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Éditorial & revue de presse n° 1

Semaine du 5 au 11 février deux mil douze.

Éditorial : révérence et courtoisie

Le nouveau débat qui agite la cathosphère n’est pas le débat du siècle (ou du moins de l’année, comme celui qui a concerné les pièces de théâtre diaboliques), mais il mérite que nous y prenions part. Tant le message initial de l’abbé Amar sur Padreblog [1] que la réponse — qui n’en est pas vraiment une — de Vivien Hoch sur Itinerarium [2], pour ne citer qu’elle, ont permis de dessiner un bel enjeu. Est-il conforme à la doctrine de se cacher derrière un pseudonyme ? Est-ce manquer de courage que de n’être pas prêt à mourir, la tête haute, comme Sainte Blandine, les carmélites immortalisées par Poulenc et Bernanos, ou plus récemment les chrétiens massacrés dans l’indifférence de Bernard Henri-Lévy en Égypte ou au Pakistan ? On ne demande alors aux gazetteurs catholiques que d’assumer leurs opinions au sein de leur entourage familial et professionnel comme dans la sphère publique ; ce qui, en définitive, ne devrait conduire personne à l’échafaud.

On pourrait disserter longtemps des avantages et des inconvénients de l’anonymat, du pseuonymat, ou de la « transparence ». Ces trois éléments ne sont pourtant pas nouveaux ; ainsi envoyait-on des lettres ou publiait-on livres et articles aux siècles précédents. Plutôt que de poursuivre un aussi vieux débat, on peut esquisser quelques réflexions sur la courtoisie. Celle-ci est une exigence morale que ne prévient dans la pratique, et dont ne dispense aux yeux de la morale, aucun des trois états précités. Le Rouge et le Noir, au cours de ses quelques mois d’existence, se le sera vu rappelé. Quelques échanges entre rédacteurs auront pu, comme le notait Tancrède, « emprunter les chemins de la disputatio », cependant que le Frère Jean-Christophe de Nadaï nous demandait de garder en mémoire « ce que Pierre Nicole appelait, au XVIIe siècle, "la civilité chrétienne" » [3].

C’est en ce sens que la charte suggérée par Vivien Hoch sur Itinerarium [4] a un véritable intérêt. Plutôt qu’un coup d’épée dans l’eau pour tenter de dévoiler tous les visages hideux des réactionnaires qui peuplent internet, voilà un rappel utile de ce qu’on pourrait appeler un comportement d’honnête homme pour parler ainsi que Montaigne, ou de gentleman. Impossible de l’imposer à tous : sauf à être une cour de justice, il serait assez malaisé de déterminer si son application est réelle.

Et au risque d’une transition d’autant plus délicate qu’elle est inattendue, je me permettrai de déborder un peu. C’est par là que les législateurs qui nous imposent la férule de oukases devraient commencer à songer, avant de pénaliser une insulte ou l’expression d’une opinion sur un fait historique, cette opinion fût-elle douteuse. C’est par la loi qu’ils répondent à ce qui n’est jamais qu’un méfait contre la bienséance, ou un acte de folie pure. Si les journalistes avaient gardé quelques « tabous » [5], un peu de cette retenue guindée qu’on avait autrefois contre les extravagants, nous n’aurions pas à déplorer des affaires malheureuses ; nous n’aurions pas à supporter que l’indigence intellectuelle se déverse avec tant de facilité dans la presse. Les médias sont les premiers acteurs de la démagogie qu’ils orchestrent à peu de frais, mais qui leur rapporte tant.

Il suffit de voir la façon dont ils ont pu traiter un minstre tel que Claude Guéant ou un président tel que Nicolas Sarkozy. L’un comme l’autre ont été violemment étiquetés avec le nom infâmant du Front National [6]. Ce dernier est le refouloir bien utile dans lequel on fait disparaître, selon un processus bien identifié par Philippe Muray, toutes ses mauvaises pensées, ses penchants condamnables. Voilà d’utiles boucs-émissaires qui dispensent de l’examen de conscience ; ce dernier ne manquant jamais de rappeler que le mal existe d’abord en soi et par soi.

C’est donc dans l’odieuse politesse bourgeoise et compassée que nous plaçons nos espoirs. Cet inestimable code de polissage des mœurs, appliqué à l’humanité, aurait des effets prodigieux. [7] Il épargnerait quelques lois qui se proposent — aimablement, je n’en doute pas — de régir nos pensées et nos paroles ; cependant que dans les dîners parisiens, sur les plateaux de télévision, et dans les colonnes des journaux, il réprimanderait, exclurait — même proivoisirement —, brimerait, tiendrait coi, ceux qui ont la désinvolture de pensées peu conformes. Châtions donc les malappris autant que doit l’être le langage.

Ce qu’il faut retenir de la semaine passée

Conférences de Carême

Les célèbres conférences de Carême, déclinées sur le thème de la solidarité, commenceront le 26 février 2012 à N.-D. de Paris par une leçon inaugurale de S.É. Mgr Angelo Scola, cardinal-archevêque de Milan depuis 2011. Le prélat, à la tête du plus grand diocèse de la Chrétienté, engagé dans le mouvement « Communion et libération », traitera « Éthique chrétienne et vie en société ». Vous pourrez noter la grandiose affiche, composée en forme de requiem pour la Halde.

L’agenda de Nicolas Sarkozy - 31 janvier 2012

David Desgouilles nous propose sur l’estimable revue Causeur « L’agenda secret de Nicolas Sarkozy ». Bismarck, dont on a récemment appris qu’il aimait à chanter la Marseillaise, a trouvé un bon disciple pour relever le pan-germanisme.

Vatican - 2 février 2012

Le vaticaniste Sandro Magister s’attend à un « Crépuscule sans gloire pour le cardinal Bertone ». Il pressent dans cet article la nécessité pour le Saint-Père de se séparer de ce collaborateur qui l’a suivi depuis la présence de Benoît XVI à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et qui est aussi Secrétaire d’État depuis le début du pontificat. Le journaliste italien dresse une liste implacable des échecs du prélat salésien : mauvaise gestion et cacophonie de la Curie [8] ; échec du rachat de l’hôpital San-Raffaele ; et très récemment, la fuite dans les média de deux lettres de Monseigneur Carlo Maria Viganò, ancien Secrétaire général du gouvernorat du Vatican.

Le choix des catholiques en 2012 - 2 février 2012

Interrogé par Jean Mercier pour La Vie, le cardinal-archevêque de Paris, Monseigneur André Vingt-Trois, fait preuve d’une diplomatie toute italienne au sujet du vote des catholiques en 2012. Invitant ceux-ci à être « responsables de leur vote en conscience », il refuse de dire clairement l’opposition évidente de François Hollande avec le magistère de l’Église. Ses déclarations sur la laïcité sont quelque peu plus lucides, mais le prélat ne somme pas le candidat de retirer la constitutionnalisation de la loi de 1905 de son programme. La condamnation du Front national, habilement poussée par Jean Mercier en fin d’entretien, est elle sans équivoque. C’est une belle démonstration d’incohérence, et un certain manque d’honnêteté.

Les démagogues - 3 février 2012

Henry le Barde pointe dans « Le FN et l’IVG : la moitié du chemin… et pas la bonne » l’hypocrisie du Front national en matière d’avortement. Celui-ci propose un moins pis aller qui ne résout pas le problème et dénote l’absence de conviction claire en défaveur de l’interruption volontaire de grossesse. Une nouveau hochet pour les électeurs catholiques.

Lendemain d’élection à venir - 4 février 2012

Je vous invite à découvrir sur le site dévolu à l’exhumation de l’œuvre de Charles Maurras un nouvel article du « maître » des royalistes de l’Action française. Intitulé « Lendemain d’élections », sur fond de prédiction de la défaite des nationalistes élus à Paris grâce à l’affaire Dreyfus, l’as des camelots du roi donne une leçon de fidélité et de constance politique contre les timorés : « (Waldeck-Rousseau) savait que les nationalistes du Conseil préféraient décidément l’être à la raison d’être, la vie et la durée personnelle au principe et au programme qui les avaient tirés du néant. »
Alors que nous subissons une campagne présidentielle marquée par la dépression de la droite bête, la résignation de la droite intelligente, et l’absence d’enthousiasme de la gauche déjà trahie, voilà qui devrait rappeler ce qu’ont été les « débat citoyens » et les « enjeux pour l’avenir de nos enfants ».

Hongrie - le 4 février 2012

Le Monde a obtenu un entretien avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbàn. L’occasion pour cette figure de la lutte anti-communiste de justifier son programme de réforme. Il réaffirme l’ancrage du pays de Saint Étienne dans l’Europe, mais dénonce ceux qui s’opposent au débat sur l’avortement, et néglige l’indentité chrétienne ou la défense de la famille.


[3Commentaire du 27 novembre 2011.

[4Voir supra.

[5Je me suis toujours demandé quelle est l’étymologie de ce mot abominable.

[6Aujourd’hui même, Claude Guéant est poursuivi pour avoir affirmé que toutes les civilisations ne se valent pas ; que Versailles vaut mieux qu’un totem

[7Je m’étonne en passant qu’aucun candidat n’ait repris cette idée à son compte, plus encore que je ne sois directeur de campagne de l’un d’eux.

[8On se souviendra de l’affaire Mgr Williamson par exemple.

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