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[ASSEMBLÉE-IVG] Trouble jeu de M. François de Mazières, image d’une droite en quête d’absence

Mercredi fut votée à l’assemblée nationale une résolution visant à faire "reconnaître" l’avortement comme un "droit fondamental."
Le Salon Beige , entre autres [1], invitait à cette occasion depuis une semaine à interpeller nos députés afin de les inviter à prendre courageusement position contre cette iniquité.

Dans mon cas il me fut donné d’obtenir deux réponses de députés des Yvelines, M. Jean-Frédéric Poisson, et M. François de Mazières. Ce qui donna lieu à un exercice de style étonnant et tristement représentatif de l’état de l’opposition de droite à l’assemblée nationale. Notons au passage, ceux qui ont courageusement préféré ignorer les missives qui leurs étaient adressées.

Par l’intermédiaire de sa collaboratrice, M. Poisson me fit connaître son opposition, s’engage à voter "contre" ce texte. Mercredi il joignait les actes à la parole, je l’en remercie.

Réponse de M. Jean-Frédéric Poisson, député de la 10ième circonscription des Yvelines

Bonjour,

Je vous remercie de votre message concernant la proposition de résolution visant à « réaffirmer un droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse en France et en Europe ».

Je vous informe qu’il n’y aura pas de position officielle du groupe UMP sur cette proposition de résolution.

Chaque député votera selon sa conscience et ses convictions.

Jean-Frédéric Poisson combattra quant à lui fermement cette proposition de résolution et votera contre.

Il est fermement opposé à la banalisation et la libéralisation de l’avortement, comme en témoignant ses nombreuses prises de position dans les médias [2].

Bien à vous,

Audrey LEVAVASSEUR-PASCAL
Collaboratrice parlementaire de Jean-Frédéric Poisson, Député des Yvelines

Clair, concis, immédiatement suivi d’effet.

Mais le point qui nous intéresse, ce sont les échanges avec M. François de Mazières, député de la première circonscription des Yvelines (Versailles)

Voici sa première réponse de lundi matin, déjà louvoyante :

Monsieur,

Vous avez attiré mon attention sur une pétition concernant une proposition de résolution visant à « réaffirmer le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse en France et en Europe » et je vous en remercie.

Considérant, comme vous, que l’interruption volontaire de grossesse n’est pas un droit fondamental, soyez assuré que je ne voterai pas en faveur de cette résolution.
En vous remerciant pour votre vigilance citoyenne.
Bien cordialement

François de Mazières
Député des Yvelines

La formulation interpelle, j’ai donc demandé clarification en ces termes :
“Votre réponse, dont je vous remercie, est elle un engagement de votre part à vous opposer à ce texte par votre vote, ainsi que par vos prises de paroles ? Ou bien comme un trop grand nombre de vos collègues de l’UMP accorderez vous votre soutien tacite au gouvernement socialiste par une abstention coupable ?”

Ce message reçu la réponse suivante, comportant une erreur manifeste, mais un engagement ferme dont je remerciais immédiatement monsieur le député :

Monsieur,

C’est une proposition de résolution et il n’y a pas de vote solennel prévu concernant celle-ci, aussi, je voterai contre si il y a vote.

Bien cordialement

Enfin, constatant l’absence du nom de Mr de Mazières parmi les 7 héroïques opposants à ce texte, je l’ai interpellé à nouveau ce jeudi matin, prenant bonne note de ce que cette proposition a bien fait l’objet d’un vote contrairement à ce qu’il avait voulu prétendre, et du ridicule d’une telle posture : je demandais alors s’il préfèrait plaider l’incompétence pour avoir ignoré ce scrutin, ou la négligence pour ne pas avoir vérifié le fait après que moi-même, et certainement bon nombre d’autres électeurs, le lui avaient signalé, terminant ainsi ma missive :
“Il ne sera pas ignoré évidemment que vous n’ayez pas fait partie des 7 députés du peuple Français, assez courageux et francs dans les valeurs sur lesquels ils ont fait campagne, pour vous y opposer.”

J’ai reçu de monsieur le député quelques instants plus tard cette réponse qui me laissa sans voix :

Monsieur,

Face à cette résolution, j’ai, comme vous le savez, d’emblée considéré que ce droit à l’IVG n’était pas un droit fondamental et bien évidemment que je ne pouvais pas voter en faveur de cette résolution. Considérant d’autre part que c’était encore une provocation du gouvernement, j’ai pris la décision, comme la grande majorité des membres de l’opposition, de boycotter ce vote organisé ce soir.
Bien cordialement
François de Mazieres

Ayant repris mes esprits je voudrais ici lui répondre sous forme de lettre ouverte, qu’il recevra également.

Monsieur le député,

Monsieur le député,

Encore une fois merci de prendre le temps, y compris de si bon matin, de me répondre.

Soyez assuré que je ne me complairai pas à relater à charge nos échanges et m’en tiendrai aux faits. J’ai pris bonne note de votre opposition de principe à la résolution d’hier.
Cependant je ne peux que m’interroger de la foi à accorder à cette nouvelle justification.

Permettez-moi une petite comparaison de style :

J’ai adressé l’expression de mon inquiétude à votre collègue Mr Jean Frédéric Poisson, dans les mêmes termes qu’à vous. Par la voix de son attaché parlementaire il a montré le même empressement que vous à condamner cette résolution, ajoutant "Je vous informe qu’il n’y aura pas de position officielle du groupe UMP sur cette proposition de résolution. Chaque député votera selon sa conscience et ses convictions. Jean-Frédéric Poisson combattra quant à lui fermement cette proposition de résolution et votera contre." Hier j’ai pu constater qu’il avait joint les actes à la parole, et voté "contre". Je l’en aie remercié, je ferais connaitre également son intégrité.

Je constate effectivement que la majorité de l’opposition n’a pas pris part au vote, ce qui n’a pas empêché un certain nombre de députés UMP de voter "pour". Mais peut-on parler en gardant son sérieux de "boycott" ?
Connaissant les travaux parlementaires, je ne peux que constater qu’un résultat comme celui d’hier, c’est à dire un grand écart de voix, l’opposition dans sa majorité ne prenant pas part au vote, est très commune. Ceci revient à reconnaître que le résultat est "joué d’avance", ou bien à accorder la victoire à la majorité sans pour autant associer son nom à un vote "pour" ou "contre" précis par prudence électoraliste.
Aucune communication, ni de votre part, ni d’aucuns de vos collègues, ni de votre groupe, ni d’un parti d’opposition, annonçant et justifiant un tel "boycott" n’existe. La presse n’en fait évidemment aucun écho, on n’en trouve trace sur aucun support de communication digital (site de l’UMP, blogs personnels de députés d’opposition, réseaux sociaux). Aucune déclaration en séance (qui n’a consisté hors l’intervention de Mr Bompard qu’en une auto-congratulation de la culture de mort) n’a été faite dans ce sens.
Si ne pas prendre part au vote devait constituer une forme de protestation, il va sans dire alors que le résultat en est absolument nul.

Le bénéfice du doute doit vous être reconnu sur ce point, mais par ailleurs, cette position, si elle était réelle, me parait injustifiable. Aucune irrégularité de procédure dans la proposition de cette résolution ne pouvait rendre la non-participation au scrutin plus significative qu’une opposition claire. Ce texte, n’ayant aucune portée législative, n’est qu’un triomphe abject, une glorification scabreuse, au sein des institutions de la République, des partisans les plus absolutistes de l’IVG montée avec un cynisme écœurant en alpha et omega des droits des femmes.
Ce vote, après le passage récent, en catimini, d’une nouvelle dé-régularisation de l’IVG, pour symbolique qu’il soit, devait être pour tout député défendant les valeurs et la dignité de la vie humaine, un Alamo !

Sur ce point de la dignité de la personne humaine vous avez dû lire l’intervention du souverain pontife à Strasbourg, (que vous avez partagé sur votre page Facebook), vous ne devez pas ignorer que le saint siège et l’Église, le pape François lui-même encore récemment, n’ont jamais manqué de souligner que la déchéance de ces valeurs au sein de nos institutions et de notre civilisation n’avait été rendu possible, n’était encore rendu possible aujourd’hui, que par la défection des hommes de bien, catholiques ou non, mais honnêtes, qui malgré leurs convictions refusent de s’engager pour les défendre par une action constante [3].
N’étant pas des 7 qui ont voté "contre" cette résolution, vous vous êtes mis hier au nombre de ces hommes de bien dont l’inaction, coupable, fait le jeu de la culture de mort.

Sans animosité aucune, je vous souhaite de montrer à l’avenir moins d’empressement à justifier des positions ambiguës, et plus de courage politique.

Bonne journée Monsieur le député,

Vincent CHALMEL


[3Dans notre hémicycle Gambetta en son temps avait osé l’ultime affront de féliciter ouvertement ceux qui à votre image, y compris les députés catholiques qu’il visait particulièrement, avaient permis, par leur refus de combattre, les lois de persécution de son gouvernement contre l’Église.

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