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L’Honneur de ces Messieurs

14 septembre 2014 Paul du Rel

Une des choses les plus burlesques de la glorieuse époque où nous avons le bonheur de vivre – une, aussi, des plus charmantes – est de voir combien le déshonneur est roi. C’est que parmi toutes les époques – oui, il y en a eu d’autres mes chers amis et de plus dures encore – la notre est la plus molle, la plus dépareillée et la plus vide d’honneur. L’honneur avez-vous dit ? L’honneur ? Avec ses panaches de couleurs, ses allures délicates, ses gestes de géants et ses tendres vertus ? Ah mais, mon pauvre ami, ne le savez-vous pas ? Cela n’existe plus… en voilà une idée ! Répondrait le moderne bedeau, riche de sa tapageuse innocence, si l’on avait le malheur de lui en reparler.

Le déshonneur il est vrai est assurément quelque chose de fort respectable dans notre monde moderne et nous ne voudrions pas lui manquer de respect. Nous n’avons pas l’habitude de faire de la morale, ni de vouloir laver le linge trop sale de ceux qui n’en ont plus. Et les politiques ou les journalistes qui sont le plus monstrueusement déshonorés ne sauraient être d’un avis différent, et, s’ils disent le contraire, c’est probablement qu’ils ne le pensent pas. Déclarer une chose et en faire une autre ; voilà ce qui arrive tous les jours à ces grands hommes de bien. Qui n’a jamais volé de la confiture en y plongeant, avec délice, les doigts dedans, pour prétendre, ensuite, avoir, en fait, voulu reboucher le pot ? C’est un petit mensonge, ce n’est pas un grand mal, allez…rassurez-vous.

Non, rassurez-vous, nous ne sommes pas des moralisateurs. Un comité d’éthique, des conseillers de tous poils en communication, les lois de la République, et le bon sens commun servent à guider nos grands hommes. Non, nous avons confiance dans cette institution nouvelle qu’est la démocratie – ce peuple pour le peuple, la plèbe pour la plèbe, le libre pour le libre – plus jeune encore que celle du nouveau continent. Et puis bien sûr, nous avons confiance en la nature humaine. Hobbes s’était trompé et Rousseau voyait juste : l’individu est une chose magnifique, sublime. D’ailleurs, l’innocence est partout, c’est le jardin d’Éden. Personne n’a rien vu, rien entendu, rien su, ni rien mangé, mais tout le monde se cache – nu – dans la forêt épaisse tapissée de mensonges - ce chiendent.

Nous croyons en la justice de notre pays et au dévouement des hommes qui le gouvernent. D’ailleurs, ceux qui s’en servent seraient-ils démasqués aussi vite si cela ne marchait pas ? Aurions-nous chaque semaine notre lot de découvertes ? Et quinze pour le prix d’un gueule la poissonnière. Cela me fait penser à l’une de nos dernières affaires où le Pinocchio, qui n’avait pas bien réglé ses petites affaires, s’est fait pincer le nez. Le pauvre pantin, un malade imaginaire, avait commis des négligences à cause d’une étonnante phobie – le premier cas jamais détecté dans l’histoire de l’univers entier. Où donc est Thomas Diafoirus ? Gare à la pandémie !

C’est le règne de la transparence, nous dit-on. Ou du bon vieux Gygès, c’est au choix de chacun. À chacun son menu. D’ailleurs, ils veulent moraliser ces hommes de pouvoir. Moraliser ? Par tous les dieux païens de l’antiquité moderne ! C’est un mot bien terrible que même le vieux Pétain n’avait pas prononcé. Ces messieurs ne savent pas que c’est un trop grand mot et qu’il ne s’impose pas ? Comme je suis sûr qu’ils ne voudraient pas être parjure – pourquoi jurer si l’on est innocent ? – il vaudrait mieux se taire. Car la moralité c’est une affaire de cœur, c’est une vocation et un acharnement – dont nous ne prétendons pas être un bien bel exemple, c’est bien trop grand pour nous. Et puis l’honneur enfin, c’est comme notre nom. Nous n’en avons bien qu’un qu’il faut mettre à l’abri ou qu’il faut nettoyer s’il est un peu sali. Et nous, nous étonnons que bien plus d’un de nos « vertueux » l’abime davantage au lieu de le sauver. Ces hommes sont eunuques mais nous aimons bien rire.

14 septembre 2014 Paul du Rel

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