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[EX-LIBRIS] République sud-africaine : la faillite de Mandela

Jean-Claude Rolinat raconte l’histoire récente de l’Afrique du Sud

« L’Afrique du Sud c’est comme un zèbre. Que vous lui tiriez une balle dans la bande blanche ou la bande noire, l’animal meurt quand même ! [1] »

Le Rouge & le Noir avait bien sûr évoqué la mort de Nelson Mandela, faisant au passage un peu de réinformation. Nous avions également eu l’occasion, peu avant, d’interroger Bernard Lugan, africaniste bien connu et cité à plusieurs reprises par Jean-Claude Rolinat.

L’auteur du livre [2] de cette semaine s’évertue à remettre les choses à l’endroit, à propos d’un pays dont l’histoire contemporaine a été généreusement romancée par les grands media. Nos énarques ont fait de Nelson Mandela un ange [3] ; l’histoire doit en faire une bête. Mais ne nous arrêtons pas au titre de l’ouvrage : Jean-Claude Rolinat peint une fresque bien plus large. Ainsi, il écrit un très clair livre d’histoire, avec un style d’écriture travaillé, et des accroches remarquables – ce qui est, de nos jours, assez rare pour mériter d’être souligné.

Quel est le bilan de Mandela et alii ? Il est bien triste : c’est la fuite permanente des Blancs :

La “nation arc-en-ciel”, c’était à prévoir, est un échec. En dix-neuf ans de black power, un million de Blancs s’est expatrié, une “kleptocratie” noire, vivant avec insolence dans le luxe le plus ostentatoire, a fait main basse sur une bonne partie de l’économie. La sécurité des biens et des personnes est un souci permanent de toutes les couches de la population. Avec une moyenne de 43 meurtres par jours (!), l’Afrique du Sud est devenue un pays plus dangereux que le Brésil. C’est dire… [4]

De même, la misère du pays – malgré ses grandes richesses souterraines [5] – ne se ressent pas seulement par la criminalité : elle est patente dans le domaine de la santé [6] et, bien sûr, dans l’économie des ménages [7]. La misère morale, la pire de toutes, n’est pas en reste : « 200 000 femmes adultes, blanches et noires, sont victimes chaque année, d’agressions sexuelles. Une femme est tuée toutes les huit heures par son compagnon ou son partenaire habituel [sic], soit le double de ce qui est comptabilisé aux USA par exemple » (p. 114), ou encore : « une enquête menée par le professeur Rachel Jewkes du Conseil médical de recherche sud-africain révèle que 37 % des hommes sondés reconnaissent avoir commis au moins un viol » (idem). Ces malheurs vont de pair avec les traits généraux propre à tout pays dit « sous-développé » : corruption et népotisme notamment (p. 17).

Rolinat, toutefois, ne se contente pas de rappeler des faits et de dresser un bilan strictement morbide. Il tire des leçons, il énonce des pistes de salut (aujourd’hui à peu près inexistantes, invisibles, impossibles), et notamment celles qui auraient dû être suivies il y a quelques décennies. Nous y voyons la marque de Bernard Lugan, marque empreinte de cet infaillible empirisme organisateur qui caractérise toute pensée épousant fermement le réel : « Nous aurions dû plaider pour l’application d’une démocratie authentique en RSA [id est République sud-africaine]. Elle supposait que chacune des nationalités puisse exercer sa souveraineté sur le sol de ses ancêtres [8]. » Un chacun chez soi, la politique préconisée par le docteur Verwoed (p. 32).

Le propre de la révolution, de la subversion, est de détruire ce qui est. Et donc de détourner les définitions des mots et des concepts, souvent en les simplifiant outrageusement ou en leur conférant une dimension intolérable pour les contemporains. L’apartheid n’a, semble-t-il, pas subi un autre traitement, étant ridiculement cantonné à un rôle d’épouvantail, ne cachant nulle bonne intention, nulle fin. Pourtant, Rolinat rappelle quelques vérités fondamentales : « Initialement[,] la politique d’apartheid constituait une bienveillante et paternaliste domination blanche sur les autres peuples [9]. » Ce qui n’empêche pas des abus commis par certains Afrikaners s’auto-condamnant en voulant tout s’approprier (p. 31). L’indépendance ethnique a été malheureusement mal mise en œuvre [10].

Un autre chantier lancé par Jean-Claude Rolinat est la remise en doute de certains acquis démocratiques, détruisant plusieurs mythes électoraux, tout en mettant en lumière les effets de la pression internationale sur les Sud-Africains (p. 54). C’est d’abord le terrible référendum du 17 mars 1992 où le « oui » l’emporte, à cause de l’influence de De Klerk (p. 56). C’est ensuite les élections de 1994, où l’honnêteté n’est pas de mise : « La commission électorale indépendante, a déclaré son président, a dû “ajuster les résultats proportionnellement au soutien estimé de chaque parti”. / Qu’on le veuille ou non, de nombreuses fraudes et irrégularités ont donc jeté la suspicion sur les résultats proclamés » (p. 87).

Le rôle de l’ANC au cours de ces nombreux événements pré-électoraux n’est pas oublié. Un excellent résumé, aussi clair que concis, est fait des mouvements ensanglantant le homeland du Bophuthatswana en 1994 (p. 63), préfiguration de la victoire électorale du parti marxiste dominé par Nelson Mandela. Par la terreur, par la force, ce dernier s’acquiert une solide clientèle, un électorat fidèle. La mort violente, depuis de nombreuses années, est banale, monnaie courante, en Afrique du Sud : « Alors que le bilan des massacres interethniques affichait le sinistre record de 4 000 tués en 1993, rien qu’en février 1994 on recensait déjà
245 morts, un léger progrès il est vrai, comparé au “score” du mois précédent : 328 personnes massacrées… » (p. 74). Cela est loin d’être réglé aujourd’hui. Bien au contraire, les effectifs policiers gonflent sans gagner en efficacité – mais seulement en corruption… Quoi qu’il en soit, une partie de la population est congédiée des hautes fonctions : les Blancs, bien évidemment, et ce depuis la première victoire électorale de l’ANC (p. 91). Les Blancs sont condamnés à fuir, puisqu’ils sont sommés de ne plus avoir de rôle en Afrique du Sud, que ce dernier soit politique, social ou économique. L’apartheid a été plus que renversé : « En Afrique du Sud, un programme a été adopté dès 1994, visant à faire passer, en cinq ans, 30 % de la propriété agricole blanche dans les mains de 600 000 petits fermiers noirs » (p. 116). Les Blancs partent [11] ? Oui, et donc leurs talents : « la “Nation arc-en-ciel” était, est toujours, en proie à une pénurie sévère de travailleurs spécialisés dans les secteurs de la santé, de l’ingénierie ou encore de l’éducation » (p. 138).

Enfin, concluons avec Jean-Claude Rolinat : « En Afrique du Sud, en un très court laps de temps, on est passé de la nation “arc-en-ciel” à la nation “bois d’ébène”. De l’apartheid à un autre apartheid ? » (p. 171). Un ouvrage faisant mémoire de l’histoire récente d’un pays au bord du précipice : à conserver bien précieusement. L’idole Mandela s’est en fait caractérisée par une certaine inaction. En bref, « Mandela, en dépit de son charisme apaisant, laisse derrière lui un bilan au goût de faillite » (p. 182).


[1Koetze, mis en scène par l’auteur p. 108.

[2ROLINAT (Jean-Claude), République sud-africaine : la faillite de Mandela, Paris, Synthèse nationale, 188 p., 18 €.

[3« Depuis qu’il est mort, Nelson Mandela est encore plus grand que vivant : il est probablement assis à la première place à la droite de Dieu. » P. 11.

[4P. 13-14.

[5« Les mines de platine de Rustenburg fournissent à elles seules 66 % de ce minerai extrait dans le monde libre. On estime les réserves de cet État aux deux tiers de la capacité mondiale. » P. 51. P. 141 : « Avec 210 000 tonnes de réserves d’uranium nature, l’Afrique du Sud était au 4e rang mondial derrière les États-Unis, le Canada et l’Australie. »

[6« 28 % des adolescentes noires sont séropositives » (p. 14).

[7« Un Noir sud-africain sur deux, de ceux vivant dans la tranche des plus pauvres, a un revenu inférieur de moitié à ce qu’il était sous le régime de l’apartheid. » P. 14.

[8P. 20

[9P. 31

[10« N’hésitons pas à l’affirmer [ :] l’éparpillement des bantoustans, leur non-consolidation territoriale, fut une erreur majeure du gouvernement blanc. Il fallait rendre les enclaves viables, d’un seul tenant, au besoin fusionner autoritairement des parcelles ventilées aux quatre coins du pays. Cela nécessitait obligatoirement, en certains endroits, des expropriations de fermiers blancs. » P. 41.

[11« En Afrique du Sud, les Blancs étaient minoritaires : ils le seront de plus en plus. » P. 151.

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