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[EX-LIBRIS] Le crime de l’Hermitière

Le calme d’un paisible hameau de Vendée brisé par un crime de sang

« C’est pas seulement à Paris
Que le crime fleurit,
Nous, au village aussi, l’on a
De beaux assassinats. »

— Georges Brassens

Le roman policier en général a longtemps fait l’objet d’une très vilaine réputation, le ravalant à un piètre divertissement et le classant dans la catégorie « littérature de gare » – ou en faisant un sous-genre littéraire. Ce dédain était partagé aussi bien par la petite bourgeoisie intellectuelle des villes (celle-là même qui s’est éloignée du catholicisme ou en a dénaturé les plus beaux trésors) que par les élites morales marxistes qui ne pouvaient y voir qu’un opium de plus servant à assoupir le peuple.

Le temps est passé, et cette parenthèse puritaine bel et bien close, à force de justes transgressions de cet Index librorum prohibitorum qui n’avait aucune raison d’être. De grands auteurs, français et étrangers, se sont succédé pour redorer le blason du suspense et nous faire apprécier tous les charmes allant de pair avec la procédure inquisitoriale de toute enquête digne de ce nom. Même si beaucoup se contentent aujourd’hui de vivre les feuilletons policiers docilement enfoncés dans un canapé, en face d’un écran de télévision, revenons-en à nos livres de papier, et montrons qu’un bon polar n’est pas qu’un enchevêtrement de vieilles astuces et ficelles. Et figurons-nous que les Français, bien que souvent méprisés, n’ont rien à envier, en la matière, aux Américains ou aux Scandinaves !

Henry-Pierre Troussicot est un enfant de la Vendée. Il la connaît si bien et la porte en lui avec une telle force créatrice qu’il la fait renaître dans toutes ses œuvres. Peintre [1], graveur et romancier, il s’efforce de faire vivre un art selon ses canons les plus classiques, les plus efficaces. Né en 1943 à Saint-Georges-de-Pointindoux (entre Les Sables-d’Olonne et La Roche-sur-Yon), fort d’un long savoir-faire et d’expériences nombreuses, Henry-Pierre a surtout eu la chance d’être à la jonction de la vieille France et de la nouvelle, de la vieille Vendée et de la nouvelle. Il a connu de ces générations qui, sur leur fin, n’en cessaient pas moins de conserver leurs traditions pluriséculaires. C’est un peu de cette essence vendéenne populaire qu’il nous transmet, à nous autres qui semblons sortir d’un marasme de néant, nés d’une génération qui n’a su rien transmettre et s’est souvent contentée de corrompre le beau.

Dans Le crime de l’Hermitière [2], Henry-Pierre Troussicot s’inspire de faits réels, qu’il fait revivre au fil des pages tout en laissant libre cours à sa plume et à son imagination. Il ressuscite, pendant les quelques heures que durera notre lecture, une campagne vendéenne de l’entre-deux-guerres : la commune de Saint-Germain-de-Lalande (que vous chercherez en vain sur une carte !) et ses multiples hameaux, dont l’un des plus petits, « L’Hermitière », sera le lieu d’un crime presque inexplicable… Ces péripéties se déroulent en 1921, tandis que la France rurale est encore durement marquée, ne serait-ce que psychologiquement, par les horreurs de la Grande Guerre.

Il n’est pas évident de parler d’une enquête policière de ce type sans en dévoiler l’intrigue et les retournements. Nous dirons simplement que beaucoup de choses se mêlent et s’entremêlent dans cet ouvrage : un fort esprit de village, faisant montre d’une solidarité à l’épreuve de tous les assauts ; de nombreux commérages et des bruits qui sont déformés au fur et à mesure qu’ils se propagent ; des enquêteurs emplis de préjugés ; des gendarmes pas toujours appréciés par les populations locales ; des journalistes citadins méprisant les paysans ; mais aussi un jeune « étranger » fort peu aimable et parfait bouc émissaire ; des histoires de sorcellerie et de vengeances datant de plusieurs générations ; des jalousies autour d’héritages ; un curé respecté et respectable, rappelant à ses paroissiens au cœur endurci que le premier des commandements est celui de la charité ; etc. On se fera une bonne idée de cette œuvre très à agréable à parcourir en prenant connaissance de son incipit. On ne peut que passer un bon moment en compagnie de ce roman – et ce même sans être soi-même vendéen !


[2TROUSSICOT (Henry-Pierre), Le crime de l’Hermitière, Plombières-les-Bains, Éditions Ex Æquo, coll. « Rouge », 2015, 220 p., 18 €. Le dessin de la première de couverture a été réalisé par l’auteur lui-même.

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