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Zeitgeist. Première partie : l’universalisme athée.

18 novembre 2011 Louis Jaeger

Dans cette Humanité ainsi considérée, nous abordons la question du rapport direct de Satan aux Hommes. En premier lieu, l’oubli de Dieu a permis la création d’un chaos positif. Ce chaos n’est pas né ex nihilo, mais il est chaos car en rupture avec l’ordre divin et vis-à-vis de la Sainte Eglise. Il s’agit de la prise de contrôle des œuvres humaines et pourtant d’essence divine, comme des Hommes eux-mêmes et du pouvoir sur le royaume terrestre ainsi que sur les créations de structures dénuées de sens chrétien et de morale, servant de fait le Mal.

La véritable universalité

Le but est avant tout de montrer le danger de laisser des œuvres humaines perdre leur essence divine et chrétienne, donc véritablement humaine. Le cas de la question universelle se révèle assez pertinent et très sensible. En effet, la Révélation par le Christ a enseigné une chose nouvelle et transcendante, l’universalité. C’est ainsi que l’Eglise répond du nom de catholique (du grec καθολικός / katholikós, qui signifie universel). Le premier enseignement de Dieu a donc été celui de la mission universelle donnée par le Christ à son Eglise. Elle est donc la seule institution qui peut prétendre à l’universalité par cette légitimité, transcendée par le Saint Esprit. L’Eglise a ainsi pour mission de transmettre à la Terre le message du Christ et ses propres enseignements inspirés. Or, ceux-ci peuvent être dévoyés si les ennemis de l’Eglise - et ce quelle que soit leur motivation - sont parvenus à la pénétrer ou la faire vaciller. Cette mission qu’elle tient de Dieu a comme biais le cœur des Hommes, empli d’humanité, essence divine. Ce don de Dieu à ses enfants, par amour, est fondamental.
La qualité humaine ainsi définie, seule qualité à être universelle, correspond à la « conscience humaine » qui donne aux Hommes la possibilité de voir avec le regard de Christ et de percevoir en chaque Homme le visage du Christ incarné. Ainsi, la conscience humaine est le meilleur outil dont nous disposions afin de dissocier le Bien du Mal. Une fois de plus, il est important de rappeler l’un des principes fondamentaux de la vie humaine, celui de la responsabilité accordée par Dieu de le suivre et de l’aimer, ou non. Toutefois, l’Homme, en sa conscience, sait distinguer le Bien du Mal sans enseignement préalable, c’est là le stade primaire de la conscience. Chaque Homme sait par exemple que tuer sa propre mère ou son père relève du Mal, et ce quelle que soit sa culture ou son ethnie. Chaque Homme ressent des sentiments qui lui sont propres. L’amour par la quête, la spiritualité par le questionnement intérieur et l’épanouissement par la liberté. Sans entrer dans les détails, il est évident qu’ainsi, la qualité humaine mise en rapport avec d’autres Hommes au sein d’une société, correspond aux droits naturels de l’Homme, reconnus comme droits de Dieu. Ces droits sont la clé de l’universalité que défend l’Eglise, et ne peuvent être compris que dans la dimension de Dieu. Notre Saint Père Benoit XVI l’a souvent rappelé et ses enseignements sont d’une importance considérable pour comprendre cette question. La mission de l’Eglise est, entre autres, d’enseigner l’amour de Dieu et ses commandements, non pas par défiance vis-à-vis des Hommes, mais parce que le pêché originel les a marqués et parce qu’existent des sociétés qui favorisent les vices et l’expression des défauts humains. L’Homme est donc perfectible dans la dimension de la cohérence entre l’ordre divin, sa conscience et ses actions. L’universalité qui en découle ne répond donc que de Dieu et sur la Terre, de l’épouse du Christ, l’Eglise catholique.

Le dévoiement des principes catholiques ou la « Laïcisation » de la pensée chrétienne.

Dans ce cas précis, le Mal se manifeste le plus facilement, aujourd’hui surtout, au travers du « chaos positif ». Positif parce que lié à des choses existantes mais dévoyées de leur but premier. Ainsi, nous ne soulignerons jamais assez le danger majeur que représente la prétention universelle qui ne répondrait pas de l’Eglise et même de Dieu. Fonder une idéologie « universaliste » sur des principes autres que ceux de l’Eglise, des droits naturels et des enseignements du Christ, revient à servir Satan. Celui-ci prétend dépasser Dieu, prétention infondée au regard des rapports entre eux mais motivée par l’orgueil suprême et la haine ; et Satan espère mettre l’Homme à son service non pas par possession mais bien par aliénation et contrôle indirect. Cela signifie que Satan tente de se faire passer pour Dieu ou pour l’unique vérité, comme le « porteur de la Lumière » (en latin, lux et ferre, qui donnèrent Lucifer). Il peut soit pénétrer l’Eglise, soit s’appuyer sur les créations humaines. L’idéologie issue des « Lumières » et de la Révolution française, l’un des éléments fondamental d’une nouvelle étape dans le règne du Mal. La chose est claire : l’universalisme divin et les droits naturels sont écartés et remplacés par un universalisme athée qui laisse les actions des Hommes à leur libre appréciation et ce dans un monde perverti par le recul des valeurs chrétiennes. Cette idéologie prétend par ailleurs servir « l’être suprême » jamais défini, dont le culte était célébré dans des églises transformées pour l’occasion. De même, ce culte a traversé les années en affectant la science au travers du positivisme et du scientisme de la fin du XIXe siècle, affiliés au darwinisme, à l’eugénisme, au racisme puis aux totalitarismes qui voulaient fonder un « homme nouveau », but qui devait être atteint en abolissant la liberté d’un côté et en exterminant des Hommes de l’autre. Voici les premières graves conséquences (outre la Révolution) de l’esprit de la « Raison » et du culte de « l’être suprême ».
Avant de continuer sur cette question, nous décrirons un autre exemple d’idéologie qui dévoie le principe premier d’une valeur héritée du Christ, la liberté. De ce principe est né une idée dite libérale qui en soi ne va pas à l’encontre de Dieu et peut prétendre le servir via l’épanouissement individuel et l’émulation, dans le cadre de la Chrétienté. Or, cette idée « libérale » a très vite été utilisée pour justifier le monde de l’argent, de la finance, de le « libre exploitation » entre les Hommes et des idées socialement et politiquement libertaires. La liberté est devenue « la liberté d’action sans Dieu », « la liberté de vivre sans Dieu ». La fameuse « tolérance » voltairienne et la laïcité assurent la destruction de la Chrétienté. Cela n’a conduit qu’à la perversion des qualités humaines et morales. Les structures traditionnelles qui permettaient la garantie d’un ordre naturel en cohérence avec l’ordre divin ont été anéanties (d’où le chaos) au nom des valeurs dites du « progrès », de la « liberté », de « l’égalité » sociale et de la « fraternité ». Si nous ne sommes pas frères parce que tous enfants de Dieu, qui est notre père ? L’être suprême ? Et notre mère, Gaïa ? La fameuse « mère nature ». Mais dans toutes ces notions, Dieu a été écarté et l’ordre dit « ancien » a été remplacé par un « ordre nouveau » qui permet de se complaire dans le confort, le consumérisme, la facilité, et de défendre les « droits civiques » et l’égalitarisme. Alexis de Tocqueville avait montré le danger des démocraties modernes qui parlent au nom de la liberté mais qui poussent les Hommes à se contenter de l’égalité égoïste. Ces comportements ont amené les Hommes, notamment en Occident (civilisation à l’essence chrétienne et donc véritable), à ne se focaliser que sur la quantité, l’instantané, le plaisir immédiat et l’opulence. Le monde autrefois régi par la Politique qui constituait le résultat d’une relation d’équilibre par la Chrétienté, est désormais animé par les froids calculs économiques dénués de préoccupations véritablement humaines, c’est-à-dire, chrétiennes.
Dans cette configuration, les objectifs sont restés les mêmes, comme celui de l’unification du monde à travers l’universalité. Mais cette fois, cet universalisme n’a aucune référence et essence divine. C’est une structure humaine qui atteint le quotidien de beaucoup et pénètre les esprits, une œuvre incroyablement complexe et puissante, rassemblant tous les domaines de la société et aspects de la vie. Mais cette œuvre est sans Dieu. Bien plus encore, son athéisme et antichristianisme ont poussé à la construction de relations humaines et d’organisations profondément malsaines et mauvaises. Que dire par exemple d’un système financier –fondé qui plus est sur l’usure et la manipulation de l’argent - qui permet à un petit groupe de s’enrichir pour l’argent seule, ce qui est déjà une perversion, et ce en profitant de la misère, de la famine et de la mort de milliers d’autres Hommes ? Voilà l’illustration de l’avancée du Mal sur notre planète. Le mal pour le mal par le mal, triptyque diabolique. Toute idéologie qui ne considère l’Homme que comme un outil de travail, une unité démographique, un consommateur, un agent économique, un parasite en soi et de naissance ou un être inférieur et non comme un enfant de Dieu animé par des qualités humaines, ne peut aboutir qu’à une progression du Mal et de Satan dans ce monde.

La ruse de Satan

Dans ce chaos positif où Dieu a été oublié, Satan peut utiliser sa meilleure ruse : faire croire qu’il n’existe pas. Deux étapes peuvent alors être décrites.
Tout d’abord, il s’agit de faire croire à une neutralité totale, à un équilibre. Si "Dieu vomit les tièdes" (Apocalypse, 3. 16-), que pense-t-il des « neutres », de ceux qui prétendent supporter l’absence totale de caractère religieux dans une société alors qu’ils sont « croyants » ? De ceux qui assurent que leur bonne foi laïque ne va pas l’encontre du Christianisme ? La séparation de l’Eglise et de l’Etat apparue en Occident chrétien voulait se justifier par cette neutralité et cette « tolérance ». Le Christianisme n’est pas une intolérance religieuse contrairement à d’autres religions monothéistes. Seulement, les pays catholiques (encore pieux) ont supprimé la religion d’Etat mais ont conservé ou instauré une forme de concordat (comme en Autriche) qui bien souvent, profite à tous. En revanche, la France s’est totalement détachée de la religion sous la pression des « fils de la Lumière » et les Etats-Unis, quand bien même conserveraient-ils des symboles chrétiens, ont été fondés par certains hommes dont l’absolue Foi en Dieu et en son Fils peut être discutée.
Puis, il convient d’éliminer tout naturellement l’éventualité du Mal et de Satan. Rien n’est mal, hormis ce qui déplaît aux bons-sentiments-occidentaux-matérialistes de Madame et Monsieur X qui s’indignent du pouvoir des banques et de la misère dans le monde mais qui iront encore dans les fast-food et vivront à crédit. Rien n’est mal, hormis ce qui s’oppose aux nouvelles fausses religions. Ce qui va à l’encontre de l’universalisme (athée), de la fraternité entre les peuples (sauf les peuples que l’ont jugera arriérés, dangereux et néfastes à la sécurité du monde ou au "vivre-ensemble") et du multiculturalisme qui propose de remplacer la foisonnante et merveilleuse mosaïque des cultures dans le monde et la grande culture européenne, par une culture dégénérée, sans goût, de l’abstrait nullement métaphysique, du moyen et du médiocre accessible à tous et surtout à ceux qui ont le moins d’argent et qui de fait ont une « propension à consommer élevée ». Non vraiment, rien n’est mal, tout se vaut, « c’est juste une question de point de vue ». Mêmes les actions des Hommes n’ont finalement pas d’importance puisque « tout le monde ira au paradis ». Oui, cette phrase est dangereuse. Issue d’un relativisme le plus abject, elle propose un Monde où le Mal n’existe pas, c’est-à-dire, le Mal au sens de l’anti Dieu, de l’antéchrist. Le Mal est d’ailleurs un gros mot, on préférera le terme de « mauvais » ou « méchant » ou « nauséabond », en fonction des appréciations du temps. Il n’y a plus de lutte entre Satan et Dieu. Pourquoi ? Dieu aurait-il triomphé ? Personne ne le prétend. Non, c’est Satan qui en fait n’existe pas. Nous sommes tous aimés de Dieu (oui) et nous iront tous au paradis (moins sûr), il suffit de prier pour la paix et l’amour. Pour reprendre Leibniz : « si Dieu existe, d’où vient le Mal ? Et si Dieu n’existe pas d’où vient le Bien ? ». (Le Mal existe là où Dieu n’est plus, le Bien provient de Dieu par intercession avec l’action des Hommes). Les Chrétiens aujourd’hui croient en Dieu mais pas en Satan et ceux qui parlent de « choses mauvaises » ne croient pas tous en Dieu ; grande incohérence que voici ! Alors, le Bien est flou, Dieu est loin ou oublié, le Mal n’est point et Satan n’existerait donc pas. Voilà un monde sans Dieu et sans ennemi pour l’Homme (hormis la possible menace extra-terrestre et le dérèglement du climat qui nécessite de s’unir pour sauver les fleurs). Pas de Bien ni de Mal comme absolus. Monde froid, incertain, flou, un monde dangereux et sans repères : le rêve de Satan. Il y a tout de même des repères, si, pardon. La Révolution, le libéralisme tendance argent et tendance mœurs légères et l’universalité d’un monde sans Dieu, sont des bases solides de l’Ordre nouveau et du progrès.
La voilà la grande rupture ! Il faut ériger la « Raison » et la « Lumière » pour servir « l’être suprême ». Nous n’inventons rien ici, tels sont les mots qui pouvaient être entendus à la Révolution et aujourd’hui encore de la bouche de certaines personnes ou groupes politiques. L’Eglise voulait fonder un monde sur l’amour, la Révolution veut le faire au nom de la raison. Chaque homme est capable de ressentie l’amour, pour les autres, pour Dieu et de Dieu envers les Hommes. En revanche, la raison n’est pas définie. Impératif catégorique ? Universalité ? Rationalité de l’existence ? Scientisme ? Il n’y a pas de fond véritablement humain ou clair, pas la moindre présence divine, et les conséquences de ces interprétations sont imprévisibles. Ainsi, les « porteurs de la Lumière » ont défini des « droits de l’homme », l’universalisme athée et le laïcisme. En somme, l’égalitarisme social et politique, le relativisme et la perversion des mœurs se défendent au nom de cette idée d’universalité et de ces « droits » nouveaux, souvent à l’encontre de l’œuvre politique catholique. Etrange volonté de saper les fondements de l’Eglise universelle, pour la remplacer par une autre « église », sans révélation, comme le précise Alain Soral (in Comprendre l’Empire, 2011). Parce que cet universalisme se construit sans Dieu, il est contre Dieu et prétend pouvoir le remplacer, c’est le but de Satan.

Ce chaos positif est donc tenu en ses structures par des éléments qui visent à remplacer et à dévoyer les principes de l’Eglise et du Christ. Ainsi, a modernité postrévolutionnaire dont la matrice était la « Raison » des « Lumières », a accouché, outre des totalitarisme et doctrines païennes et antichrétiennes, d’un universalisme athée qui prétend pouvoir donner la possibilité de régir le monde. La sorte de « bête » qu’incarne cette idéologie néfaste justifie aujourd’hui une anarchie mondiale qui alimente des flux à la fois d’argent et d’Hommes, qui brassent les cultures pour les anéantir et qui opposent les religions pour les détruire toutes ou qui les fait converger sous des prétextes fallacieux. De toutes ces idées sont nées des organisations politiques et des systèmes qui aujourd’hui prouvent leur absence totale d’humanité du seul fait de l’absence de Dieu.

18 novembre 2011 Louis Jaeger

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