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Les Veilleurs. Enquête sur une résistance

Un an après leur naissance, les Veilleurs sont l’objet d’un premier livre d’enquête contribuant à décrire leur genèse, leurs balbutiements et leur histoire. Cet ouvrage est le fait d’un journaliste protestant de La Vie, Henrik Lindell [1].

Aujourd’hui, le phénomène des veilleurs est toujours vivant et des veillées ont toujours lieu en de nombreuses villes [2], bien que tout le monde en parle beaucoup moins qu’il y a quelques mois. Après un puissant démarrage, dès le 16 avril 2013, le mouvement semble avoir du mal à retrouver un second souffle : que lui faut-il donc pour se relancer ?

Mémoire et histoire sont, déjà, deux filons à exploiter. La promulgation du dispositif législatif Taubira incarne une défaite pour nous ? Elle a pourtant fait naître les Veilleurs et de très nombreuses autres initiatives, parfois terrées encore au sein de consciences individuelles renforcées par tant d’événements. Une chose est sûre : l’histoire est généralement écrite par les vainqueurs. Le drame des Vendéens est d’avoir été rayés de l’histoire révolutionnaire après avoir été noyés dans le sang. Ainsi, une défaite mémorielle (et donc spirituelle, morale, intellectuelle et tout ce que l’on voudra…) a succédé à une défaite physique, malgré quelques tentatives, sous la Restauration, de graver dans le marbre ces tragédies passées [3].

C’est donc une bonne idée que de se mettre dès à présent à écrire sur les manifestations récentes, et sur des initiatives aussi contre-révolutionnaire que l’originalité des Veilleurs. Il y a de bien bonnes choses en ce livre d’Henrik Lindell, ayant l’intérêt de nous rappeler de bons principes et de nous faire mieux connaître certaines figures (pas toujours très bien choisies ; avec peu de diversité [4] en tout cas), de l’équipe parisienne pour les plus connues. Un beau sourire : que de mariages imprévus évoqués dans ces vies et trajectoires ! C’est peut-être là le plus grand bénéfice, rarement évoqué d’ailleurs, des manifestations récentes : toute une génération a appris à connaître la grandeur du mariage. Et elle s’efforce de mettre cela en application. Voilà de quoi garder espoir !

Une organisation ? Aucune au départ :

Les bougies, les banderoles, les textes. Tels furent les ingrédients des veillées dès le premier jour. Rien de plus, rien de moins. Un concept on ne peut plus simple. Et naturel. Spontané. Car rien n’était préparé d’avance. Ces jeunes ont agi par réflexe.

Nous pouvons toutefois regretter une trop forte prégnance de « politiquement correct » et de parisianisme [5] chez l’auteur de cette enquête. Même si l’esprit chrétien à l’origine des Veillées est mis en évidence (référence aux veilles de Jésus par Axel, emprunts liturgiques dans le matériel utilisé, beaucoup d’auteurs catholiques lus en public, etc.), il y a en contrepartie comme une obligation journalistique de mettre en avant l’ « aconfessionnalité » [6] des rencontres. Sans doute le sont-elles en bien des endroits mais, heureusement, pas partout. La preuve exacerbée : la charte des Veilleurs, donnée en annexe au livre. Sans préciser tous les débats et remous qu’elle suscita chez les organisateurs de province. Elle apparaissait comme peu conforme aux principes de spontanéité et de non-organisation des Veilleurs qui, en voulant se fixer ainsi des lignes, connurent des problèmes de chefferie. Mais cela n’empêcha pas de nombreuses Veillées de province de prier une dizaine de chapelet, entre autres, à chaque rencontre ! Autre bémol, toujours pour l’aspect religieux : la chasse aux « tradi’ » comme s’il s’agissait de diables avec lesquels il ne faudrait surtout pas amalgamer les Veilleurs. Pourtant, le chant de l’Espérance a été spontanément lancé par l’un de ces infréquentables, comme plus d’une veillée de province fut l’initiative de personnages idoines… Pourquoi vouloir à tout prix introduire partout une dialectique dépassée ?

Cette dialectique malheureuse se poursuit quand il s’agit d’opposer la douceur des Veilleurs à la « violence » des Hommen ou du Printemps français, sans voir que de nombreux individus peuvent sans contradiction évoluer dans ces trois mouvances. Nous connaissons même l’une des plus grandes villes de France où… les cadres régionaux de la Manif’ pour Tous furent… les premiers cadres (informels) du Printemps français (informel) local… puis les organisateurs des Veillées ! Pas d’opposition, donc, mais peut-être une complémentarité, salutaire, à rechercher toujours davantage ? L’intérêt des Veilleurs fut de ne pas être une secte exclusive. Il serait malhabile de changer cela.

Autre manque : le roi. Nulle part il n’apparaît. Loin d’être au cœur des Veillées, certaines cités françaises en ont cependant fait leur objet, selon les volontés de l’organisateur local, lisant testament de Louis XVI et autres grands classiques. C’est pourtant la plus belle sortie qui soit du clivage républicain droite-gauche, plutôt que de se casser à la tête pour trouver un pseudo-moyen de créer un courant salutaire au sein de l’UMP ou du PCD (dont le nom lui-même est plus que suspect)…

Mais longue vie aux Veilleurs, à tous les Veilleurs, assis, debout, mais surtout à genoux !


[1LINDELL (Henrik), Les Veilleurs. Enquête sur une résistance, Paris, Salvator, 2014, 114 p., 14,90 €.

[3Pensons à différents monuments, aux cérémonies expiatoires, à des écrits tels que le Voyage dans la Vendée de Genoude…

[4Sauf si l’on s’en réfère seulement au sens conventionnel du terme… La diversité, oui, mais à gauche.

[5Catholicisme et parisianisme : tout un sujet à développer ! Tout un débat !

[6Et d’autres phrases la mettent de facto en doute : « les Veilleurs illustrent mieux que n’importe quel autre mouvement la réappropriation de la politique par les catholiques. Des cathos qui n’ont plus peur de dire qui ils sont et ce qu’ils pensent. »

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