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« Jupiter » ou l’antéchrist à l’état gazeux

Le parallèle troublant, fait durant la campagne présidentielle, entre le Maître de la Terre (R.H. Benson) et « Jupiter » n’a cessé de se confirmer depuis l’élection de ce dernier : homme d’apparence juvénile, produit d’une nouvelle humanité cosmopolite, sans parti ni programme, mais séduisant, autour de sa seule personne, par un discours sur la fraternité universelle et la louange de l’esprit du monde. Et comme un pied de nez de Lucifer ou une mise en garde de la Providence, il lui a même été donné le prénom messianique d’Emmanuel qui signifie « Dieu avec nous ».

L’antéchrist gouvernerait-il la France ? Oui et cela ne date pas d’hier [1] ; mais nous sommes aujourd’hui devant une de ses figures à la fois les plus évidentes et les plus inconsistantes. On a les antéchrists que l’on mérite ! Ceux qui nous ressemblent. À une société moins déliquescente, Satan aurait destiné un séducteur moins vaporeux. Quoi qu’il en soit, sa nouvelle marionnette se montre d’autant plus nocive que la confusion des esprits règne dans notre pays.

Rares ont été les observateurs de la vie politique à prévoir l’avènement de cet inspecteur des impôts devenu bankster, sorti de l’ombre pour être lancé en politique comme un nouveau produit de consommation. On le pensait trop jeune, trop creux, trop inexpérimenté. Il l’a pourtant emporté sur ses aînés et liquéfié toutes les forces (supposées) d’opposition. Comment ? Par la tactique du Diable la plus élémentaire : un peu de bien, apparent et provisoire, pour beaucoup de mal, réel et définitif.

Il aura suffi d’une Marseillaise au pied de la Grande Pyramide, d’une parade en véhicule militaire et d’une réception à Versailles pour que les cocardiers plastronnent et les conservateurs deviennent « constructifs ». La représentation à peine terminée, le Bonaparte d’opérette brutalisait une Armée qui s’était elle-même laissée séduire par ses boniments [2].

L’hommage au père Hamel a de même montré que la naïveté du sabre valait bien celle du goupillon ! Toute la bien-pensance démo(n)-chrétienne, de Koz à La Croix, de Famille chrétienne à Aleteia, y a célébré la République et le catholicisme communiant, avec toutes les religions, au même idéal d’amour et de respect de l’humanité. Combien de victimes du Croissant et de la Révolution ont alors crié sous le trône de Dieu d’une voix forte : Jusques à quand, Maître saint et véritable... ? (Apocalypse, VI, 10) 

« Au moins, le Ministre de l’Education nationale veut que les enfants apprennent à lire et à écrire ! », se rassurent les parents d’élèves. Ils oublient un peu vite que le nouveau locataire de la rue de Grenelle est à la fois un habitué de l’Institut Montaigne, un proche d’Alain Juppé et un intime de François Barouin. Mais au-delà de ses mauvaises fréquentations, Jean-Michel Blanquer est surtout la caution d’un gouvernement « éduquant » dès l’enfance à « l’égalité filles/garçons » (autrement dit la théorie du genre) ainsi qu’aux « droits sexuels et reproductifs » ; un gouvernement où la famille a perdu son ministère pour être asservie à celui de la Santé, pour le plus grand profit de lobbies pharmaceutiques européens et internationaux [3].

Dernier racolage grossier mais efficace : le « sauvetage » de notre patrimoine local, qui ne serait pas si menacé par la ruine ou la spéculation, si la loi NOTRe ne privait pas les communes rurales de leurs ressources et de leur autonomie au profit de métropoles mondialisées. Qu’importe ! Un présentateur de télévision se fera le guide grimaçant d’une France muséifiée et accessoirement le cheval de Troie chez les conservateurs de l’union et de l’adoption homosexuelles.

Ce sont donc de nos inconséquences que notre antéchrist du moment tire sa puissance. Par lui-même, il est à l’image de sa planète tutélaire : une boule de gaz tournant sur elle-même à grande vitesse, occupant d’autant plus d’espace que sa densité est faible, et aspirant tout mobile à proximité. Sans surface solide, Jupiter pourrait même avoir liquéfié son propre noyau originel.

Comment dès lors s’étonner que notre promoteur de la société liquide ne sache plus qui il est et se prenne pour le maître de l’Olympe, Louis XIV ou Napoléon ? Il n’en demeure pas moins le révélateur de ce qui autour de nous voire en nous tend à unir (« en même temps ») des contraires politiques, économiques, philosophiques, moraux voire dogmatiques. N’en déplaise à beaucoup trop de satellites de « Jupiter » (76,15 % à Versailles), le libéralisme demeure un péché : il est donc ontologiquement, définitivement incompatible avec le catholicisme. 

Aujourd’hui plus que jamais, qu’on le comprenne bien, la société a besoin de doctrines fortes et conséquentes avec elles-mêmes. Au milieu de la dissolution générale des idées, l’assertion seule, une assertion ferme, nourrie, sans alliage, pourra se faire accepter. Les transactions deviennent de plus en plus stériles et chacune d’elles emporte un lambeau de la vérité. Comme aux premiers jours du christianisme, il est nécessaire que les chrétiens frappent tous les regards par l’unité de leurs principes et de leurs jugements. Ils n’ont rien à emprunter à ce chaos de négations et d’essais de tout genre qui atteste si haut l’impuissance de la société présente. Elle ne vit plus, cette société, que des rares débris de l’ancienne civilisation chrétienne que les révolutions n’ont pas encore emportés et que la miséricorde de Dieu a préservés jusqu’ici du naufrage. Montrez-vous donc à elle tels que vous êtes au fond, catholiques convaincus. Elle aura peur de vous, peut-être quelque temps ; mais - soyez-en sûrs - elle vous reviendra. Si vous la flattez, parlant son langage, vous l’amuserez un instant ; puis elle vous oubliera, car vous ne lui aurez pas fait une impression sérieuse. Elle se sera reconnue, plus ou moins, et comme elle a peu de confiance en elle-même, elle n’en aura pas davantage en vous (Dom Guéranger).

Gladius Columbae



[1Car plusieurs séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus-Christ est venu en chair. Celui qui est tel, c’est le séducteur et l’antéchrist. 2Jean, I, 7

[2cf. Lettre ouverte des quinze hauts gradés à Emmanuel Macron, 27 juillet 2017 : Elle a entendu et cru en vos promesses de campagne (...) Tant vos paroles que les symboles que vous aviez choisis semblaient donc démontrer votre compréhension des forces armées et la priorité que vous leur accorderiez dans le contexte actuel

[3cf. Haut-Conseil à l’Egalité entre les Femmes et des Hommes - HCEfh : commissions « Stéréotypes et rôles sociaux » et « Santé, droits sexuels et reproductifs »

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