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[EX-LIBRIS] Et elle s’est emparée du royaume

De l’islam au Christ : récit d’une conversion

« Celui qui quitte la religion [l’islam], tuez-le. »

Les journées de janvier 2015, avec leurs actes terroristes et leurs expéditions punitives, véritables faits de guerre contre la rédaction de Charlie Hebdo, n’ont pas suffi pour que l’intelligentzia remette en cause ses politiques migratoires et sa définition de la tolérance. Tout au contraire, les manifestations publiques de républicanisme, de lutte contre l’« islamophobie », de soutien à la liberté d’expression (sauf quand elle est trop physique, c’est-à-dire djihadiste et armée), se sont multipliées et ont occupé les rues comme l’espace médiatique, comme une espèce de chant du cygne ou d’apothéose précédent la réalisation des prophéties édictées par Michel Houellebecq dans Soumission, où les masses serviles et informes, ces bataillons grégaires qui suivent les mots d’ordre de l’occupant républicain, finiront par se réfugier dans le sein d’un islam « modéré », plus efficace, meilleur gestionnaire et politique qu’une classe dirigeante de souche française moribonde et corrompue… Oui, si rien ne se passe, c’est ce qu’il adviendra.

Une petite lueur d’espérance dans ce noir tableau : le prosélytisme, et la conversion qui en découle. Quand des identitaires et des étudiants parisiens, ou même des ploucs votant Mélenchon ou des francs-maçons (de « droite ») évoquent, en public ou en privé, selon leur image à préserver, le célèbre épisode de la Reconquista, nous ne pouvons que rester dubitatifs. S’il est très enrichissant de se pencher sur la vie de saint Ferdinand, roi de Castille et de León qui, au XIIIe siècle, a su faire tomber les Maures de Séville, en bon cousin de saint Louis, il faut bien avouer que nous ne sommes plus en présence de deux blocs relativement bien définis d’un point de vue territorial. Ce ne sont plus les mahométans au sud, et les chrétiens au nord. Grâce à une politique républicaine des plus sagaces, l’ivraie est mélangée au bon grain, à certains endroits au point d’étouffer le riche froment… Nulle lutte armée n’est envisageable qu’excessivement sanglante, sous forme de guerre civile sur l’ensemble du sol européen… Et si la Reconquista du XXIe siècle était plus spirituelle, et par là plus grande encore que celle de l’époque médiévale ?

Les archives diocésaines conservent toutes – enfin, nous l’espérons… – des registres secrets, où sont consignés, entre autres, mais plus abondants qu’on pourrait le croire, les baptêmes plus ou moins secrètement reçus par d’anciens islamites. Nous voudrions croire aux prémices d’une grande moisson… Ce sont en tout cas des phares pour notre temps obscurcis, et de lumineux exemples, pour les adeptes de Mahomet, mais plus encore, peut-être, pour les trop nombreux chrétiens de « nom » ou de « culture ». Plutôt que de voir le mal incarné dans nos chers amis socialistes, il faudrait leur souhaiter de connaître une conversion semblable à un préfet piémontais franc-maçon qui, à Turin, avait persécuté saint Jean Bosco et son œuvre. Si cela se faisait avant leur lit de mot, ce serait encore mieux pour la société…

Passons. Quoi qu’il en soit, il y a quelques mois, l’éditeur Pierre Téqui a fait paraître un témoignage poignant de conversion, tout à la gloire des efforts d’évangélisation du diocèse de Fréjus-Toulon – monseigneur Dominique Rey signe une préface, accompagnée d’un avant-propos d’Annie Laurent, spécialiste de l’islam, et d’une postface du révérend père Arnaud Adrien. C’est un miroir de l’action de l’Esprit Saint à notre époque, intitulé Et elle s’est emparée du Royaume [1] et signé Nadia Piccard. Le livre est joliment écrit, et se lit sans difficulté, le récit étant très fluide.

Tout commence dans une banlieue, encore assez rurale, de Grenoble, au sein d’une famille pauvre originaire d’Afrique du Nord, comme le lecteur est en droit de s’en douter. La jeune Nadia est bien entendu élevée dans une ambiance musulmane, qui ne la convainquit jamais : « les versets coraniques ne sont pas des paroles de vie. En buvant les paroles du Coran, j’avais goûté à la mort de l’âme [2]. » L’affection paternelle a fait défaut à la naissance, les préjugés de son père n’ayant pas accueilli avec joie un nourrisson de sexe féminin, qui faillit mourir de déshydratation… Jeunesse se passe, sans trop de remous, mais quelques clins d’œil qui, vus rétrospectivement par l’auteur, sont autant de signes annonciateurs d’une conversion future, comme cette perte de connaissance, en ville, suivie d’une invocation plus ou moins inconsciente à saint Bruno, fondateur de l’ordre des Chartreux… Il y aussi ce prêtre, homme de Dieu, qui passait à proximité du domicile familial… Enfin, il y a ces journées et ces vacances passées avec la famille de Villard, où la religion catholique se pratique sans cachotterie, la radieuse Nadia faisant office de jeune fille au pair. L’autobiographe aime à résumer son pèlerinage terrestre par cet adage : « Le passé appartient à la miséricorde, le présent à l’amour, le futur à la Providence [3] ».

L’élément perturbateur de cette vie, c’est la rencontre de Michel. Un Français, un Blanc, un blanc-bec. Chrétien de naissance et, vraisemblablement, de culture ; mais ne pratiquant même plus. Il se montre même prêt à devenir mahométan pour épouser Nadia et essayer de plaire un peu plus à cette famille qui ne voit pas d’un très bon œil une telle mésalliance avec un Européen – « fils de porc », comme on dit…

Puis, patatras, c’est la grâce, la conversion. Une petite église du Midi, en semaine, avec une messe matinale, au cours de laquelle révélation se fait. Quelle difficulté pour en parler avec son compagnon ! Comment trouver des mots pour décrire une rencontre avec le Vivant ? Des verbes pour parler du Verbe ! C’est un chemin parcouru d’embûches, sur lequel, fort heureusement, la grâce surabonde pour faire plier les obstacles – pensons à ce marabout sorcier, approché par la famille de Nadia, qui ensorcelle la catéchumène, car mieux vaut voir sa fille morte que chrétienne… Et la radicalité de la conversion entraîne une profonde incompréhension de la tiédeur, de la demi-mesure et de l’esprit mondain :

Mais comment et pourquoi, me disais-je, les chrétiens ne disent-ils pas qu’ils ont un Dieu vivant ? Ce silence m’étonnait beaucoup. Et les premiers temps de ma conversion, lorsque je rencontrais un chrétien, je lui disais :
— Vous, les chrétiens, vous avez tout reçu du Christ, et vous ne savez pas vous en servir ! Vous n’en parlez jamais, de votre Dieu vivant !
Car oui, rien n’est plus important que de faire connaître Jésus vivant sur la terre. C’est pourquoi Jésus se manifeste directement à une âme qui le désire en toute vérité [4].

Ou encore : « Le drame de ce monde, c’est de garder le silence : on passe le Christ ressuscité sous silence. Le Christ depuis deux mille ans n’a jamais fait la une des journaux. On ne lui donne pas la parole, quel dommage [5] ! » Ces tristes faits sont sans doute une conséquence de ces divertissements qui tuent le siècle à petit feu et que fustigeait Blaise Pascal… Nous voyons dans cette courte citation un peu de la patte de Don Bosco proclamant : « La force des méchants se nourrit de la faiblesse des bons ».

N’oublions jamais qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » !


[1PICCARD (Nadia), Et elle s’est emparée du Royaume. De l’islam au Christ : récit d’une conversion, Saint-Céneré, Pierre Téqui, 2014, 160 p., 14,50 €.

[2PICCARD (Nadia), Et elle…, op. cit, p. 31.

[3Ibid., p. 51.

[4Ibid., p. 104.

[5Ibid., p. 129.

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