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[EX-LIBRIS] Le transhumanisme décrypté du Père Jean Boboc

Recension de l’ouvrage de Jean Boboc, Le transhumanisme décrypté, publié au deuxième trimestre 2017, Apopsix Éditions, 461 pages.

Le Père Jean Boboc, bien connu de la communauté orthodoxe française, a eu la bonne idée de se pencher grâce à son regard de médecin et de prêtre sur le transhumanisme. Il s’attache à en retracer les fondements idéologiques pour essayer ensuite d’apporter des solutions chrétiennes à cette pensée prométhéenne. Dans un style clair et avec une pédagogie certaine, le Père Boboc, tout au long des 461 pages de l’ouvrage, s’attèle à déconstruire ce concept funeste de transhumanisme. La finalité de cette nouvelle anthropologie est l’amélioration des performances physiques, intellectuelles ou psychiques de l’homme. Certains veulent créer un nouvel homme, d’autres tellement l’améliorer qu’il en deviendrait un robot. L’expression « transhumanisme » voit le jour en 1957 sous la plume de Julian Huxley. Il n’est guère surprenant qu’elle soit née récemment, à une époque de culte de la performance individuelle et collective. Naturellement, les implications militaires ne sont pas pour rien à son développement. Un homme augmenté est rapidement vu comme un soldat surpuissant doté d’une force létale incomparable. Les transhumanistes n’évoquent jamais les risques possibles d’une telle évolution de l’homme, qu’ils soient pour lui-même, les autres ou son environnement. Ils préfèrent se ranger derrière l’argument progressiste bien éculé : si un pays rate le train transhumaniste en marche, ce seront les autres qui auront une avance sur lui. Pour donner une idée du délire transhumaniste, il suffit de laisser la parole à l’un de ses thuriféraires, Ray Kurzweil :

« Nous aimons vivre. Évoluer encore et toujours, plus vite et plus loin. Nous voulons devenir l’origine du futur, changer la vie au sens propre et non plus au sens figuré, créer des espèces nouvelles, adopter des clones humains, sélectionner nos gamètes, sculpter nos corps et nos esprits, apprivoiser nos gènes, dévorer des festins transgéniques, faire don de nos cellules souches, voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, faire l’amour dans l’espace, débattre avec des robots, pratiquer des clonages divers à l’infini, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la lune, tutoyer les galaxies [1] . »

Ce projet prométhéen trouve sa source, d’après l’auteur, dans l’idéologie des Lumières. Pour les Lumières, la nature de l’homme n’existe pas ; elle est donc modifiable et perfectible. Il est étrange que les transhumanistes souhaitent dépasser une nature dont ils postulent l’inexistence. Dans une optique très nominaliste, ils ne voient dans les hommes, les races, les animaux que des concepts inventés par l’homme qui n’existent qu’en tant que concepts ou mots mais qui ne désignent pas une réalité ontologique. Dès lors, il est très simple de faire évoluer l’homme puisqu’il ne s’apparente pas à une essence.

Le Père Jean Boboc pointe plusieurs risques émanant du transhumanisme. Cette idéologie va de paire avec l’eugénisme car elle ne répugne pas à sélectionner les bons génomes afin d’augmenter la performance intellectuelle et physique des individus. Une société transhumaniste est impensable sans écrans informatiques. Or, de nombreuses études montrent que passer ses journées devant un écran a un impact sur l’intelligence. Les nanotechnologies servant à manipuler l’infiniment petit afin de réparer les organes humains ne sont pas non plus sans risque pour l’environnement. En fait, si des nanoparticules sont dégagées en quantité dans l’atmosphère, la biosphère pourrait être détruite et remplacée par des espèces nouvelles de végétaux non comestibles. Un scientifique réputé comme Stéphan Hawkins est même réservé sur l’intelligence artificielle qui serait susceptible selon lui d’entraîner une prise de contrôle du monde par les machines. Ce qui relevait encore il y a peu de la science-fiction pourrait devenir réalité.

Face à ces périls, le Père Boboc propose d’en revenir à la foi chrétienne et de se réenraciner dans sa culture, son pays pour éviter d’être influencé par cette idéologie technicienne, scientiste et matérialiste. En effet, l’enseignement du Christ invite les hommes à accepter leur faiblesse et leur finitude. Dieu lui même, en la personne de son fils, s’est fait homme et a incarné cette finitude. Si le chrétien est invité à se rapprocher de Dieu, ce n’est pas pour tenter d’en devenir un. Il va donc de soi que la recherche de la vertu d’humilité exigée par la religion chrétienne présente un caractère antithétique avec la pensée transhumaniste.

L’ouvrage de Jean Boboc semble particulièrement recommandé à toutes les personnes intéressées par le transhumanisme en tant que menace pour notre société. Rédigé en des termes clairs et accessibles, le livre du père orthodoxe est aussi dense quant à son contenu. L’auteur mobilise ses connaissances de médecin pour analyser toutes les pseudo avancées prônées par l’idéologie transhumaniste dont les fondements sont aussi éclairés. Après avoir diagnostiqué les causes de la maladie transhumaniste et mis en relief ses risques pour la santé de notre monde, le médecin Jean Boboc revêt son habit de prêtre pour y apporter son remède chrétien. Il ne reste plus qu’à espérer que les lecteurs suivent bien sa prescription médicale.

Karl Peyrade


[1KURSWEIL Ray, Le manifeste des mutants, https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/les-organismes-transhumanistes/manifeste-des-mutants/, cité par l’auteur p. 39.

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