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Robespierre, bourreau de la Vendée ?

Le R&N avait déjà parlé du sujet ici, mais la découverte de la vidéo sur Youtube et la lettre du camarade Jean-Luc méritent que l’on y revienne.

Peut-être qu’il est un peu tard pour évoquer ce sujet mais pour ceux qui seraient passé à côté de la polémique, il est encore temps de s’y intéresser. Pour faire simple, la chaîne publique France 3 a programmé et diffusé à plusieurs reprises un documentaire sur Robespierre dans le cadre de l’émission "L’ombre d’un doute". Une émission très bien faite et qui rappelle en peu de temps l’essentiel des preuves qui témoignent de la responsabilité de Robespierre dans l’écrasement de la Vendée. Ce reportage, bien réalisé prouve tout ce qu’il avance et égratigne la réputation du sanguinaire montagnard.

Alors, le camarade Jean-Luc Mélenchon, cherchant désespérément le moyen de faire parler de lui a envoyé un courrier, co-signé par Alexis Corbière (secrétaire national du parti de gauche), au président de France télévision et à celui du conseil supérieur de l’Audiovisuel. Salir Staline et Mao, passe encore mais Robespierre c’en est trop !

Comme il est souvent bon de se faire sa propre opinion et que le R&N défend la liberté de conscience, nous vous proposons le lien vers le documentaire (l’intégration a été désactivée) et le texte de la lettre des camarades indignés. Si l’émission évoque longuement les colonnes infernales, elle ne manque pas de rappeler le massacre de Machecoul, par soucis d’objectivité. Le R&N aime cette vidéo et il l’approuve. A vous d’en décider par vous-même.

Cliquez ici pour voir le documentaire.

A M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévision

A M. Olivier Schrameck, Président du C.S.A.

Monsieur le Président,

Pour la troisième fois en moins d’un an, France 3, chaîne de télévision du service public, a diffusé la semaine dernière, une émission nommée « Robespierre : bourreau de la Vendée ? », épisode du magazine historique « L’ombre d’un doute », présenté par M. Franck Ferrand. Le contenu de cet épisode est un offensant et grossier plaidoyer à charge contre la Révolution de 1789, truffé d’erreurs et dangereusement orienté vers une banalisation de l’idée de génocide.

Il semble qu’après le 7 mars et le 16 août 2012, puis le 23 janvier 2013, dates des trois précédentes diffusion, il soit prévu une quatrième diffusion le 4 février prochain. Quatre diffusions en moins d’un an, cela nous semble assez exceptionnel pour exprimer une intention politique avérée.
Nous nous adressons à vous pour protester avec la plus grande fermeté contre le fond et la forme de cet épisode. Avec la majorité des historiens et universitaires, nous le jugeons scandaleux et absurde. Votre attitude est également condamnable lorsque vous conduisez le service public à rediffuser étrangement cette émission malgré sa grande médiocrité.

C’est pourquoi notre démarche, inhabituelle vous en conviendrez, ne se limitera pas à une protestation. En fonction des responsabilités qui sont les vôtres et d’une certaine idée du service public, nous demandons un clair sursaut pour essayer de réparer les dégâts qui ont été produits parmi ceux qui, se croyant à l’abri des manipulations, auront fait confiance au service public.

Le contenu idéologique, politique et historique, de cette émission de 52 minutes la range clairement dans l’arsenal de la propagande grossière. Elle reprend à son compte toutes les calomnies et les mensonges contre-révolutionnaires et anti-républicains d’inspiration d’extrême droite et monarchistes, qui persistent depuis plus de deux siècles.

Dès son titre racoleur, « Robespierre, bourreau de la Vendée ? », le ton est donné. Dans la mesure où ce titre se concluait par un point d’interrogation, le téléspectateur aurait pu penser que cette émission, rétablirait les faits historiques, sur la prétendue responsabilité personnelle de Robespierre dans la guerre de Vendée et dans les massacres commis lors de cette guerre civile. Dois-je vous rappeler que cette guerre dura dans sa première phase de mars à décembre 1793, puis de janvier 1794 au traité de la Jaunaye signé le 17 février 1795 dans sa deuxième phase, alors même que Maximilien Robespierre était mort depuis le 28 juillet 1794 ?

L’émission ignore les réalités les mieux établies par le travail des historiens : jamais Robespierre n’a commandé la « destruction » de la Vendée. Il n’a d’ailleurs jamais pris spécifiquement position sur le sujet lors de ses interventions à la tribune de la Convention. Cela, le téléspectateur ne le saura pas. C’est même l’inverse. Pour ceux qui ont fabriqué cette
émission, il faut encore alimenter, avec des approximations et des affirmations péremptoires, la légende noire antirobespierriste de l’extrême-droite monarchiste.

Mais, notre indignation ne vient pas seulement de ces violentes charges, sans aucun fondement sérieux, portées contre le personnage emblématique de Maximilien Robespierre. D’un certain point de vue, hélas, nous avons l’habitude.

Nous protestons avec force car c’est la Révolution française elle-même qui est calomniée au cours de cette émission. Comment, en tant que citoyen français, avez-vous pu laisser se répandre les insinuations selon lesquelles la Révolution, ses armées et ses principaux dirigeants, annoncent le nazisme et Adolf Hitler ? Etes-vous négationniste ? Comment avez-vous pu laisser - un journaliste, animateur de l’émission – rediffusée trois fois - conclure avec beaucoup d’aplomb que les armées républicaines dirigées par Turreau « préfigurent les Einsatzgruppen » nazis ? C’est intolérable.

La plupart des historiens étudiant la Révolution française sont indignés par ce genre d’amalgame et par les nombreuses fausses affirmations proférées lors de cette émission. De nombreux articles ont été publiés sur des sites scientifiques et universitaires pour en dénoncer les mensonges et falsifications. Deux des meilleurs spécialistes de la Révolution française, tous deux professeurs d’Université, dans une tribune qu’ils ont publiée, ont même qualifié cette émission de « splendide leçon d’anti méthode historique ».

Ce n’est pas tolérable ! Nos concitoyens, et notamment les jeunes générations, ont droit à un service public de qualité qui ne travestit pas notre Histoire nationale en donnant la parole à des théories fumeuses, totalement marginales. Pour arriver à ces comparaisons et parallèles aussi stupides qu’ignobles, le vocabulaire inadapté de « génocide vendéen » fut plusieurs fois utilisé à la fin de l’émission pour décrire les évènements tragiques qui se sont produits entre 1793 et 1795, et même plus tard d’ailleurs.

Ce concept bricolé de « génocide vendéen », uniquement utilisé par quelques provocateurs à des fins polémiques et politiques pour salir la République, n’est pas acceptable. Ce terme de « génocide » est clairement, dans le cas historique présent, rejeté par l’immense majorité des historiens et des universitaires qui ont étudié cette période et cette question. Chacun a compris qu’il vise à assimiler par des raccourcis et des approximations, les effets terribles d’une guerre civile, qui a coûté la vie directement ou indirectement à un nombre de personnes compris entre 120 et 170 000, avec la volonté délibérée des responsables nazis d’éradiquer la totalité des juifs d’Europe, ce qui coûta la vie à 6 millions de personnes, durant la seconde mondiale en raison d’une idéologie antisémite. Ce genre d’approximation est une véritable incitation au relativisme et par conséquent au négationnisme.

La spécificité et l’ampleur du génocide qu’ont subi les juifs d’Europe se voient ainsi relativisées, et seront à terme niées, si l’on tolère que le mot de « génocide » soit utilisé dans n’importe quels contextes et conditions historiques. A ce titre, il n’est pas étonnant que M. Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front National, qui fut un des seuls responsables politiques a considéré publiquement que « les chambres à gaz sont un détail de la seconde guerre mondiale »,soit aussi celui qui dès 1987 à déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance du « génocide vendéen ».

Plus de deux décennies plus tard, il est frappant de constater que la dernière diffusion de cette émission a eu lieu exactement la semaine où des parlementaires UMP et FN ont déposé une nouvelle proposition de loi reprenant la même proposition que M. Le Pen. Cette émission a indiscutablement servi de caisse de résonance à leurs mensonges. Nous considérons que la mission du service public n’est pas d’alimenter, en déformant l’histoire, la pire propagande de l’extrême droite française, hélas ici rejointe par des députés de droite.

C’est pourquoi nous demandons que le service public accorde un droit de réponse aux historiens et aux spécialistes reconnus de la Révolution française, pour qu’ils puissent rétablir la vérité historique à propos de la Vendée et mettre en pièce les nombreux mensonges qui ont été déjà diffusés sur France 3.

« La liberté commence où finit l’ignorance » écrivait Victor Hugo. Pour mieux bâtir le futur, une Nation de citoyens libres a droit à la vérité et à la connaissance, particulièrement au sujet de son passé et de l’histoire de la Révolution française qui subit depuis trop longtemps tant d’attaques.

Enfin, de manière plus générale, nous attendons de votre part que vous preniez toutes les mesures pour que le contenu des émissions à caractère historique diffusées par le service public, soit marqué d’un esprit de sérieux et de rigueur historique.

Dans l’attente de votre réponse, recevez M. le Président, l’assurance de nos sincères salutations républicaines.

Jean-Luc Mélenchon, Co-président du Parti de Gauche

Alexis Corbière, Secrétaire national du Parti de Gauche

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