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[EX-LIBRIS] Dominique Venner : Pour une critique positive

« La démocratie est le nouvel opium des peuples »

Pour une critique positive, Écrit par un militant pour des militants est une œuvre rédigée en prison suite à la tentative de putsch en 1962 à Alger. Œuvre non signée, la paternité en est généralement attribuée à Dominique Venner, bien qu’il ne l’ait jamais ni revendiquée, ni niée. Venner est né en 1935 et s’est suicidé en la Cathédrale de Paris en 2013 durant les manifestations pour tous. Cet acte profondément satanique et vide de sens met en exergue la relation de l’auteur avec la chrétienté qui transparaît souvent dans ses écrits — notamment dans son Dictionnaire amoureux de la chasse. Sans nous attarder sur l’acte du suicide, rappelons tout de même que celui ci est un rejet de la vie donnée par Notre Seigneur Jésus Christ [1] . Nous ne jugeons pas l’Homme, mais nous devons dire en toute franchise que cette mort atroce est un sacrilège qui offense gravement Notre Seigneur.

Ainsi, cet article n’a pas pour but de réhabiliter Venner ou son sacrilège, mais simplement d’expliciter sa pensée afin que chacun soit à même de se forger une opinion sur celle-ci. Activiste politique durant de nombreuses années, il fut aussi un historien méditatif et incorrect, n’hésitant pas à aller à contre-courant de la pensée unique du système. Si nous pouvons lui reprocher beaucoup de choses il faut tout de même reconnaître qu’il aura soutenu la cause nationale durant de longues années et que ses écrits possèdent une remarquable justesse, notamment lorsque ceux-ci portent sur l’histoire.

Dans Pour une critique positive Venner commence par cibler les tares de l’opposition nationale incarnée par les nationalistes. Pour reprendre l’excellente préface de Jean-David Cattin et Philippe Vardon-Raybaud, « Il arrive que les mots soient durs, comme l’époque et les épreuves traversées l’étaient. Mais l’auteur est surtout dur envers lui-même, envers les faiblesses inhérentes à toute entreprise humaine dont il n’est parvenu à se détacher dans son action ». Vous l’aurez compris, l’auteur ne s’attardera pas sur de vaines illusions, mais rentrera dans le vif du sujet en abordant de front les problèmes. Et si les réponses ne sont pas très approfondies — le livre avec sa préface ne comporte que 73 pages —, il donne tout de même de nombreuses pistes de réflexion par rapport à la cause nationaliste. Celles-ci s’adressent tout autant aux royalistes, qu’aux nationalistes ou aux républicains patriotes, mais comme le précise Venner, leurs développements restent encore à faire. Cet écrit est à mettre en relation avec Si le coup de force est possible que nous avons réactualisé il y a peu [2] . Quand le second théorise sur la possibilité d’un coup de force, le premier s’attarde directement sur les moyens de la révolution nationale. En quelque sorte, une fois la question de la forme du gouvernement évacuée, l’œuvre de Venner vient conclure celle de l’Action Française, en cela que l’idée centrale de se livre repose sur l’établissement d’une réelle idéologie nationaliste. Comme nous l’avons vu avec l’AF, de réels changements ne peuvent s’opérer que par une formation solidement ancrée, et par une organisation rigoureuse. Pour ce faire, l’auteur commence par pointer les errances de ce qu’il nomme « l’opposition nationale ».

Les tares de l’opposition nationale.

Venner se base sur une différenciation entre les “nationalistes” et les “nationaux”. Pour lui les nationaux sont caractérisés par un certain nombre d’aberrances qui desservent la cause nationale. En premier lieu, il pointe le manque de formation de ces nationaux, ciblant tout particulièrement le manque de recul face à la situation actuelle : « Les nationaux s’attaquent aux effets du mal, pas à ses racines ». En effet, si certains maux sont ciblés correctement, ceux-ci ne savent pas analyser les dessous de ces maux et par conséquent ne peuvent trouver des réponses. Il appuie ses dires sur l’exemple du marxisme : les nationaux ne sauraient voir son lien trivial avec le capitalisme et les régimes libéraux, qui sont « les principaux artisans de la propagations du communisme ». De plus, faute d’une réelle formation les nationaux feraient preuve d’archaïsme, id est s’appuieraient sur des idéologies usées jusqu’à la corde et qui ne correspondent en rien à la situation actuelle. Ainsi, cet archaïsme politique n’apporte plus rien de nouveaux aux thèses nationalistes, et au contraire repoussent plus qu’elles n’attirent. Enfin, cette absence d’idéologie et de formation implique un certain conformisme, entraînant la confusion des moyens et des buts. D’après l’auteur, « tous les nationaux ont leur bon gaulliste, leur bon technocrate, leur bon ministre », en d’autres termes ces derniers pour un siège à l’Assemblée, pour un poste de ministre, sont prêts à faire des concessions et à renier certains de leurs idéaux. Ainsi le but n’est plus une révolution nationale, mais bien un poste à responsabilité.

La deuxième grande tare des nationaux réside dans l’absence totale d’organisation, s’ils sont en faveurs d’un pouvoir fort, autoritaire et organisé, ils sont sur le terrain de véritables anarchistes. Comme nous le ciblions auparavant, ils ne sont pas épargnés par l’opportunisme. Ce penchant arriviste est conforté par l’absence réelle d’organisation qui planifierait totalement l’action, et par conséquent qui empêcherait tout un chacun de mettre en avant son « habileté ». Cette absence de structure commune se voit également à la volonté de suivre un chef, plutôt qu’à mener une véritable étude politique et organisationnelle. Par conséquent, les nationaux « se fiant à la mine du beau parleur et aux impressions superficielles plutôt qu’à l’analyse politique des idée […] sont voués à être dupés ». En outre, ne sachant poser des limites structurelles dans leurs combats, ils tombent dans une certaine « mythomanie ». En effet, les nationaux s’imagineraient être Mussolini quand ils « recrutent dix lycéens ». De même, le moindre contact avec un dépositaire d’une quelconque autorité — aussi bien militaire que politique — se transforme immédiatement en un complot secret contre le pouvoir. Et c’est pour la même raison que les nationaux, aventuriers dans l’âme, se veulent des terroristes en puissance. Et sur ce sujet, l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère, rappelant que « les pétards sous les fenêtres des concierges n’ont pas apporté un seul partisan à l’Algérie française ». Au contraire, l’utilisation du terrorisme et de la force ne doit se faire que de manière calculée : le peuple ayant intrinsèquement horreur de la violence, il faut être certain que cette dernière apporte réellement au mouvement.

De la nécessité d’une idéologie Nationaliste

Nous avons vu que l’absence de doctrine commune implique de nombreuses tares, à l’inverse une idéologie permet de mettre en place une réelle révolution, et ainsi de changer la société. « La révolution est moins la prise du pouvoir que son utilisation pour la construction de la société » : comment rebâtir un pays sans idées directrices ? Une révolution se prépare longtemps à l’avance et utilise tous les moyens possibles et imaginables. Mussolini — qui est souvent la référence dans le domaine — a tout de même combattu pendant douze ans avant d’accéder au pouvoir. Cet exemple montre combien une idéologie précise, établie, et bien définie est importante, car elle seule permet de s’installer dans le temps, et par conséquent de conquérir le pouvoir. Ceci étant d’autant plus vrai aujourd’hui : dans notre société consumériste et matérialiste, ce n’est surement pas le goût de l’aventure qui va pousser les gens dans la rue. En revanche, en proposant une idée forte, basée sur le droit naturel et la souveraineté, les nationalistes pourraient agrandir leurs sphères d’influences. L’idéologie permet également d’assurer une continuité au sein du combat : actuellement les gens ne suivent que les têtes d’affiches, si ceux-ci viennent à disparaître, il ne restera plus rien. L’idéologie permet d’ancrer le combat en profondeur sans s’attacher à un homme en particulier.

De plus, une doctrine commune empêche les « guerres de clocher ». Les querelles intestines, qu’elles soient royalistes — en 1870 ils étaient majoritaire à l’Assemblée — ou nationalistes, ont toujours empêché un réel rassemblement du peuple autour des idées prônées. Avec une doctrine collective, le patriote républicain, le royaliste, le nationaliste et cætera pourraient s’allier et former une élite convaincante. Tous auraient intérêt à cette union, le premier but étant la France, il s’agirait donc de créer un gouvernement transitoire de crise avant de revenir à la monarchie — ou à la république selon les sensibilités. Cependant, il ne faut pas croire que Venner souhaite un rassemblement avec tout et n’importe qui au nom d’une pseudo « union nationale ». Une fois l’idéologie définie avec précision, elle doit rester intègre, et seuls ceux qui la partagent peuvent participer à cette action révolutionnaire. L’auteur rappelle la fragilité des fronts, qui à « la première difficulté sérieuse […] explose, et chacun reprend sa liberté ». Il ne s’agit donc pas d’établir seulement des points communs entre différents groupes, mais bien de définir une idéologie totale, au service du pays et de son peuple. Ainsi, pour arriver à une véritable union, il faut à l’image de Lénine qui a su « tirer un corps de doctrine clair » de la pensée de Marx, effectuer un travail d’analyse et de réflexion pour en sortir de véritables idéaux. Venner est particulièrement direct sur cette idée : « Le Nationalisme est héritier d’une pensée infiniment riche […]. Le temps est venu d’en faire la synthèse et de lui apporter les compléments, les correctifs imposés par l’éclosion de nouveaux problèmes »

En outre, l’idéologie commune permet de développer une réelle « conscience révolutionnaire ». Le séditieux doit être « entièrement conscient de la lutte engagé entre le Nationalisme, porteur des valeurs créatrices et spirituelles de l’occident et le Matérialisme sous ses formes libérales ou marxistes ». En effet, comment entreprendre une quelconque œuvre révolutionnaire sans être conscient de son devoir vis-à-vis du peuple, de la France, et de l’Europe ? C’est ici un parfait parallèle avec l’œuvre de Maurras, le seul but valable de la révolution nationaliste est le peuple. De plus, « sans cette éducation, l’homme le plus courageux, l’homme le plus audacieux, n’est plus qu’une marionnette manipulée par le régime ». Il ne suffit pas de prendre conscience du régime tyrannique sous lequel nous vivons, il faut aussi se former pour le combattre, et par la formation arriver à la conscience révolutionnaire. Or ladite conscience révolutionnaire est impérative pour une révolution, l’idéologie servant alors de « gouvernail pour la pensée de l’action ». Nous pouvons faire ici le lien avec les — trop — nombreuses personnes qui se positionnent négativement : anti–républicain, anti–francs–maçons, anti–libéraux, anti–communistes, anti–gaullistes et cætera. La doctrine est le contraire de ces positions, elle est dans le positif, c’est par la proposition et par l’évolution qu’elle développe réellement une nouvelle société.
Cette conscience révolutionnaire inhérente à une véritable idéologie nationaliste permet également de raffermir les « troupes », comme nous l’abordions avec l’étude de l’œuvre de Maurras, une fois l’action engagée il ne peut être question d’abandonner. Or, d’après Venner « la preuve est faite que dans l’action […] quand la démoralisation guette, quand l’adversaire semble triompher, les militants éduqués, dont la pensée cohérente soutient la foi, ont une force de résistance supérieure. »

« Perspectives nationalistes »

Dans cet opuscule Venner livre quelques pistes de réflexion pour l’établissement d’une réelle idéologie nationaliste. Tout d’abord il s’attaque au libéralisme et au marxisme, enfants du même mensonge : le matérialisme. Il rappelle rapidement comment ces deux idéologies mortifères en viennent à assujettir le peuple. Il argue d’ailleurs que les démocraties modernes ne sont que l’émanation politique du capitalisme. Sur ces pseudos démocraties, les écrits de l’auteur sont d’une actualité frappante : « ceux qui n’acceptent pas le conditionnement des esprits et la castration de la masse sont affublés du nom de fascistes ». Ainsi d’après Venner, pour combattre ces deux formes du matérialisme, il faut recourir à ce qu’il appelle un « humanisme viril » afin de fonder une nouvelle Europe « sur les valeurs individuelles et communautaires ». Venner entend par « valeurs individuelles » la soumission de la « loi du nombre » à celle d’une élite forte, s’opposant ainsi à l’uniformisation des masses. Cet humanisme s’appuie sur « l’éthique européenne de l’honneur », au contraire de la vision esclavagiste des matérialismes.

En outre, pour l’auteur, seul un retour à un « ordre vivant » pourra permettre de relever l’Europe, cet ordre doit s’appuyer sur les lois non écrites, les traditions, mais aussi les droits de la nation. Le pouvoir en place détruisant le destin national est de facto illégitime, au contraire de ceux qui s’y opposent. Pour former la future élite du pays, qui doit se trouver dès maintenant dans les opposants au pouvoir en place, il faut sélectionner les jeunes les plus brillants et les éduquer à la gouvernance d’un pays. Il voudrait à terme la création d’un ordre qui, s’appuyant sur la jeunesse, prépare les futurs élites à remplir leurs fonctions.

Enfin, Venner s’attarde sur l’économie. S’il ne donne que très peu d’idées concrètes sur ce thème, il rappelle que les nationalistes se doivent d’être formés et de réfléchir sur tous les sujets. La création d’une pensée nationale doit être totale, et ce afin que tous les points soient étudiés avant même d’envisager une révolution. Une fois cette doctrine établie, il ne reste plus qu’à convaincre et à provoquer — ou non — la prise du pouvoir pour reconstruire la nation française.

Hubert d’Abtivie

[1Voir le point N°2280 du Catéchisme de l’Eglise Catholique

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