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L’épineuse question des vocations sacerdotales en France [Partie I]

4 novembre 2014 Contributeurs extérieurs

Nous proposons à nos lecteurs cette enquête réalisée par un contributeur sur les enjeux actuels des vocations sacerdotales en France. Deux parties supplémentaires suivront rapidement.

Quel sera le visage de l’Église en France dans les années et les décennies à venir ? Il est difficile de répondre à cette question. Soulignons d’abord cette évidence : la visibilité des catholiques français se réduit au fil des années, d’une manière certes plus palpable dans les zones rurales, mais aussi dans les lieux urbains ou péri-urbains… Dans des proportions équivalentes, le nombre de prêtres et de séminaristes diminue mais avec de notables disparités selon les diocèses. Nous voyons en effet dans cette tendance générale, des diocèses ou des communautés qui font mieux que résister. Nous chercherons à comprendre les raisons de ces exceptions.

Sans faire une étude fouillée, nous nous proposons de réfléchir ici sur les vocations en France. Un évènement de cet automne nous en donne particulièrement l’occasion : l’invitation des évêques français à tous les séminaristes à l’issue de la session de la Conférence épiscopale de novembre à Lourdes.

En abordant le sujet des vocations nous n’avons pas la prétention de décrire toute l’Église qui est en France : la démarche vocationnelle des jeunes qui s’engagent ne résume pas à elle seule la fécondité des communautés paroissiales mais elle en est assurément un signe. Et nous n’oublions pas non plus la place primordiale qui en revient à la famille...

Éléments statistiques

Commençons par quelques éléments statistiques [1]. Avec les courbes ci-dessous qui illustrent le nombre de séminaristes et d’ordinations sacerdotales ces dernières décennies, nous voyons tout de suite se dégager quelques grandes étapes liées aux évènements récents de la vie de l’Église en France. Essayons de détailler ces différentes périodes.

1965 – 1975 : les grands chambardements
C’est l’époque des grandes remises en question et de très nombreux départs. On voit sur les graphiques ci-dessus que les entrées étaient sensiblement aussi nombreuses que les ordinations. La décrue brutale est donc due aux très nombreux départs : avec un pic à la fin des années 60 (probablement près d’un millier par an), ils sont entre 750 et 250 / an au fil des années 70 – 75.

1976 – 2002 : les ferments d’un renouveau
Après les grandes décrues on arrive, sous le pontificat du Pape Jean Paul II, à une certaine stabilisation des chiffres. Elle repose sur 3 ingrédients principaux : 1/ l’inertie du système, 2/ un renouveau spirituel, 3/ un renouveau traditionnel.
1/ L’inertie du système fait que beaucoup de diocèses, notamment ruraux ont continué d’accueillir et de former un nombre régulier de jeunes, issus des paroisses. C’est ce flux-là qui s’est tarit au changement de millénaire.
2/ Les mouvements spirituels, les communautés nouvelles (l’Emmanuel, Notre Dame de Vie, etc.) et l’initiative du diocèse de Paris (la maison St Augustin puis l’École cathédrale) ont favorisé un vrai renouveau des vocations. Ce qui caractérise ce renouveau est l’insistance spéciale sur la vie de prière fondée sur la lecture et la méditation des Écritures (oraison, lectio divina). Ensuite on redonna aussi une juste place à l’étude des sources (la patristique) et progressivement aux médiévaux (spécialement Saint Thomas d’Aquin).
3/ Le renouveau traditionnel est assez divers :

  • Il y a ceux que Mgr Hyppolite Simon appelle les « Émigrés » qui sont nés et ont grandis d’abord hors frontière (et qui ne sont pas comptabilisés dans ces statistiques) : La fraternité St Pie X érigée canoniquement (avant la rupture) en Suisse, suivie (à partir de 1988) par la Fraternité Saint Pierre (Allemagne) et l’Institut du Christ Roi (Italie), la Communauté Saint Martin (Italie), la Communauté Saint Thomas Beckett (Belgique) et quelques autres communautés moins nombreuses.
  • Pour filer la métaphore, on pourrait dire qu’il y eut aussi ceux de l’intérieur, un peu en marge des structures promues par le système (mais tout de même pris en compte dans ces statistiques) : Paray le Monial, Toulon, Ars…
    Ce renouveau allie piété ancienne et devotio moderna, étude des Pères et de Saint Thomas d’Aquin mais aussi une place plus notable à la liturgie.

2003 jusqu’à aujourd’hui : un lent déclin
Nous avons vu qu’après la grande diminution du clergé commencée après-guerre, il y a eu une relativement longue période (près de 30 ans) de stabilité autour de 1400 séminaristes. Et puis à vers les années 96-97 la décrue a repris, descendant même, au tournant du siècle, en dessous de 1000 pour se situer aujourd’hui autour de 600 [2]. Ce chiffre, pourtant bas, ne semble pas pour autant stabilisé. On peut craindre qu’il ne baisse encore.

Pourquoi cette dernière baisse ? Pour trois raisons principales :
1/ La fin du recrutement en zone rurale : l’inertie d’un recrutement paroissial et diocésain s’est achevée avec la fin du millénaire. Les jeunes qui entrent au séminaire sont aujourd’hui presque tous passés par les communautés nouvelles ou traditionnelles, les mouvements scouts ou de spiritualité.
2/ En outre, si les mouvements spirituels et communautés nouvelles ont été florissants dans les années 80, ils ont subi un certain revers en ce nouveau millénaire. Ils continuent d’avoir un rayonnement certain mais sont quelque peu en perte de vitesse dans le recrutement.
3/ Parmi les institutions plus traditionnelles, celles plus insérées dans la vie ecclésiale ont eu le plus de mal : le séminaire de Paray le Monial a fermé, celui d’Ars n’accueille qu’un petit nombre de français et Toulon peine à se réformer après avoir été aux avants postes de la vague du renouveau charismatique. De nouvelles institutions, à Bayonne ou à Vannes, essayent de prendre le relais…

Les communautés traditionnelles (qui ne sont pas prises en compte dans ces statistiques) ont mieux résisté ayant gardé un recrutement assez constant voire en légère augmentation. Notons la particularité de la Communauté Saint Martin : les rentrées pléthoriques de ces dernières années (16 en 2012, 31 en 2013, 26 en 2014) alors qu’elles stagnaient autour d’une dizaine jusque-là, ne cessent d’interroger (Cf. infra).

De sorte qu’aujourd’hui on dénombre environ 600 séminaristes diocésains (dont une cinquantaine de l’Emmanuel et quelques dizaines appartenant à des nouvelles communautés), à quoi il faut ajouter une centaine à la Communauté Saint Martin et une centaine dans les communautés traditionnelles avec la Forme extraordinaire (Institut du Christ Roi, Fraternité Saint Pierre, Missionnaires de la Miséricorde, Institut du bon Pasteur).


Albert Beauchef

[1Ils sont tirés (et complétés par nos soins) de l’étude de Mgr Hyppolite Simon, Les Vocations en France, Église et vocations, n° 101, 2001, http://archive.revue-egliseetvocations.cef.fr/article384.html.

[2Ne sont pas comptabilisés ici les séminaristes de diocèses étrangers présents en France (85), les séminaristes (qui proviennent du monde entier) du chemin néochatéchuménal (55), ceux de la communauté Saint Martin (98), des français des instituts traditionnalistes (Institut du Christ Roi, Fraternité Saint Pierre, Missionnaires de la Miséricorde, Institut du bon Pasteur) (environ 100).

4 novembre 2014 Contributeurs extérieurs

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