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« L’arme qui vous pulvérisera tous »

Chacun se souvient de l’élection du Pape émérite, Benoît XVI, froidement accueillie par la plupart des médias. Et voilà que repart de plus belle le ballet des donneurs de leçon à la petite semaine, résistants de salon, partisans intrépides de la laïcité quand l’Église dénonce – à bon droit – leurs errements et leurs égoïsmes, bien plus diserts sur ce sujet quand ils constatent avec fureur que les catholiques se refusent à embrasser la main moite tendue par cette race étonnante qu’on nomme les « bobos ». En 2005, déjà, ils gueulaient autant qu’ils pouvaient : un ancien des jeunesses hitlériennes, un sale mâle blanc, et qui n’est pas progressiste de surcroît ! Aujourd’hui, ils s’étonnent encore avec rage : un Argentin ? Mais nous voulions un Africain, il n’est pas assez foncé !

Celui-ci, vraiment, il ne passe pas. Car pendant qu’à Saint-Germain-des-Prés on glose sur « l’accueil de l’autre », « le respect de la différence » et la « promotion des droits de l’homme », voilà que ce damné Saint-Esprit a désigné un cardinal du Tiers-Monde, le vrai Tiers-Monde, où il y a de vraies favelas, de vrais narcotrafiquants, pire encore, de vrais pauvres ! Voilà un Pape qui n’a pas hésité à dormir dans un bidonville, qui n’a pas choisi, à Buenos Aires le superbe hôtel que sa charge lui destinait, mais un simple appartement, partagé avec un vieil évêque émérite.

Mais ce qui, décidément ne passe pas, c’est que ce Pape n’a pas l’esprit plus libertaire que son prédécesseur. Encore un qui expliquera au monde que l’homme ne trouvera que la mort dans les plaisirs qu’il partage avec les animaux, et plus encore, dans les nombreuses déviances qui en peuvent résulter.

L’un des premiers, et l’un des plus prompts à s’émouvoir est Jean-Luc Mélenchon. L’ami des ouvriers n’est pas content de l’élection, et le fait savoir. Il le fait d’une façon qui trahit son sentiment intime. C’est fort clair à la lecture du mauvais article qu’il a commis [1] : pas de plan, pas d’organisation, pas de commentaire réfléchi. En somme, c’est la traduction d’une réaction épidermique, qui n’est pas loin de la panique. Jean-Luc Mélenchon a peur : le méchant « Pape Bergoglione » va lui voler son pain, réduire à néant son fond de commerce, subvertir ses troupes.

À la façon d’une bourgeoise effarouchée, le leader des opprimés de la rive gauche se débat, face au violeur des consciences qu’est l’humble et serein François. Voilà le premier coup de griffe : après Ratzinger fils d’Hitler, voici Bergoglio sectateur du général Videla, qui, pour être aussi bon dictateur que Staline ou Chavez, avait le malheur, lui, d’être de droite. Au regard de Jean-Luc Ier, c’est une faute de goût impardonnable. Mais enfin, celui-ci avoue, le Pape François va lui voler ses pauvres, ses électeurs, ses idiots utiles ; la citation parle d’elle-même : « L’élection de ce Bergoglio est un signal de contre-offensive signalé notamment par sa proclamation concernant les pauvres, enjeux du rapport de force politique en Amérique latine. Dans ce domaine l’église (sic) a un rôle incontournable. Et les catholiques très nombreux dans nos rangs sur place sont nécessairement impactés. Notre crainte est que le pontife abuse de sa position spirituelle pour diviser nos rangs. »

Le Saint-Esprit a donc fait fort, et que chacun se le dise : d’un petit souffle peut naître une arme de subversion massive. Que Jean-Luc Mélenchon se rappelle les mots de Don Camillo à Peppone, parlant de la Croix : « C’est une arme bien plus forte, celle qui vous pulvérisera tous ! »

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