reste, il s’apparente au combat culturel des communistes. [17] Les 144 théologiens germanophones qui ont défrayé la chronique en février [18] usent de cette méthode : il ne s’agit pas tant de réclamer la fin du célibat des prêtres pour eux – les batifoleurs ont toujours su se passer de cette permission et puis même, ils sont trop âgés pour flirter avec la première curette venue – mais pour déstabiliser l’Eglise via une lettre ouverte sur laquelle le monde entier a pu épiloguer. Voilà bien les gramcistes « catholiques » : leur monde est une cour de récré et leur plan, le croc-en-jambe ; ils veulent étaler notre Mère l’Eglise par terre, de tout son long ; ils veulent un monde horizontal. Ils prêchent un christianisme sans Christ, une Eglise sirupeuse et la libération sociale. Heureusement, l’Eglise est une stabat mater, même aux pieds de la Croix, là où leur giovinezza ne porte plus.

Dans tout les cas, le faux jeune doit supprimer la paternité pour assouvir tous ces caprices. Exit les « Père Machin » et les « Monsieur l’Abbé » ! Bienvenus les Patrick, Jean-Claude, Pascal et tous les bons copains du clergé ! Le prêtre, « s’il en est », nous invite d’ailleurs à le considérer comme un « animateur liturgique » [19] . Les autres s’écrasent ou s’habituent : ce qui est après tout la condition de l’homme du siècle. Ils subissent tous le terrible « tu peux me dire tu » du jeune d’esprit que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam. Assenez-lui un bon coup de vouvoiement, quoi qu’il en pense, et les hiérarchies seront bien gardées.

Le faux jeune est excessivement raisonnable, habitué ; il est morne. S’il s’accroche désespérément à sa jeunesse, c’est qu’il sait en avoir déserté l’idéal. En fait, c’est un passéiste sans passé. Sans passé, parce que son passé n’a pas d’âme. Son passé n’a pas d’âme car il n’y a pas été fidèle, son passé n’est que versatilité. Prenez garde, jeune catholique, sa veulerie est contagieuse. Mais votre panache le sera aussi. Rendez-lui la dignité qu’il vous mendie. Empanachez-vous ! car, disait Bernanos, « quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents. »


[1Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray¸ chapitre II, Lord Henry à Dorian Gray

[2Votre serviteur vous conseille cette présentation rapide mais carrée et efficace : http://www.carmel.asso.fr/-La-petite-voie-.html

[3Il est entendu que cet article n’est pas un réquisitoire contre les adultes qui ont de l’humour.

[4Mat 18 ; 1-5,10 ou encore : Mc 10 ; 15

[5Certains traduisent même péché.

[6Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray¸ chapitre II, Lord Henry à la duchesse de Harley

[7Cardinal Ratzinger, L’esprit de la liturgie, Ad solem, Paris, 2001, p. 68

[8Maurice Barrès fut accusé de ce « crime » par les dadaïstes au cours d’un « procès » en 1921. Ce procès divisa les dadas et sonne le glas du dadaïsme.

[9« Le naturel aussi est une pose, et la pose la plus agaçante de toutes. » Oscar Wilde, op. cit., chap. I, Lord Henri à Basil Hallward.

[10Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la spontanéité en tant que telle mais simplement son idolâtrie. Nous ne nions pas la nature, nous considérons simplement qu’il faut l’élever à ce qu’elle a de plus pure. Cela passe par une spontanéité, certes, mais une spontanéité éduquée.

[11Hugo Ball, dada

[12Votre serviteur a eu affaire à ce genre de débordements.

[13L’expression est de feu Philippe Muray, in « Le Pape », article de mai 2005.

[15Au sens figuré, cela va sans dire.

[16Discours aux évêques brésiliens en visite ad limina, le 10 sept 2010

[17http://www.rense.com/general32/americ.htm. Je vous invite à vous intéresser aux objectifs 23, 25, 26, 27, 28, 31, 41.

[18Vous en trouverez ici une traduction militante : http://plein-jour.eu/Declaration_144_theologiens_de_langue_allemande_408.htm

[19L’expression est du cardinal Ratzinger, L’esprit de la liturgie, Ad solem, Paris, 2001, p. 68

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