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Ce n’est pas idiot de croire aux anges !

L’Ange au Sourire | © Les amis de la Cathédrale de Reims

Qui sont les anges ? Un mélange de magie païenne et de matérialisme ambiant amènent à de fausses idées sur ces créatures célestes. C’est un monde fascinant qui mérite notre attention.

L’ange est un « messager » ou « délégué » (du grec ἄγγελος « Angelos »issu de l’hébreu mal’akh). Leur fonction est « messager » et leur nature « esprit ». Ce sont de purs esprits immortels et « surpassant en perfection toutes les créatures visibles » [1].

Pourquoi croire en l’existence des anges ?

Sur un plan philosophique, les philosophes grecs avaient l’idée de l’existence de divers règnes qui sont pour le monde visible : le minéral, le végétal, l’animal et l’homme. Entre chaque règne, il y a une croissance de l’intelligence et des capacités, qui forme une sorte de continuité. Cette question de la continuité se pose aussi entre l’homme et Dieu. De fait, un vaste fossé les sépare, l’homme est une créature compliquée, Dieu est l’être parfait et infini ainsi que le plus simple (sans matière). Il est légitime de penser qu’il existe également une continuité de créatures reliant l’homme et Dieu : ce sont les anges. Saint Thomas avance un autre argument, celui de la perfection de l’univers qui implique l’existence de créatures purement intellectuelles et celles-ci sont immatérielles puisque le corps est déterminé dans le temps et l’espace.

De plus, les anges et sont présents à de nombreux endroits dans la Bible, notamment la Révélation. Dans l’Ancien Testament, les chérubins gardent l’arbre de vie (Gn 3, 24), un ange arrête Abraham qui allait tuer Isaac (Gn 22, 12), les anges sont présents dans le songe de l’échelle de Jacob (Gn 28, 12), l’ange Raphaël accompagne Tobie (Tb 5,4), l’ange de Perse et de Grèce évoqué dans Daniel (Dn 10, 20). Mais aussi dans le Nouveau Testament, l’ange Gabriel apparait à Zacharie (Luc 1, 19) puis lors de l’Annonciation (Luc 1, 26), une « troupe céleste innombrable » aux bergers (Luc 2, 13), l’ange en songe à Joseph (Mt 2,13), l’ange de la Résurrection (Mt 28, 2), les quatre anges destructeurs (Ap 7, 22), les « myriades de myriades, par milliers de milliers » d’anges (Ap 5, 11).

De plus, dans le Credo, Dieu est le« créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible ». L’intuition de créatures spirituelles n’est pas unique à la chrétienté et se trouve également dans diverses cultures et religions : le shintoïsme au Japon avec les« yōkai » (créatures spirituelles) ou encore les « kami » (esprits souvent associés à la nature), les Grecs avec Pythagore qui distingue quatre types d’entités spirituelles, les Romains et bouddhistes qui conçoivent les « genius » (génies)... De plus, certains saints catholiques comme le saint Padre Pio, sainte Faustine ou sainte Jeanne d’Arc ont vu des anges.

Alors, croire aux anges n’est pas idiot.

Si les anges sont des purs esprits qu’est ce qui les différencient de Dieu ?

Détail de la Déposition de la Croix, Giotto, 1306

Dans l’Ancien Testament et jusqu’au XIIe siècle avec Saint Bernard, l’ange est considéré comme un être à la fois de matière et d’esprit avec une nature spirituelle supérieure à celle de l’homme. Cependant, saint Thomas s’oppose à cette idée et définit l’ange comme une créature purement immatérielle. Un problème apparait : qu’est-ce qui différencie Dieu de l’ange ? Comment « préserver » la transcendance de Dieu ? La raison avancée par saint Thomas est que l’ange est composé d’une essence et d’un acte d’être qui est donc une participation directe de Dieu. Par définition, Dieu est« son » être, il est lui-même son identité alors que l’ange est issu d’un acte et se présente donc comme une créature.

Intelligence des anges

Les êtres humains, pour connaitre, comprendre et agir, utilisent l’environnement physique, c’est-à-dire le « concret », l’idée de nuage, par exemple, vient d’une abstraction de la vue d’un nuage vers une idée plus générale. Les anges, étant en dehors de cette réalité physique, ne peuvent connaitre par le monde physique et sont donc dotés d’idées innées dès leur création. En effet, Dieu est la source de tout et donc connait toute chose, il communique à l’ange des idées à l’état « pur ». L’ange est sans arrêt en acte de penser pour comprendre les réalités du monde, son intelligence est immense, il déduit et intuite tout des idées contenues en lui [2].

Le langage des anges est « parfait », il n’utilise ni mots, ni sens, lorsqu’un ange communique il se manifeste à quelqu’un, il donne des lumières venant de Dieu. L’ange utilise sa volonté pour ordonner ses pensées en vue de les manifester à un autre. Il communique une certaine manifestation de la vérité et saint Thomas cite en ce sens l’épître aux Éphésiens (5, 13) : "Tout ce qui se manifeste est lumière.". Ceci diffère des êtres humains où la communication passe par des mots extérieurs, des signes ou des images et ne sont pas toujours la vérité. Chez l’ange, la communication et les choix sont reliés, un ange qui se manifeste s’engage pleinement, c’est un choix irréversible.

Que font les anges ?

La question n’est pas « à quoi servent-ils ? » car la réponse est « à rien » : Dieu crée par amour de manière entièrement gratuite et ne fait pas cela par intérêt ou calculs.

Chez saint Thomas d’Aquin, la gloire de Dieu ne consiste pas à se réserver à lui-seul toute l’activité mais à faire coopérer l’homme (Dieu ne délègue pas et ne laisse pas seul l’homme), Dieu s’associe à son œuvre et sa Création. Un ange peut éclairer et faire briller l’intellect d’un humain ou aider les fidèles lors de la célébration eucharistique à avoir une meilleure disposition du cœur, par exemple. Cet acte d’illumination est une communication qui vient de Dieu et qui conduit vers Dieu. Plus la connaissance de Dieu augmente, plus l’homme se rapproche de lui et peut se donner à lui, c’est donc un acte de sanctification donné par l’ange [3].

Détail Le Jugement Dernier, Fra Angelico, 1425

St Thomas répond qu’être présent à un endroit est possible de deux manières, être physiquement dans un endroit mais aussi en influençant l’endroit. Par exemple, des parents qui ne sont pas physiquement dans la maison mais qui influencent les enfants dans leurs activités. Dire qu’un ange est présent dans un lieu précis se réfère à la matière et n’est pas envisageable pour un ange. Les anges sont présents en influençant les objets ou les personnes à certains endroits mais ne sont pas « contenus » dans ce lieu, ils ne sont pas localisés. Un esprit est présent là où il agit, l’ange est une créature limitée, il ne peut être partout, à la différence de Dieu,qui est présent partout car infini.

Si les anges sont présents là où ils exercent leur puissance, peuvent-ils l’exercer à plusieurs endroits au même moment et donc être présents à plusieurs endroits ? Saint Thomas d’Aquin répond en montrant que l’ange est une créature limitée, il est présent uniquement dans un seul lieu à la fois. Cependant, à la différence de l’homme, l’ange peut se rendre en des lieux distincts de manière temporellement discontinue car il n’est pas relié à la matière [4].

C’est une question large et intéressante carelle reflète des réalités plus humaines. Tous les hommes ont la même nature mais une matière différente. Chez les anges c’est autre chose, n’ayant pas de distinction de matière, ils diffèrent par leur nature propre. Il y a autant de natures que d’anges et (de manière simplifiée) il est possible de dire que chaque ange est une espèce à part entière. Par sa nature chaque ange appartient à un chœur et un ordre. C’est une hiérarchie où l’ange le plus élevé est au service des anges inférieurs et il y a diffusion de la connaissance de Dieu dans tous ces maillons de la hiérarchie du plus haut jusqu’à l’homme. Cette hiérarchie n’est point révoltante et dans l’Eglise on la trouve reproduite : le Pape au service des cardinaux qui sont au service des évêques et ainsi de suite. Il s’agit ici de l’ordre naturel mais un autre ordre qui est l’ordre de la grâce distingue aussi les êtres.

St Thomas d’Aquin aborde également la « hiérarchie » des démons où les relations sont basées sur la violence, le pouvoir, la recherche de son intérêt. L’ordre naturel « range » les démons et les actions des démons inférieurs sont soumises aux supérieurs. Il s’agit donc d’un « acte de supériorité » provenant de leur nature.

Cette hiérarchie céleste amène à poser des questions sur la conception de la hiérarchie dans la société, souvent assimilée à l’injustice, une hiérarchie bonne est fondée sur une relation d’amour, de service et de confiance [5]. Dans la Bible la phrase de saint Matthieu : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux. » (Mt, 18, 10) amène bien à l’ange gardien. Dieu désigne pour chacun, dès sa conception, un ange gardien, ce qui met en valeur la dignité infinie de chacun. L’ange gardien participe à l’œuvre de l’homme, il le garde et le pousse vers le bien mais aussi il « accomplit la providence divine à l’égard des hommes ».

L’Ange Gardien protégeant un enfant du démon, attribué à Bartolomeo Gennari

Ils intercèdent, prient et illuminent l’intelligence des hommes. Une fête est spécialement dédiée chaque année aux Anges Gardiens dans l ’Église Catholique, le 2 octobre.

Et les archanges ?

Les archanges annoncent les choses les plus importantes selon saint Thomas et cette idée est présente dans la Bible avec trois archanges particulièrement personnifiés.

Les Trois Archanges avec Tobie, Francesco Botticini, 1470

Tout d’abord, Michel (patron secondaire de la France) dont le nom est une question rhétorique : « qui est comme Dieu ? ». Il se réfère à l’orgueil de Satan voulant prendre la place de Dieu. Ceci rappelle la place de l’homme en tant que créature. Saint Michel joue un rôle décisif dans l’Apocalypse (Ap 12, 7 à 9) et est décrit par Daniel comme le « chef des anges » (Dn 12,1). Par son rôle dans l’Apocalypse, saint Michel est considéré comme le gardien de la transcendance de Dieu.

Ensuite, Gabriel (« Dieu fort ») est le messager par excellence, il annonce la naissance de St Jean-Baptiste (Lc 1, 11) et de Jésus (Lc 1, 26). Il apparait aussi dans l’Ancien Testament dans le livre de Daniel où il explique au prophète la vision du bélier et du bouc (Dn 8).

Enfin, Raphaël dont le nom signifie « Dieu guérit » accompagne le jeune Tobie et est la figure bienveillante de la Providence de Dieu.

Ces noms sont épicènes (Gabriel et Gabrielle, Raphaël ou Raphaëlle etc.) et rappelle la non distinction sexuelle chez les anges. De plus, ces noms possèdent la syllabe « -el » qui signifie « Dieu » en hébreu. Les archanges ont leur propre fête dans l’Église Catholique le 29 septembre.

Le monde qui fait face aux anges

Bernanos fait cette réflexion dans le Journal d’un curé de campagne : « Le monde du péché fait face au monde de la grâce ainsi que l’image reflétée d’un paysage, au bord d’une eau noire et profonde. ». Ce monde qui fait face aux anges est d’une certaine manière le monde des démons.

Dieu n’a pas créé d’être mauvais mais certains le sont devenus par choix libre : c’est la chute. Le péché de l’ange se situe au moment où il devait choisir la vie divine auprès de Dieu : l’ange refuse, il s’agit d’un péché d’orgueil. En effet, il y avait deux choses à accepter. La première est de recevoir ce don de la vie éternelle qui vient de Dieu. La seconde est que l’ordre de grâce (qui ordonne les êtres par leurs amour) modifie l’ordre naturel (où les anges sont au-dessus des hommes). La Vierge Marie est au-dessus des anges dans l’ordre de la grâce, ce qui est impossible dans l’ordre naturel. Ce refus d’accepter ces deux choses a entrainé la chute.

Icône de l’Échelle sainte, XIIe siècle, Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, Égypte

St Thomas souligne que l’action des démons est sous contrôle de la Providence (image d’un chien tenu en laisse) et qu’il agit en surface. En effet, ni les anges ni les démons ne peuvent accéder à la volonté et au cœur de l’homme, ce dernier est le sanctuaire de Dieu seul. Le démon ne peut tenter que par « l’extérieur », en passant par les passions, imagination, pensées,son but est de détourner petit à petit de Dieu et que cet écart provienne de la propre de l’homme. Le démon agit aussi par la culture dont laquelle les hommes évoluent et se sert des péchés et des erreurs (pensées, idées, mensonges) pour favoriser un milieu où l’humain est porté vers le péché. Mais pour lutter contre Satan et le péché, Dieu donne sa grâce.

Pour conclure, le monde des anges est fascinant, et ce que nous en savons est infime ; les anges rappellent à l’homme la nécessité de contempler et faire connaitre Dieu mais aussi que son but est la vie éternelle, car seul Dieu comble infiniment les désirs de l’homme. Les anges sont d’un grand secours et la prière pour les solliciter au quotidien s’avère importante. Au sujet de la tentation, nous recommandons tout particulièrement le remarquable livre de C.S. Lewis : Tactique du diable, facile à lire et plein d’enseignements spirituels.

Courte prière à son Ange Gardien :

« Ange de Dieu, toi mon Gardien, à tout instant veille sur moi : la nuit, le jour, le soir et le matin, toute ma vie soit mon soutien. Garde-moi de tout mal et guide-moi vers la vie éternelle. Amen »

Jean-Baptiste Lanac

[1(Catéchisme de l’Église Catholique 329 et 330)

[2Communication et choix angélique (Somme Théologique I, 106-107)

[3Les anges sont-ils dans un lieu ? Somme Théologique I, 52)

[4La hiérarchie des créatures (Somme Théologique I, 108-109)

[5Un ange gardien pour chaque homme ? (Somme Théologique I, 113)

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