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Juppé & Al-Qaïda : même combat

29 février 2012 Tancrède

La presse française, qui fait toujours très bien son travail (de porte-voix de l’Élysée), condamne unanimement le régime de Bachar Al-Assad, et Jean-Marie Le Pen, dit-on, a encore une fois dérapé en refusant de hurler avec les loups. Il n’est pas bien vu, aujourd’hui en France, de prendre le temps de réfléchir avant de se prononcer : on admet d’emblée que le régime de Bachar Al-Assad est sanguinaire et qu’il massacre sans raison des femmes et des enfants désarmés, et tout le monde pense très fermement qu’il y a là une description du conflit très crédible qui n’a pas du tout l’air absurde. Qui en effet, s’il était dictateur, n’ordonnerait pas des génocides gratuits pour se faire un peu plaisir ? Pure question rhétorique : tout le monde, évidemment ! Il faut donc tout naturellement condamner ce régime despotique à tout bout de champ et sans réfléchir, dans la même veine que l’affaire Vanneste. Si on vous parle d’une guérilla de groupes salafistes lourdement armés, d’une armée étrangère soutenue par l’émir du Qatar ayant envahi la Syrie, si on vous dit que 2000 soldats et militaires syriens qui protégeaient leur territoire ont été tués au combat, si on vous parle du soutien de la population syrienne à son président Bachar al-Assad, si on vous parle du soutien des chrétiens à Bachar al-Assad, vous pourrez répondre ceci, et c’est imparable : « Monsieur, vous avez franchi la ligne jaune du négationnisme, monsieur ! »

Pourtant, les faits sont graves et bien éloignés de l’étonnante vision manichéenne du conflit qu’a le Quai d’Orsay.


Le monastère catholique Deir Mar Moussa el-Habachi en Syrie.

Mercredi dernier, un monastère chrétien a été la cible de troupes vraisemblablement salafistes venues déstabiliser le gouvernement syrien (notons en passant qu’il s’agirait non de rebelles syriens, mais de groupes islamistes étrangers armés par l’étranger). Le monastère de Deir Mar Moussa el-Habachi, qu’avait restauré le jésuite Paulo Dall’Oglio, a été envahi en fin de soirée [1].

Ce n’est pas un événement isolé. Depuis que les « gentils » se mobilisent en faveur de la démocratie et du bien au Maghreb, au Makhrech et maintenant au Proche-Orient, les actes anti-chrétiens ne cessent de progresser, en Israël comme en Libye, et tout particulièrement en Égypte.

Ainsi, dans la nuit du 6 au 7 février 2012, plusieurs graffitis, style « Mort aux chrétiens », ont été peints en hébreu sur les murs du monastère grec-orthodoxe de la Sainte-Croix de Jérusalem [2].
En Égypte, une religieuse du Sacré-Cœur a été molestée avec une violence inouïe par deux hommes en janvier dernier pour avoir refusé d’abjurer sa Foi [3].
En Égypte toujours, la persécution des coptes s’amplifie depuis que Moubarak a été déposé : un père et son fils ont été mitraillés par quatre musulmans pour avoir refusé de se soumettre à une tentative de racket (on constatera que les musulmans ne s’attaquent aux chrétiens qu’à la double condition de s’être assurés qu’ils sont eux-même surarmés et au moins deux fois plus nombreux que leurs victimes démunies et sans aucun moyen de défense, même quand il s’agit de femmes, ce qui est le comble de l’abjection et du déshonneur) [4].


Quartier chrétien à Bagdad : depuis le début de la guerre en Irak en 2003, 90% des 1 500 000 chrétiens de ce pays sont morts ou en exil.

« Puissent périr les chrétiens d’Orient dans l’indifférence, pourvu que la France donne le sentiment de jouer encore un rôle dans le monde. »

Voilà l’état de la diplomatie française. Elle qui ne pèse objectivement plus rien, elle veut se persuader qu’elle est encore une grande puissance au prix de gesticulations grotesques sur la scène internationale, de clowneries à l’ONU et de déclarations parfaitement vulgaires ; elle croit pouvoir forcer la main à la Russie et à la Chine, et nous sommes la risée de la Chine et de la Russie ; nous croyons pouvoir donner des leçons de morale à la Turquie et à la Syrie, et nous obtenons en retour le mépris voltairien des États-Unis. Merci Bernard-Henri Lévy.

La France a soutenu le printemps arabe au mépris du sort des chrétiens, qui étaient jusque-là protégés par tous les gouvernements déposés par la France. Qu’est devenue la Tunisie ? Elle est maintenant gouvernée par les islamistes. Qu’est devenue l’Égypte ? Elle est maintenant entre les griffes des Frères musulmans. La Libye ? Idem. La Syrie ? On y vient.

Dans cette affaire, on connaît le grand allié de la France : l’émir du Qatar, qui arme l’opposition au régime de Bachar Al-Assad. N’est-ce pas le même émir du Qatar qui possède nos clubs de football, nos musées, nos hippodromes ? N’est-ce pas le même émir du Qatar qui est le véritable conseiller diplomatique de l’Élysée ? N’est-ce pas le même émir du Qatar qui est l’ami d’Al-Qaïda et d’Ayman al-Zawahiri qui viennent de lancer une fatwa d’appel au djihâd contre Bachar Al-Assad ?

Même les États-Unis d’Amérique nous le font remarquer par la voix de leur secrétaire d’État aux affaires étrangères, Hillary Clinton.

La diplomatie française était autrefois réputée pour ses grandes vues d’esprit, sa rigueur, son acuité, son habileté à démêler des situations géopolitiques complexes ... et voilà que le Quai d’Orsay, soutenu par une presse dont on n’attend de toute façon plus grand chose, tombe soudain dans un discours manichéen de soutien inconditionnel à la contestation syrienne, à tel point que, et c’est là vraiment significatif, pour la première depuis des siècles, la diplomatie américaine nous semble subtile !

Voici en substance l’état d’esprit d’Alain Juppé, pourtant normalien, érudit et adepte des humanités classiques :

Mes chers chrétiens d’Orient : renoncez aux despotes qui vous protègent et versez dans la démocratie ; faites désormais confiance à vos “Frères Musulmans” qui vous haïssent et vous pourfendent !

On aura effectivement connu des ministres des Affaires Étrangères autrement plus subtils que MM. Juppé et Lévy.

Voici un passage de l’analyse du rédacteur en chef adjoint du magazine causeur :

Clinton reconnaît ainsi, à la différence de Juppé et Sarkozy, que tous les cortèges ne sont pas pacifiques et que toutes les attaques contre l’armée, les bâtiments publics voire certains monastères (à Sednaya) obéissent à une logique de guérilla. Dans cette affaire complexe fai(t)e de propagande et de contre-propagande, il semble délicat de dénoncer les exactions commises des deux côtés, sans être accusé de parti pris par les uns ou les autres.

La France est devenue en 1789 un petit pays totalement stupide qui n’a cessé depuis lors d’identifier ses petits intérêts bourgeois et illuminés à ceux du monde entier. Les Espagnols, les Égyptiens, les Russes n’ont pas voulu de Bonaparte et des idéaux pédants du siècle très modestement auto-proclamé « siècle des Lumières » : ce sont les religions qui ont refoulé les armées révolutionnaires.

La France post-révolutionnaire a toujours été un satané pays irréversiblement socialiste. Son obsession de l’égalité à tout prix suppose, pour s’imposer au monde, l’ignorance universelle et la condamnation de la liberté. Si les États-Unis et l’Angleterre avaient déjà fait leur révolution (sans majuscule), ils avaient en revanche accordé la primauté à la Liberté. Ainsi l’Angleterre n’a-t-elle jamais compromis sa culture et ses traditions avec la culture et les traditions des peuples auxquels elle faisait la guerre, car elle se savait infiniment supérieure et inaccessible aux autres : c’est pourquoi elle s’est justement refusée à toute politique d’assimilation, gouffre financier, tonneau des Danaïdes, celui qui a épuisé la France en Afrique, puisque personne ne s’est finalement vraiment assimilé à la France. L’association, c’était la véritable politique de domination du monde : occupation des passages stratégiques avec un fort et quelques garnisons (Gibraltar, Malte, canal de Suez, péninsule indienne, Afrique du Sud), il n’était pas question d’envoyer le contingent ou de se mettre à se répandre en politiques républicaines pour convertir les peuples « sous-developpés » à notre civilisation démocratique et athée.

Bientôt, l’empire ottoman aura vraiment pris fin : le statut protégé de dhimmi sera définitivement aboli, la majorité islamiste déglinguée aura partout pris le pouvoir et pourra impunément massacrer les chrétiens au nom de la démocratie que nous leur aurons fièrement enseignée. Qui osera alors critiquer ce régime, quand chacun en sera le roi ?

29 février 2012 Tancrède

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