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Benoît XVI & l’Europe (I) : Une Europe en crise spirituelle

En choisissant le nom de Benoît XVI, le Cardinal Ratzinger avait inscrit son pontificat à la fois dans les traces de Saint Benoît, « père du monachisme occidental, co-patron de l’Europe, et en référence à Benoît XV, qui a guidé l’Église dans la période difficile de la première guerre mondiale » [1].

De même, dans une catéchèse consacrée à Saint Benoît de Nursie, il avait souhaité se placer dans la continuité de Paul VI qui « en proclamant saint Benoît Patron de l’Europe le 24 octobre 1964, voulut reconnaître l’œuvre merveilleuse accomplie par le saint à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne » [2].

Ce choix fut révélateur de l’un des fils conducteurs de ce pontificat : son insistance à revenir sans cesse sur l’avenir de l’Europe et la nécessaire construction d’une véritable identité européenne.

La construction de l’unité de l’Europe

La réussite de la construction européenne sur le plan de la paix a été saluée à de nombreuses reprises par Benoît XVI durant son pontificat : « en tant que berceau de l’histoire et de la culture du continent européen au cours des siècles, l’Église catholique accueille en grande partie avec satisfaction ce développement. Là où les hommes et les peuples se considèrent membres de la même famille, les possibilités de paix, de solidarité, d’échange et d’enrichissement réciproque augmentent » [3].

Revenant sur l’unité de l’Europe, il a noté que « la division qui, pendant des décennies, a déchiré le Continent de manière douloureuse est, il est vrai, surmontée sur le plan politique, mais l’unité reste encore en grande partie à réaliser dans l’esprit et dans le cœur des personnes » [4]. « Cinquante ans après le lancement du grand projet de la construction européenne […] les avancées sont considérables, même si de nouvelles difficultés sont apparues récemment » [5].

«  Pour créer une unité nouvelle et durable, les instruments politiques, économiques et juridiques sont assurément importants, mais il faut également susciter un renouveau éthique et spirituel qui puise aux racines chrétiennes du continent  » [6].

D’après Benoît XVI « La « maison Europe » [...] sera pour tous un lieu agréable à habiter seulement si elle est construite sur une solide base culturelle et morale de valeurs communes que nous tirons de notre histoire et de nos traditions » [7].

Une Europe en crise spirituelle

Pour Benoît XVI, le « cœur de la crise » qui frappe l’Europe est une crise « spirituelle et morale », où l’homme « prétend définir sa propre identité  » [8].

l’Occident a perdu le sens et la valeur profonde de son patrimoine spirituel et moral, et même les baptisés ont « perdu leur identité et leur appartenance  » : avec la baisse de la pratique religieuse, certains « doutent des vérités enseignées par l’Église » tandis que d’autres « réduisent le Royaume de Dieu à quelques grandes valeurs qui, si elles ont un lien avec l’Évangile, ne constituent pas le cœur de la foi chrétienne ». La « rationalité scientifique et la culture technique », non seulement « tendent à uniformiser le monde », mais souvent dépassent leurs domaines spécifiques, avec la « prétention de tracer le périmètre des certitudes de la raison ». Ainsi le « pouvoir des capacités humaines finit par se penser la mesure même de l’agir, libéré de toute norme morale » [9].

Benoît XVI a invité à «  cultiver une vie authentique de prière pour assurer le progrès social dans la paix  ». « Ce n’est qu’en apprenant, avec la grâce de Dieu, à combattre et à vaincre le mal à l’intérieur de soi et dans les relations avec les autres, que l’on devient des constructeurs authentiques de paix et de progrès civil » [10].

Les 2 âmes de l’Europe

« Le problème de l’Europe pour trouver son identité semble consister dans le fait qu’en Europe nous avons aujourd’hui deux âmes : une âme et une raison abstraite, anti-historique, qui entend tout dominer car elle se sent au-dessus de toutes les cultures. [...] L’autre âme est celle que nous pouvons appeler chrétienne, qui s’ouvre à tout ce qui est raisonnable, qui a elle-même créé l’audace de la raison et la liberté d’une raison critique, mais qui reste ancrée aux racines qui ont donné origine à cette Europe, qui l’ont construite dans les grandes valeurs, dans les grandes intuitions, dans la vision de la foi chrétienne » [11].

Pour Benoît XVI, cette identité européenne pourra se construire uniquement si se met en place une véritable réflexion commune entre les différentes religions chrétiennes qui ont façonné l’Europe : « c’est surtout dans le dialogue œcuménique entre Églises catholique, orthodoxe, protestante, que cette âme doit trouver une expression commune et doit ensuite rencontrer cette raison abstraite, c’est-à-dire accepter et conserver la liberté critique de la raison par rapport à tout ce qu’elle peut faire et a fait, mais la mettre en pratique, la rendre concrète dans le fondement, dans la cohésion avec les grandes valeurs que le christianisme nous a données. Ce n’est que dans cette synthèse que l’Europe peut avoir son poids dans le dialogue interculturel de l’humanité d’aujourd’hui et de demain, car une raison qui s’est émancipée de toutes les cultures ne peut pas entrer dans un dialogue interculturel » [12].

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