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« Cazeneuve démission ! », « Citoyens avec nous ! » : la police manifestait cette nuit à Paris

Après la tentative d’assassinat par le feu de quatre de leurs collègues à Viry-Châtillon, les policiers français ne décolèrent pas. Loin d’être satisfaits par les condamnations et les promesses officielles, ils battent le pavé depuis trois jours : des manifestations “sauvages”, non déclarées [1], qui ne manquent pas d’intriguer hors de France.

Les rassemblements policiers se sont multipliés en quelques jours : Paris, Cahors, Clermont-Ferrand, Lyon, Boulogne-sur-Mer, Marseille, Le Mans, Bordeaux, Grenoble, Montbéliard, Montpellier, Nantes, Nice, Nîmes, Nancy, Rennes, Toulon, Toulouse, ...

Cette nuit [2], rendez-vous était donné à Paris place de la République. Si le message avait un peu circulé sur les réseaux sociaux, c’est principalement par SMS que les mots d’ordre circulent parmi les manifestants de la police.

Rapidement, une rumeur se diffuse sur twitter, selon laquelle les antifas de Nuit Debout, qui se sont approprié la place pendant plusieurs mois, organiseraient une contre-manifestation. Si quelques individus se présentent bien sur place, ils sont rapidement maîtrisés par la compagnie de gendarmes mobiles qui encadre la manifestation.

De 21h30 à 23h30, l’effectif des manifestants se gonfle régulièrement de groupes de policiers en civils, éventuellement avec brassard orange bien visible, accompagnés de leurs collègues en tenue complète, avec tonfas et protections pare-balles. Les mobiles, stoïques, se tiennent à l’écart. Des passants interloqués découvrent en même temps la manifestation et ses motifs.

Vers 23h30, changement d’ambiance : un civil empoigne un fumigène, un autre harangue la foule au mégaphone. Brusquement, le rassemblement statique et mutique prend un air bien connu de “cache-cache pour tous” particulièrement sonore. 600 à 1000 manifestants se mettent en branle vers l’hôpital Saint-Louis où est soigné leur camarade le plus grièvement brûlé.

« La police dans la rue ! » « Policiers en colère ! » « Cazeneuve, démission ! » Très remontés après les menaces du ministre de l’Intérieur, les policiers chantent : « Cazeneuve, si tu savais, tes sanctions où on se les met ! » Mais aussi, souvent, la Marseillaise à pleins poumons.

Devant l’hôpital Saint-Louis, l’un des meneurs laisse libre court à son exaspération : « “Inacceptable” ! Voilà le mot de Cazeneuve ! C’est “inacceptable” qu’on se rassemble pour un collègue ! »

Au bout de quelques minutes, après une nouvelle Marseillaise, le cortège reprend sa route pour ne pas gêner le ballet des ambulances.

Tandis que les policiers longent le canal Saint-Martin pour retourner vers la place de la République, Dimitri explique sa présence à la manifestation : « Aujourd’hui, si on est là, c’est en soutien à nos collègues blessés, dont un qui est toujours plongé dans un coma artificiel. C’est aussi pour témoigner que nous exerçons notre métier dans des conditions difficiles : on manque d’équipement, on ne reçoit que 90 cartouches pour 3 tirs par an, et il n’y a pas de réponse pénale aux arrestations. Les délinquants qu’on arrête se retrouvent immédiatement dehors. » Interrogé sur l’absence d’appel à la population civile, qui partage en bonne partie ce constat, Dimitri répond : « Pour l’instant, c’est une manifestation qui rassemble les fonctionnaires de police, mais plus tard, les gens sont libres de nous rejoindre s’ils le souhaitent. »

De fait, après un bref arrêt place de la République, trois nouveaux slogans se font jour tandis le cortège marche vers l’Élysée et la place Beauvau : « Falcone, on arrive ! », « Gendarmes avec nous ! » et « Citoyens avec nous ! » qui remporte un certain succès chez les passants. [3]

Des policiers en civil ouvrent la voie à moto et coupent la circulation aux carrefours, bientôt rejoints par une voiture banalisée. Progressivement, l’ambiance se détend tandis que le cortège se déroule près du Louvre, et les plaisanteries fusent : « Jeanne, au secours ! », « Bernard, on arrive ! Prépare les petits fours ! »

Parvenus à l’angle du square Marigny après la traversée de la Concorde, les manifestants se heurtent à un barrage de gendarmes. Calmement mais fermement, ils interdisent le passage vers la place Bauvau, qui est aussi le passage vers l’Élysée. Ils se sont peu montrés auparavant, et pour cause : si les policiers portent leur arme de service, les gendarmes sont équipés de tenues pare-balle et de fusils d’assaut. Habitués à évoluer armés, aucun des deux camps ne hausse le ton. Après une tentative manquée de rallier les gendarmes à leur cause, les policiers bifurquent simplement vers les Champs Élysées.

Barrant toute la largeur des Champs, les policiers entonnent la Marseillaise puis remontent à pas lents la plus belle avenue du monde. Les automobilistes roulant au pas prennent leur mal en patience. On pourrait croire que le concert de klaxons est une protestation furieuse, mais à l’arrivée au rond-point de l’Étoile, les taxis qui se dégagent enfin poursuivent leur avancée ralentie en klaxonnant toujours et passent la tête par la portière pour crier leurs encouragements. D’autres voitures klaxonnent leur soutien de même tandis que les policiers déployés en arc de cercle barrent une portion de l’Étoile. C’est le moment de la dernière Marseillaise, émouvante, symbolique, aux pieds du Soldat Inconnu.

Soudain, surprise ! Les taxis s’invitent à la manifestation : empoignant un mégaphone dans sa voiture, un syndicaliste en gilet jaune s’écrie : « Nous, on est taxis, on est solidaires de la police. Si vous voulez aller à l’Élysée, on y va ! » Interrogé par le Rouge et le Noir sur les raisons de ce soutien, un deuxième syndicaliste explique : « Il y a une injustice totale ! On attend du gouvernement qu’il agisse, mais il ne fait rien pour la population. On est solidaires de la police parce qu’ils vivent ce qu’on vit, on vit la même souffrance. Eux, ils manquent d’effectifs, nous, on vit une concurrence déloyale, et le gouvernement est responsable de tout ça. »

Toujours équipé de son mégaphone, le premier taxi proclame que les policiers ne rentreront pas à pied, et que les taxis parisiens leur offrent la course jusqu’à République ou au bas des Champs, sous les acclamations de la police. Déjà, de nombreux taxis se sont garés le long de l’arc de Triomphe et d’autres, interpellés parmi la circulation, viennent les rejoindre.
Il est deux heures du matin.

Guillemette Pâris

[1En France, contrairement à une croyance très répandue, une manifestation n’a pas à être “autorisée”. Déclarée en préfecture, elle est libre par principe, sauf mesure d’interdiction ou de restriction spéciale.

[2Nuit du mercredi 19 au jeudi 20 octobre 2016.

[3On entend aussi quelques sarcasmes aux abords du cortège, mais en nombre bien plus réduit. Un chant « Tout le monde déteste la police ! » tourne court, les chanteurs réalisant sans doute que cette fois, les hommes armés qui défilent n’ont pas reçu l’ordre d’encaisser stoïquement lazzis, quolibets et pavés.

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