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[EX-LIBRIS] Fr. Thierry-Dominique Humbrecht : Éloge de l’action politique

Recension de l’ouvrage du Frère Thierry-Dominique Humbrecht, o.p., Éloge de l’action politique, publié en mars 2015 aux éditions Parole et Silence. 206 pages.
Le frère Thierry-Dominique Humbrecht est un dominicain de la province de Toulouse. Docteur en philosophie et en théologie, il a déjà écrit plusieurs ouvrages sur l’engagement des catholiques (« Lettre aux jeunes sur les vocations », « L’évangélisation impertinente : Guide du chrétien au pays des postmodernes », ...). Il vient de publier « Éloge de l’action politique », aux éditions Paroles et Silence.

Adressé aux jeunes catholiques qui ont arpenté les rues parisiennes et provinciales durant les nombreuses mobilisations contre la loi sur le « mariage » homosexuel, cet essai est en quelque sorte une « lettre aux jeunes sur l’action politique ».

La nécessité de l’engagement durable des catholiques en politiques

Bref (deux cents pages) et direct, celui-ci veut secouer les jeunes catholiques avant qu’ils ne retournent à leur sommeil. Car si les observateurs se sont extasiés, un peu surpris, de leur réveil, cet étonnement démontre sans ambiguïté que « si les catholiques périodiquement, se réveillent, c’est que leur attitude habituelle est le sommeil » [1].

Visant ces « intermittents du réveil », l’auteur s’inquiète de cette léthargie à laquelle les jeunes catholiques commencent déjà à retourner : « Les plus jeunes sont revenus à leur école de commerce, les voilà inoffensifs pour les combats d’idées à venir. [...] De toute façon avec les enfants qu’ils s’obstinent à désirer, leurs nuits sont courtes et ils manquent de sommeil. Rien de tel que des bébés fabriqués à l’ancienne pour faire taire les plus bavards, en deux ans de mariage leur mutisme est garanti, de surcroît par leurs propres soins » [2]. « Pendant ce temps, il ne manque pas de trentenaires branchés, célibataires, friqués mais politiquement corrects et sexuellement incorrects pour penser le monde à la place des révoltés d’avant-hier et à la votre » [3].

L’amateurisme politique et les métiers muets

Mais rester éveillé et vouloir s’engager n’est guère suffisant. Il faut rapidement faire face au piège de l’action dans lequel les catholiques, en cela trop conformes à la société actuelle, tombent trop souvent, et avec celui de l’action précipitée, celui de l’impréparation qui est fatal. « Sans formation son action risque de tourner court. Il finira arracheur nocturne d’affiches [...] ou bien fera de l’agitation politique à huis clos, comme d’autre font de l’évangélisation le samedi après-midi avec pour tout public les piliers de leur paroisse, alors qu’ils voudraient à juste titre toucher ceux qui n’y viennent jamais » [4]. L’amateurisme, en politique comme ailleurs, est fatal. Les catholiques ne doivent pas croire que leur foi et les valeurs qu’ils défendent seront suffisantes pour leur donner la victoire politique. Tous ne sont pas capable de s’engager, mais ceux qui le peuvent ont le devoir de le faire et de se donner les moyens d’obtenir la victoire.

La recherche, légitime, d’une bonne situation pousse la plupart des enfants des milieux catholiques à poursuivre de brillantes études en école de commerce et d’ingénieur, les éloignant par là des métiers “qui parlent” et particulièrement des métiers de transmission. Tournés vers ces “métiers muets”, ils font certes de brillantes carrières mais sont de parfaits catholiques invisibles. Accomplir ces métiers en accord avec les « valeurs » chrétiennes est une bonne chose, mais est-ce suffisant ? Le paravent de l’évangélisation dans la vie professionnelle, excuse ordinaire pour déclarer que ces métiers permettent eux-aussi de faire rayonner sa foi chrétienne ne tient pas. « Ne rêvons pas. L’apostolat professionnel est difficilement possible » [5].

La désertion des catholiques des métiers de transmission, des carrières de journaliste, d’enseignant, d’historien, etc., est une erreur qui nous payons actuellement : les catholiques n’ont quasiment plus la parole, et les enfants qui n’ont pas la chance de fréquenter les écoles privées (et même celles-là) sont éduqués par et pour d’autres valeurs que les nôtres.

Les catholiques sont invités à réinvestir ces métiers-là. Et particulièrement les jeunes filles car ces métiers de transmission, qui permettent aux femmes de conjuguer une vie de famille et une vie professionnelle, sont une réponse possible à la question de la place du travail dans la vie de famille. « L’expérience de bien des familles enseigne ceci : les enfants n’ont peut-être pas à prendre la seule place, mais ils doivent conserver la première. Sinon leur avenir fera payer cher leur présent volé. Les jeunes adultes qui ont conservé le meilleur de leur éducation humaine et chrétienne sont ceux qui ont eu leurs parents unis et présents » [6].

« La laïcité ne fait que vivre de ses rentes chrétiennes »

Se souvenant avoir vu dans une émission : « une créature appartenant au jury, bronzée et faussement blonde mais vraiment siliconée, déclarer doctement : « La messe, c’est chiant ! »  » [7] ; l’auteur note avec un humour caustique qu’il ignorait que les bimbos fussent titrées d’un doctorat en théologie et que s’il est rarement permis de témoigner publiquement de sa foi dans l’audiovisuel public, il y est en revanche bienvenu d’y avoir un avis autorisé sur les religions sans qu’aucune contradiction ne soit apportée.

Les difficultés actuelles de la laïcité sont abordés brièvement : en n’ayant rien d’autre à offrir qu’être Charlie après les attentats de janvier, la laïcité française démontre qu’elle est en échec et incapable de comprendre les difficultés réelles que d’autre religions et d’autres systèmes de pensée posent en se développant en France. « La laïcité ne fait que vivre de ses rentes chrétiennes, dans ce domaine comme dans tous les autres, mais elle se trompe d’universel. C’est en référence à la vérité que l’homme est libre, vérité fondée sur le Christ et sur la raison, et non en vertu d’une mise à distance du christianisme par une raison enfin devenue autonome. C’est pourquoi les cultures qui refusent le christianisme ne veulent ni de la liberté, sa fille légitime, ni de la laïcité, sa fille illégitime » [8].

Cette incapacité de la laïcité à comprendre les causes profondes de la crise actuelle condamne la France à voir se répéter sur son sol tensions et violences. « L’Athéisme d’État et culturel laisse inoccupé un espace public, lequel risque de se remplir de transcendances de remplacement, entre sectes, drogues et violences de toutes sortes. Les sociétés qui se veulent les plus laïques, qui de plus sont en train de perdre leur socle chrétien, par exemple la nôtre, vont devenir les plus sujettes à des violences sociales » [9].

Le succès du film “Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?”, apprécié dans les milieux catholiques, montre qu’« au terme, le catholicisme si gentiment fédérateur en est réduit à un magma de traditions minimales et de bons sentiments » et qu’il nous pose la question « de l’épuisement de la foi catholique chez le Français moyen » [10]. « L’humanitaire est une version affadie mais reconnaissable de la charité chrétienne et de son expansionnisme universel ; et la crèche est ce qui suprêmement divise les religions. Le Christ est-il Dieu incarné ou bien seulement un homme ? Tout est là. Jamais un juif ni un musulman n’accorderont le caractère divin du Christ, ni par conséquent son rôle salvateur » [11].

L’intervention d’un pasteur se situe à un autre niveau que celui de l’engagement politique

Il faut atteindre le dernier quart de l’essai pour y voir abordé des interrogations plus « concrètes » telles que celle de la Chrétienté et de l’Europe, du remplacement du christianisme par un mélange de bons sentiments ou encore des liens entre cité terrestre et cité céleste... Volontairement court, cet essai n’est en effet pas un essai de réflexion sur l’éthique ou un manuel d’action politique clefs en main. Il s’attache à présenter quelques grands principes d’action politique, et d’orienter le regard des jeunes catholiques vers les sens du concret et du possible.

Il ne s’agit pas par là de soutenir un engagement des clercs en politique : « l’intervention d’un pasteur se situe à un autre niveau, celui d’une invitation à la réflexion sur les fondements de l’action ; sur l’éthique d’une telle action ; sur la métaphysique et pour tout dire la théologie de cette éthique, y compris sur la laïcité à la française, laquelle est trop souvent une religion avec dogmes, hérétiques et anathèmes ; sur l’homme et donc sur Dieu » [12].

Aux laïcs, éveillés, de proposer ensuite des solutions et de s’engager dans le temporel. « C’est maintenant que tout se joue » [13].


[1p.19.

[2p.25.

[3p.26.

[4p.29.

[5p.130.

[6p.102.

[7p.68.

[8p.79.

[9p.84.

[10pp.150-151.

[11pp.151-152.

[12p.11.

[13p.11.

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