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La droite va perdre ? Elle va exploser ? Tant mieux.

29 avril 2012 Dupleix ,

La droite va perdre ? Elle va exploser ? Tant mieux.

Loin de moi l’idée d’inciter le lecteur à voter pour Hollande, car à coup sûr ce pendard mou mettra la France à genoux. Au lendemain de son élection nous aurons le droit à la perte du précieux AAA qui nous restait, quelques mois après, nous chuterons comme la Grèce ou l’Espagne. Coté moral, nulle chance de salut : l’avortement sera facilité, on pourra se tuer dès qu’on estimera trop souffrir, les écoles encore libres seront mises sous la tutelle de l’État qui éclairera nos petits bambins en les convainquant qu’un homme peut être une femme, que les grandes explorations, ce n’était pas Les Conquérants de Hérédia [1], mais avant tout de l’esclavage, que Louis XIV était méchant, qu’il ne s’est rien passé au XIXe siècle, mais qu’un obscur roi d’un empire inconnu de l’Afrique était vraiment très bien, et enfin que la gueuse triomphera de toutes les croyances (le mot religion étant une abstraction trop compliquée pour sortir de la bouche d’un bolchévique). En bref, en septembre, réacs de toutes les provinces de France et de la plus grande France, préparez vos chapelets de combat, affutez vos Ave, vos Te Deum, et vos Dies Irae [2], car il va falloir défiler et prier pour que Dieu épargne notre pays qui a tant péché et qui s’est tant détourné de Lui. S’il y a un gouvernement temporel de la Providence [3], il ne peut qu’être impitoyable à l’endroit de la France.

Coté politique et si Hollande gagne, il arrivera vraisemblablement une explosion de l’UMP et la domination de la gauche à toutes les échelles. Cet argument est utilisé, ainsi que de nombreuses promesses qui ne seront pas tenues [4] pour que catholiques et gens raisonnables votent pour lui.

La thèse de ce court propos c’est que la droite actuelle est une belle bande de peigne-culs et que jeter l’UMP c’est aussi et à long-terme la possibilité d’une vraie droite française dont on essayera de dévoiler quelques traits.

Prenez l’ensemble du spectre politique actuel et prenez quelqu’un dont l’appartenance à la droite est reconnue, par exemple Mac-Mahon, comparez les deux. Voyez-vous, à quelques personnes près que l’on pourrait presque compter sur les doigts d’un pouce, de l’extrême gauche à l’extrême droite, il n’y a plus que des déclinaisons de la gauche. Parce que la Révolution est au fondement de la distinction entre droite et gauche et parce que la droite française est l’autre parti-pris face à la Révolution (avec des compromis toujours limités au fur et à mesure que l’on se rapproche du centre ou du bonapartisme [5]), et que tous ces politiciens médiocres d’aujourd’hui sont pour la gueuse, sont pour le peuple qui prend la bastille en écumant et en éructant [6] et en érigeant une vulgaire escarmouche en glorieux fait d’arme [7], plus aucun ne peut dire : la Révolution est satanique, la Révolution est antinaturelle, toute révolution est folie ; ce mépris pour l’événement fondateur de la France contemporaine, voilà le trait de la droite.

Le crime de la droite contemporaine en France, c’est la prostitution réfléchie d’une idée politique qui devrait prôner Dieu et l’ordre moral. Il vous suffit de contempler les jeunes UMP une seconde, ou encore d’admirer le char UMP à la gay-pride, sur lequel une bande de folles emplumées distribue chaque année des préservatifs avec un logo UMP dessus et un splendide « l’UMP aime les gays » [8] pour vous convaincre que la Droite est quand même autre chose. Si c’est ça la droite, alors il faut en avoir honte. De même, il vous suffira de vous demander combien de politiciens depuis le MoDem jusqu’au FN sont catholiques pour comprendre que les gens de droite sont rares à droite. [9]La défaite de l’UMP en 2012 c’est la seule possibilité pour qu’émerge une vraie droite [10].

La droite existe depuis l’événement à l’ampleur mondiale qu’est la Révolution et qui a fait naître le monde contemporain. Tandis que beaucoup s’enthousiasmaient, et alors que l’ambiance faisait oublier les décapitations, la persécution des chrétiens et le « populicide » [11] vendéen, deux figures majeures ont pensé une riposte intellectuelle à l’inattaquable Révolution Française : Joseph de Maistre et Edmund Burke, pères du conservatisme dont devrait se réclamer la droite.

De Maistre, bien que peu lu en dehors de certains milieux, est un géant de la littérature francophone, outre son style des plus exquis, ses visions et ses tableaux parmi les plus magnifiques, son importance est immense en littérature, on ne comprend rien à la littérature du XIXe siècle si on ne l’a pas lu. Maistre, c’est la théorie des correspondances [12] que l’on retrouve chez Baudelaire, c’est la lecture de l’homme à partir du péché originel et de la communion des saints, thématiques sans lesquelles on ne comprend rien de Balzac, de Flaubert, de Maupassant voire Mallarmé [13] et surtout rien de Barbey d’Aurevilly et de Bernanos. D’un point de vue politique, on ne peut pas comprendre l’esprit des droites en France si on ignore Maistre. Ce chef-réac, d’abord favorable à la révolution fait volte face quand il perçoit qu’elle est intrinsèquement perverse (décapitation du Roi et persécution des chrétiens notamment) [14]. Pour Maistre, l’égalité était concevable, mais devant le souverain et Dieu, or la révolution rompt avec Dieu, elle est diabolique. Pour faire simple, là où la Révolution sacre l’individu, Maistre affirme la primauté du corps social, là où la philosophie des lumières tend à vouloir créer ex-nihilo et à partir de la raison seule un ordre politique juste, Maistre défend la tradition. [15] La tradition est pour lui à la fois le fondement du régime monarchique (que le temps a travaillé) et celui du christianisme [16]. Le régime monarchique et le ciel correspondent [17], et le crime de la révolution, c’est cette séparation du régime avec le ciel, le massacre de la tradition. Pour comprendre pourquoi la tradition importe autant, il faut se rappeler de l’auteur central qu’est Pascal, largement repris par Maistre. La tradition chez Pascal (notamment d’un point de vue social et religieux) est la seule alternative à une raison qui a sa grandeur, mais qui n’échappe pas à l’histoire et dont les capacités sont limitées par son temps. La raison n’aura jamais qu’imparfaitement raison (que cela soit en physique, ou en politique). A l’inverse, la tradition porte en elle la marque d’une époque d’avant le péché, elle résiste au temps, permet toujours de vivre. La soumission à la raison est moins un acte aveugle tel que les lumières l’écrivent qu’un acte de raison, d’une raison qui se sait limitée et qui s’en remet à une tradition qui a fait ses preuves [18]. Pascal ne méconnaissait pas que les régimes politiques ne sont que les résultantes des luttes de pouvoir, seulement, si la tradition est préservée, alors il y a encore une chance de salut. A contrario, la révolution française, parce qu’elle est, contrairement à la révolution anglaise par exemple, une abolition de la tradition et le culte de la Raison, est vouée à l’échec. En bref, on pourrait dire que l’aspect maistrien de la droite tient au fait de toujours nourrir de la suspicion à l’endroit de la Révolution, c’est la nostalgie et la réaction envers tous les débordements républicains, et notamment la séparation entre le ciel et la terre.

L’autre figure du conservatisme c’est Burke, dont les écrits ont largement influencé Maistre. Un excellent article a été écrit dans le R&N sur lui [19], notre propos consistera donc moins à le résumer qu’à rappeler que Burke propose aux conservateurs un moyen d’action propre qui est l’inverse de celui des révolutionnaires et de la Gauche. A la révolution qui chamboule tout, fait rase du passé, et propose des créations d’institutions ex-nihilo (dont les départements sont les summums), Burke oppose la réforme basée sur une évolution interne du système et appuyée par la tradition. Le grand apport de Burke a été de montrer que la révolution- en plus d’être devenue un concert de guillotines- n’avait rien de nécessaire : Les Français auraient pu faire évoluer leur monarchie affinée par le temps, et trouver dans le système même de quoi le faire évoluer pour s’adapter à la situation sociale. Pour des conservateurs, il nous semble que cette pensée est toujours féconde de nos jours : le conservatisme ne pourrait pas avancer (bouger) s’il restait en admiration béate devant un système perdu et irrécupérable [20], et qu’il n’acceptait que celui-ci (n’oublions pas que la République est devenue tradition, que les départements, au départ absurdes, sont maintenant devenus des réalités géographiques, des territoires qui fonctionnent), mais le conservateur ne veut pas non plus être dans l’air du temps, il est profondément réactionnaire, il regrette cette époque perdue et est convaincu que ce régime ne permet pas le salut. Il va donc s’atteler à empêcher le républicanisme à outrance, il va s’attacher à créer au sein même de la Gueuse les contrepouvoirs qui vont tempérer ses ardeurs rationalistes, ses volontés totalitaires qui ne laissent pas de place à la religion par exemple. Le plus grand crime de la droite contemporaine, c’est d’avoir cédé à la Révolution, aussi bien voire mieux que la gauche [21].

Franchement, il nous est d’avis qu’un échec cuisant, une véritable gifle électorale, l’éclatement de l’UMP tenu par les libéraux sont des conditions pour qu’émerge une droite française digne de ce nom, attachée aux traditions et à l’histoire de notre pays, réaliste et pratique (vous aurez remarqué que la thématique de la 6e République [22] est un monopole et un réflexe de gauche) mais aussi consciente des dérives du républicanisme outrancier, et surtout, catholique. La seule condition, c’est d’une part qu’il y ait un soutien populaire, soutien qui viendra des français quand ils sentiront le carcan étouffant d’une république dont les traits auront été grossis par la domination de la gauche à tous les niveaux, d’autre part que les chrétiens sortent de leur silence.


[1Voir l’introduction de La civilisation féodale de Jérôme Baschet

[2Des réacs et une cohorte de pénitents ex-gauchistes interrompant un meeting Hollande/Aubry au lendemain de la perte du triple A- notez le déni dont font preuve les dirigeants socialistes : http://www.youtube.com/watch?v=cBOg0KVlrGw&feature=related

[3au sens de Maistre, voir les trois premiers entretiens des Soirées de Saint-Petersbourg

[5voir l’œuvre de René Rémond

[6« a swinish multitude », Edmund Burke, Reflections on the French Revolution, The Harvard Classics, p 133.

[7« Le 14 juillet, prise de la Bastille. J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les invalides, mais par des gardes-françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet ; c’est ce spectacle que des béats sans cœur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui. », Chateaubriand, Mémoires d’Outre-tombe

[8Votre serviteur en a été témoin en 2007 sur le boulevard Saint-Michel

[9Je ne rappellerais même pas le sort réservé à M. Vanneste.

[10Une balle dans le genou pour qui fera une allusion au vrai travail

[11Babeuf, Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier.

[12Le régime politique doit ainsi être en correspondance avec le royaume du Christ, hiérarchisé autour de la figure du roi

[13Sur ce point et concernant le langage, Maistre pense que les langues d’aujourd’hui sont des reliquats de langues de l’époque qui précède le pêché originel, langues perdues dans lesquelles le mot s’accorde parfaitement avec la chose, la poésie c’est la quête de ce langage

[14Pour lui, la révolution est bien un bloc

[15On trouvera dans les Soirées de Saint-Petersbourg des passages très proches de Pascal où il défend le caractère limité de la raison, il montre ensuite que sous couvert de ne penser que sous l’angle de la Raison, les philosophes les plus récents et les matérialistes qui ont les faveurs des Révolutionnaires n’ont qu’un but : tuer la prière.

[16évidemment catholique puisque le protestantisme n’est pas une religion selon lui, puisqu’elle rompt au maximum les possibilités de connaître Dieu

[17Au sens de Baudelaire, mais en fait au sens de Maistre

[18Pour une réhabilitation de la tradition voir Hans Georg Gadamer, Vérité et Méthode

[20parce que la révolution est de l’ordre de l’irréparable

[21Le gender enseigné à l’école eût moins choqué s’il avait été le fait d’un gouvernement de gauche, de même que le sabordage de l’histoire nationale au profil d’un enseignement de l’histoire qu’on dirait fait par les africains et pour les africains

[22Entre la IVe et la VIe, il n’y a qu’une inversion de chiffres romains

29 avril 2012 Dupleix ,

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