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[EX-LIBRIS] Éric Zemmour : Le suicide français

Recension de l’ouvrage d’Éric Zemmour Le suicide français, publié en octobre 2014 aux éditions Albin Michel. 544 pages.

« Approximations et falsifications », « Éric Zemmour n’est que la part émergée d’une montée vers les extrêmes », s’écrie Le Monde [1] qui parle d’une « surenchère délétère » ; le Nouvel Obs s’insurge devant la « liberté d’expression d’extrême-droite », « liberté d’exprimer les idées les plus nauséabondes » [2] tandis que Libération dénonce un Zemmour « Homophobe, islamophobe et sexiste », « autre face d’un lepénisme rampant et décomplexé », dont l’ouvrage serait un « flot d’obsessions [qui] relève du pathologique » [3]. Le premier ministre, à mots couverts, dénonce de son coté ces « journalistes soi-disant intellectuels » ainsi qu’une « vision triste, enfermée sur elle même, rance, qui n’est pas celle de la France » [4].

Politiques (Mélenchon, Valls, Mamère...), médias et intellectuels, toute la gauche communie soudain de nouveau dans une alliance sacrée mêlant le front de gauche, les socialistes et les verts pour faire face à l’immonde. Le livre est vu de toute part comme un « bréviaire de l’ultracisme contemporain » avec son « cortège d’exclusions, de discriminations, de stigmatisations, d’allégations et de diffamations » [5]. Les français auront compris, en deux mots : il dérange.

Mi-décembre [6], Le Suicide français tiré au départ à 85.000 exemplaires se serait déjà vendu à près de 400.000 exemplaires. Il faut alors minimiser à tout prix l’effet de l’ouvrage. « Seuls 7,3% des lecteurs du Suicide Français l’auraient terminé » déclare alors une étude de Kobo, spécialiste du livre numérique. Chiffre repris en cœur par la presse [7] qui tente de se rassurer comme elle peut de l’influence de l’ouvrage sur les français, manquant de noter au passage le flicage numérique, où même nos habitudes de lectures sont désormais disséquées.

Ce que dénonce Zemmour c’est l’alliance improbable entre l’extrême gauche libertaire et le marché qui s’est faite à travers la geste homosexuelle et au nom de la « transformation des mentalités » [8]. Ses détracteurs n’ont pas saisi qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu d’un bout à l’autre le Suicide Français pour en comprendre le message.

Les 150 premières pages suffisent déjà au lecteur. Les faits accumulés sont déjà trop parlants. Le schéma qui se dessine n’est que trop clair : depuis quarante ans, brique après brique, loi après loi, subvention après subvention, “progrès” social après “progrès” social, la France a vu son identité, sa culture et tout ce qui a fait son histoire et sa force, détruit. Mais il faut pourtant lire cet ouvrage jusqu’au bout et comprendre à quel point ce travail de sape et de destruction de la grandeur de la France continue sans cesse, année après année, et ne s’arrêtera pas tant que les français se laisseront mener au suicide par cette caste qui nous dirige.

Tout y passe : l’idéologie des droits de l’homme et du citoyen, la fin de la parité or/dollar, les juges rouges, la loi Pleven (fin de la liberté d’expression en France), la montée des revendications homosexuelles, l’écologie politique, la fin du colbertisme, la Shoah devenant le centre de l’histoire de la seconde guerre mondiale avant d’être totalement instrumentalisée, la fin de l’assimilation, le divorce qui aboutira à une précarité plus grande encore de la femme, la montée de la grande distribution, la sexualité ostentatoire au cinéma (les valseuses), la dépénalisation de l’avortement et ses conséquences désastreuses, le football-spectacle-business, la glorification de l’immigration, la perte progressive de la souveraineté française, le mépris grandissant à l’égard du prolétariat français, la destruction de la sidérurgie française, l’instrumentalisation de l’attentat de la rue Copernic, SOS Racisme et la ribambelle d’associations subventionnées, la communautarisation des juifs français, l’émergence du pouvoir gay, l’art contemporain (l’affaire des colonnes de Buren), la mise en place d’un assistanat français (RMI, RSA, ...), la commémoration de la révolution française, la défaite de la laïcité devant l’Islam des banlieues...

L’ouvrage, découpé chronologiquement par années puis par évènements marquants de la déconstruction française, retrace ces quarante années, de 1970 à 2007 qui ont défait la France. Chaque fait marquant y fait l’objet d’un chapitre particulier et sert de prétexte pour retracer à la fois les causes qui ont conduit à cet évènement et ses conséquences sur le long terme.

Ainsi le chapitre [9] consacré à la coupe du monde de Football de 1998 montre-t-il que celle-ci avait donné l’illusion de la réussite d’une France Black-Blanc-Beur, illusion qui n’aura duré que 3 ans et qui disparait le 6 octobre 2001, quand le match amical France-Algérie tourne à une démonstration de haine de la France de la part des jeunes de banlieues sifflant la marseillaise, insultant les joueurs de l’équipe de France (pourtant majoritairement d’origine immigrée) et allant jusqu’à faire interrompre le match en envahissant le terrain devant la défaite flagrante de l’Équipe d’Algérie [10]. Cet incident se reproduira ensuite d’année en année lors de rencontre avec d’autres équipes telle celles de Tunisie ou du Maroc et constituent une démonstration cruelle de l’échec de l’intégration et de la présence d’une sorte d’autre état dans l’état constitué par une population qui ne se reconnaît pas dans la France.

Plusieurs analyses cependant étonnent. Son analyse et sa défense des cheminots ou des taxis et de leurs privilèges passe difficilement à l’oreille des salariés qui subissent leurs grèves ou leurs opérations coups de poing régulières. On remarquera d’ailleurs que peu de critiques exprimées ces derniers mois se concentrent sur ses analyses économiques ; preuve que le cœur de la polémique n’est pas là.

On aurait aimé que l’analyse des évènements commence dès les années 1960, même s’il est vrai que cette décennie est partiellement montrée dans de fréquents retours en arrière et que le sujet mériterait probablement un ouvrage à lui tout seul.

Une faiblesse de l’ouvrage cependant est son manque de sources. Hormis quelques références musicales, cinématographiques ou littéraires, le lecteur aurait aimé avoir accès aux sources des chiffres donnés, aux références d’analyses plus détaillées de certains faits historiques, connaitre les lectures qui ont forgé sa pensée même si les citations de Chesterton et de Bainville ou les invocations de Napoléon et de de Gaulle (déjà présentes dans Mélancolie française) donnent déjà de nombreuses pistes.

On note quelques absences étonnantes, comme celle de toute critique de la franc-maçonnerie, ou bien le quasi-oubli de l’écologie tartuffe alors que dans le même temps on y trouve quelques redites (sur les juifs en France ou l’antiracisme par exemple).

Difficile pourtant devant un tel constat d’être en désaccord avec Éric Zemmour. Et c’est là à la fois sa force et sa faiblesse : Zemmour ne donne pas de jugement, il se contente de montrer avec clarté les faits et d’en donner explication. Ses analyses ne rentrent pas dans la critique morale des évènements, elles se limitent, avec de nombreuses remarques incisives et truculentes, au constat.

Avec cynisme, Éric Zemmour déclare que « l’avenir de notre cher Hexagone se situe entre un vaste parc d’attractions touristiques et des forteresses islamiques, entre Disneyland et le Kosovo » [11].

Si le constat est là, l’ouvrage de Zemmour ne saurait suffire à un réveil français et il nous faut désormais proposer des solutions pour arrêter cette longe descente aux enfers du nihilisme spirituel, identitaire et moral. Car Éric Zemmour ne dit finalement que peu de choses sur la reconstruction de notre identité. Il se borne à constater qu’elle n’existe plus, qu’elle est détruite et que ce ciment qui permettait aux français de se rassembler au sein d’une même nation disparait.

« C’est cet héritage millénaire que nous avons bazardé en quarante ans. Nous avons aboli les frontières ; nous avons renoncé à notre souveraineté ; nos élites politiques ont interdit à l’Europe de se référer à « ses racines chrétiennes ». Cette triple apostasie a détruit le pacte millénaire de la France avec son Histoire ; ce dépouillement volontaire, ce suicide prémédité ramènent les orages que nous avions jadis détournés, grandes invasions et guerres de Religion » [12].

« La France se meurt, la France est morte » [13] déclare-t-il en guise de conclusion. Mais au lieu d’une épitaphe, ne faut-il pas y voir plutôt un électrochoc appelant au réveil des français ?

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