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[EX-LIBRIS] Le soir approche et déjà le jour baisse du cardinal Sarah

Recension de l’ouvrage du cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat, Le soir approche et déjà le jour baisse, publié en mars 2019, Fayard, 444 pages.

Le cardinal Robert Sarah n’avait pas la vocation d’écrire des livres. C’est sous l’impulsion du journaliste Nicolas Diat qu’il a commencé à s’adonner aux livres d’entretien avec lui. Il ne s’agit donc pas d’ouvrages à thèse ou de propositions pastorales novatrices. Le prélat ne souhaite pas faire dans l’originalité mais plutôt exposer la doctrine et la spiritualité catholique à travers les questions de Nicolas Diat. Dans ces jours si agités, il est une boussole pour les hommes de bonne volonté qui veulent vivre leur foi de façon intègre. Dans son livre précédent [1], le cardinal africain a livré ses utiles réflexions sur le silence. Son nouvel opus consiste en une série d’analyses et de propositions pour remédier à la crise dans l’Église. Cette synthèse lui permet de brasser un nombre incalculable de sujets ce qui laissera sur sa faim le lecteur en recherche d’approfondissement. Le catholique bien formé n’apprendra pas grand-chose. En revanche, le débutant trouvera dans l’ouvrage de nombreuses pistes pour comprendre la vision chrétienne du monde. Il est frappant de constater qu’à plusieurs reprises, on croirait lire la plume de Monseigneur Lefebvre, les positions sur le Concile Vatican II mises à part.

Le prélat guinéen commence sa réflexion par une critique des croyants contemporains qui ont trop souvent un rapport narcissique à Dieu, celui-ci n’étant là que pour entendre leurs plaintes mais jamais leurs louanges. Ils ont aussi malheureusement tendance à faire leur supermarché au sein de la doctrine catholique, choisissant ce qui est conforme à leurs aspirations et rejetant ce qui leur semble être des reliques barbares d’un autre temps. L’homme d’église guinéen n’a qu’un chemin à leur proposer : la Croix. Naturellement, il pointe du doigt la grande responsabilité des clercs et de leur oubli de leur unique mission qui est la sanctification des âmes. Quand cette finalité est omise, il n’est guère étonnant que leur catéchisme et leurs sermons se focalisent sur des considérations naturelles telles que la pauvreté, la politique ou l’humanitaire pour oublier le péché originel, les fins dernières ou le diable. Il faut retrouver une vie de prières centrée sur le sacrifice de la messe et le salut des âmes. Voilà le but du sacerdoce catholique qui justifie de facto le célibat des prêtres. Ces derniers doivent abandonner leurs théories farfelues et progressistes pour revenir à la doctrine de toujours qui a été transmise par les apôtres. L’Église n’est pas une entreprise qu’il faut réformer grâce à des techniques de management. Seuls les saints prêtres, les saints religieux et les saints laïcs qui enseignent et appliquent la morale catholique amènent des réformes.

Le cardinal Robert Sarah n’hésite pas non plus à s’attaquer à la pratique actuelle de la forme ordinaire du rite romain nommé couramment la messe Paul VI. Il regrette l’abandon du latin, son manque de solennité et son oubli de la centralité du sacrifice. Le prélat guinéen plaide pour un enrichissement mutuel des deux rites. Le dit enrichissement n’est pas sans laisser songeur, car on voit mal ce que le nouveau rite ait à apporter à la beauté et à la majesté de l’ancien. Certes, quelques ajustements paraissent envisageables, mais il n’y aurait alors en aucun cas un enrichissement provenant de la messe Paul VI.

L’entretien avec Nicolas Diat se poursuit sur des thèmes plus politiques. Le cardinal Sarah critique l’abandon de toute transcendance, le règne absolu du Marché et de la Technique et la promotion de l’indistinction entre les sexes. Sans qu’on sache bien pourquoi, plusieurs pages sont consacrées à la Shoah comme s’il s’agissait d’un passage obligé lui permettant tactiquement d’apporter une caution morale à ses positions sur des sujets délicats au regard du politiquement correct. Il s’attaque notamment à la décadence de l’Occident rongé par un masochisme culturel, l’immigration de masse, l’absence de morale, l’athéisme et le matérialisme comme unique finalité de l’existence. Semblant monter en crescendo, le cardinal Robert Sarah pose la question suivante à propos de Daesh :

« Comment l’État islamique a-t-il pu naître et grandir dans une telle impunité ? Je ne veux pas critiquer le travail qui est engagé. Mais il est largement insuffisant. Les causes religieuses ne sont pas traitées. Beaucoup parmi les terroristes islamistes sont en Europe depuis plusieurs générations […] L’évangélisation des jeunes Européens d’origine musulmane devrait être une priorité pastorale […] Mais au nom d’un dialogue interreligieux mal compris, nous sommes pusillanimes et timides dans l’annonce du Christ »

Continuant dans cette veine, le Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements condamne l’anéantissement de l’Irak et la destruction de la Lybie par Nicolas Sarkozy ainsi que leurs conséquences migratoires. Il n’oublie pas non plus la mise à mort sordide de leurs deux dictateurs Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi. Le cardinal africain poursuit par une charge contre le mondialisme souhaitant instaurer une religion mondiale au service des intérêts financiers. S’agissant de son continent d’origine, il n’hésite pas à écrire :

« Il faut dénoncer la grande braderie des ressources naturelles de l’Afrique au profit des étrangers, avec la complicité des leaders nationaux […] On fomente la guerre, on traque ses ressources minières avec des armes. On pollue l’environnement et on laisse le continent dans la pauvreté endémique. »

Ses considérations sur la colonisation pourraient être mal comprises car il évoque son cas personnel. Pour lui, la colonisation de son pays lui a permis de découvrir le Christ et la civilisation française. Il ne semble pas en avoir souffert de quelque façon. Pourtant, nulle part il est fait mention qu’il approuve le phénomène colonial dans sa globalité.

Heureusement, le cardinal Sarah termine son livre par une note d’espérance qui fait écho à toutes les critiques courageuses développées dans les pages précédentes :

« Je veux dire à tous les parents chrétiens qu’ils sont la gloire de l’Église du XXIe siècle : votre témoignage est parfois un martyre quotidien. Vous devez affronter le mépris du monde quand vous choisissez de donner la vie […] Vous portez l’espoir du monde et de l’Église ! Les sourires et la joie de vos enfants sont votre plus belle récompense ! Soyez fermes ! Accrochez-vous à la foi ! […] Bientôt se lèvera la moisson. »

Karl Peyrade


[1CARDINAL SARAH Robert avec Nicolas Diat, La Force du silence : Contre la dictature du bruit, Fayard, octobre 2016.

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