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J’attends une poupée pour Noël

Cet article a été publié le 24 décembre 2011. En cet Avent, marqué par la « polémique des crèches », il prend une tonalité particulière.

J’attends une poupée pour Noël.

Demain, c’est Noël. Je le sais [1] parce que mes TGV sont en retard : « accident de personne » . Cela veut dire suicide ; et cela veut aussi dire que ces hommes et ces femmes sont encore plus désespérés qu’à l’ordinaire. Ils ont manqué la joie qu’ils attendaient de Noël, qu’ils attendaient de la famille, qu’ils attendaient, avant tout, de la naissance de l’Enfant Jésus.
Nous avons comme perdu la science d’attendre un enfant. Pourtant, cela fait bien deux mille ans qu’on répète. Et parbleu, ce n’est tout de même pas si difficile ; ce n’est pas si embrouillé ; cela va tant de soi ! Pourquoi les gens ne sont-ils pas fichus de le faire une nuit de plus ?

Il est vrai que le petit Jésus a été conçu hors-mariage, c’est-à-dire comme la moitié des nouveaux petits Français et le tiers des nouveaux petits européens. [2] Autant dire que le mystère de Sa Conception n’est pas ce qui choque l’époque.

Alors, peut-être est-ce la crèche ? Il y a fort à parier qu’elle ne correspondait pas aux normes sanitaires européennes. Une vache, un âne et bientôt même, d’intolérables dromadaires y vaquent. Il y avait même des gens appartenant à des peuples que la loi Gayssot m’interdit de nommer ici. Ce n’est pas bien propre une crèche mais, c’est tout de même en deçà du seuil de tolérance de l’Européen hygiéniste ; lequel n’aurait de toutes les façons pas peur de se fâcher avec Nazareth ou Ankara [3] au sujet de la dignité de la vache, du Chaste Joseph et des rois mages.

En fait, le problème : c’est que nous avons vidé la crèche parce que l’enfant braillait et qu’il faisait tout ce qui sied à un enfant normalement constitué : réveiller sa maman la nuit, ne pas changer ses couches de manière autonome et tout cela, sans offrir une conversation légère et intéressante. L’enfance est inconfortable et elle ravive toutes les espérances que nous rêvions avant de devenir lâches : il faut donc s’en débarrasser. Depuis lors, nous attendons une poupée et donc, nous n’attendons plus personne.
Finalement, mes TGV sont retard parce que nous avons fait un grossier accident sur la personne.

L’art hégémonique nous renseigne sur la naissance de cet accident sur la personne bien qu’il soit ardu de la situer avec exactitude.

En 1979, Pink Floyd connaît un grand succès grâce la musique : « another brick in the wall ». Un jeune adolescent, Pink, vient de perdre son père. C’est encore assez nouveau à l’époque. Ce n’est toutefois qu’une brique de plus dans le mur qu’il est en train de construire autour de lui-même. L’enfant participe donc de son détachement d’avec le monde des adultes : en sourdine, la contestation prend les basses. Néanmoins, ce sont eux qui ont commencé. Par autoritarisme et rationalisme, les adultes, qui n’entendent rien à la poésie de l’enfance [4], transforment tous les enfants en des automates effrayants destinés au hachoir moderne.

Voici l’enfant-poupée, du temps de l’autorité (1979) :

En 2011, la résistance infantile à la lobotomisation a pris fin, déconsidérée sous le nom « d’âge bête ». Nous assistons à une simple Corollisation™ de l’enfant. Celui-ci se ballade sans parent, dans une histoire à laquelle personne ne comprend rien mais servie par fond musical léger – presque enlevé. Par une curiosité peccamineuse, il renonce à l’élan qui fait son enfance, se métamorphose et finit immobile, dans une boutique démodée. C’est sa faute et non plus celle des adultes réificateurs. Leur absence - que ce soit pour le regarder, le comparer ou le choyer - n’enlève rien à l’ambiance merveilleuse de cette séquence. Nous ne sommes plus aux vils temps de l’eugénisme mais à ceux qui annoncent la mort de la viviparité, dans le meilleur des mondes.

Voici l’enfant-poupée, du temps de la féerie (2011) :

Je retourne à ma liste de Noël. Je n’ai pas demandé de poupée.


[1Pour de vrai, je l’avais aussi deviné pour d’autres raisons.

[4Dans la séquence vidéo, l’instituteur se moque de l’enfant poète.

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