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Réflexions du colonel Y

C’est sous le soleil du Var, non loin de la villa cannoise du Dr Hollande, père pétainiste honteux du nouveau chef de l’Etat, que Bougainville est allé rencontrer le colonel Y, immigré serbe naturalisé, héros de l’Algérie et vieux témoin de la politique française, pour évoquer avec lui les élections législatives, l’avenir de la droite et la place des chrétiens en politique.

Cet entretien est purement FICTIF, bien que le colonel Y existe, et que l’auteur s’inspire librement de ses réflexions.

Colonel Y, parlez-nous de vous.

Je suis né en 1932 à Belgrade, capitale du Royaume de Yougoslavie, dans une famille serbe, qui fut décimée lors la Seconde guerre mondiale. Après la victoire des communistes en 1945, j’ai suivi mon père dans son exil à travers la Slovénie et l’Italie jusqu’à Nice. La France était la seconde patrie des Serbes, à l’époque ! J’ai été éduqué à l’école de la République, et je me suis assez naturellement engagé à 20 ans dans les Troupes coloniales, au sein desquelles je suis allé combattre en Indochine et en Algérie. Mes supérieurs avaient noté que, à part mon anticommunisme, je n’étais pas politisé… Je me sentais pourtant proche des « Algérie-française », et ce sentiment m’a valu d’être remercié du corps des officiers en 1962. J’ai été toutefois rappelé en 1968, lorsque De Gaulle procéda à l’amnistie et à l’unité dans l’armée, en cas de riposte face à la révolte étudiante. J’ai donc pu poursuivre une carrière militaire, jusqu’au début des années 1980. A cette date, je suis entré en politique, au RPR, par opposition à la gauche au pouvoir : j’ai été conseiller de l’ombre des parlementaires et des ministres de droite jusqu’en 2002. J’ai côtoyé et conseillé Edouard Balladur, Charles Pasqua, Alain Juppé, Philippe Séguin, Raymond Barre, Philippe de Villiers et même le jeune Nicolas Sarkozy. Bien que j’aie quitté le RPR en 1999, par dégoût envers l’alignement de Chirac sur les Américains au Kosovo, puis l’Assemblée nationale, je me considère toujours comme un observateur attentif de la vie politique de mon pays.

Que pensez-vous du premier tour des législatives ?

Ce qui me frappe est bien entendu l’abstention. Un Français sur deux n’a pas voté, cela illustre fort bien la crise de la démocratie, qui a transformé le peuple souverain de notre Constitution en peuple spectateur, dépossédé de ses moyens d’expression et dépité par les élites qui le gouvernent. Le drame de la Ve République, née du rejet des partis et de leurs combinazzione, est qu’elle accouche progressivement du bipartisme, qui s’oppose à la diversité historique française, alors que ces deux partis industriels sont des machines étouffant le débat et la réflexion.

Pour ce qui est des résultats, j’observe que l’écart entre le PS et l’UMP, comme à la présidentielle, est faible. La défaite de Mélenchon confirme mon impression qu’il est un autre candidat des bobos, et non un leader populiste susceptible de voler la vedette à Mme Le Pen. Le FN me paraît d’ailleurs vivre un nouveau succès en trompe-l’œil : il est certes arrivé au second tour dans 61 circonscriptions, mais il est bien loin de son score de 1997, où 133 de ses candidats s’étaient maintenus.

La perspective d’une alliance entre la droite et le FN est-elle proche ?

Un ami industriel m’avait affirmé un jour : « Il n’y aura jamais d’alliance avec le FN, car il y a des francs-maçons à l’UMP ! ». Je ne suis pas amateurs des complots, mais le fait que des responsables à droite ont une raison suprême, personnelle et de principe pour refuser de s’approcher de ce parti fait partie de l’explication.

Pour l’instant, l’attitude des autorités de l’UMP ne montre aucun fléchissement en faveur d’une alliance, malgré les quelques désistements ici et là. La digue se fragilise pourtant de jour en jour, et, en politique, l’élection est assez vitale pour que tout se joue très vite. En 1998, les téléphones des dirigeants du FN ont sonné quelques heures après les mises en ballotage des listes RPR et UDF aux élections régionales : il est donc possible que des alliances soient nouées plus vite que prévu. J’observe que notre département du Var serait le terrain le plus propice à ces arrangements, tant la proximité existe entre la droite locale et le FN. Ce serait du reste l’aboutissement logique de trente ans de piège mitterrandien empêchant la droite de gouverner.

Anticommuniste et patriote : vous ne vous sentez pas proche du Front national ?

Je connais bien Jean-Marie Le Pen : nous nous rendons aux mêmes réunions d’anciens de l’Indochine et de l’Algérie… Plus sérieusement, le problème principal du FN reste qu’il est un parti au service d’un clan, restreint à l’entourage de ses leaders, et qui impose ses protégés du moment, sans vision politique profonde. Voyez la petite-fille adorée Marion Maréchal-Le Pen, parachutée et en tête dans une circonscription du Sud où même un caniche avec un collier « Front national » pourrait faire 30 % ! Vous me direz que les autres partis le font aussi, mais au sein du FN plus qu’ailleurs, la critique est assimilée à la dissidence.

L’orgueil et la « préférence familiale » de la direction du FN a toujours été largement contre-productive. La scission mégrétiste éclata à cause de la jalousie du clan Le Pen envers le brillant second, et priva le parti d’une génération de cadres qui lui fait toujours défaut. Auparavant, je me souviens qu’en 1998, Chirac, malgré son hostilité viscérale envers Le Pen, avait donné son feu vert à l’élection d’un président frontiste à la tête de la région PACA, en échange du soutien du FN aux listes RPR et UDF. La seule condition était qu’il devait être le maire de Toulon, Le Chevallier, et non Le Pen, discrédité et trop « visible ». Bien entendu, ce dernier n’a pas voulu céder sa place, et l’accord entre la droite et le FN n’a pas été conclu, sauf à Lyon, entre Million et Gollnisch, et dans les régions où Mégret avait ordonné de soutenir les présidents sortants, qui furent exclus de leurs formations. Il est vrai que la pression médiatique était déjà forte, à l’époque : je ris encore quand je pense à ce que l’aristocrate du « Grand Journal » Apathie écrivait dans L’Express en 1998 : le FN était, à le lire, un « danger pour la démocratie », rien de moins !

L’écho que le FN rencontre au sein de l’opinion et de la droite ne vous semble toutefois pas pertinent ?

Si, bien sûr. Le FN est aujourd’hui le parti des victimes de la mondialisation, ainsi que la piqûre de rappel que la France fait face à une crise identitaire, démographique et culturelle majeure. C’est pourquoi il est honteux qu’il soit ainsi diabolisé, et marginalisé, alors que six millions d’électeurs l’ont choisi ! Une partie de ma famille a eu à souffrir du fascisme croate et du nazisme allemand dans la Yougoslavie occupée, et je n’ai aucune leçon de bonne conduite à recevoir de la part des éditorialistes de petit pied, qui poursuivent de leur censure tous ceux qui défendent l’identité de la France et sa souveraineté. Pour la droite, le FN agit comme un miroir des idées qu’elle a abandonné, au profit du casino financier, dont l’Union européenne est un des pendants, et d’un centrisme mou qui ne dit pas son nom.

De plus, la défaite de justesse de Nicolas Sarkozy prouve que « l’école buissonière », synthèse adroite de l’UMP et du FN, est majoritaire à droite, sinon en France. Alors que ses électeurs plébiscitent un rapprochement entre les deux partis, la droite dite parlementaire ferait bien d’y réfléchir à deux fois si elle veut le rester…

Si vous étiez toujours à l’UMP, qui choisiriez-vous entre Jean-François Copé et François Fillon ?

Aucun des deux ! Ils sont animés par la même soif de pouvoir, qui les a empêché d’attendre le lendemain des législatives. L’un fut un « bébé Chirac » consensuel, l’autre un disciple de Philippe Séguin converti au pragmatisme. Je dirais que Copé est très habile, mais que Fillon a un avantage parmi les militants, ainsi que dans l’opinion. Pourtant, à mes yeux, il n’existe pas de différences entre l’un et l’autre, si ce n’est la formation politique, l’âge, la forme et le style : sur ces deux dernières nuances, plutôt que sur les idées, nous verrons qui de la bourgeoisie « vieille-France » ou des milieux d’affaires aura le soutien. Mais il y a un tel vide conceptuel chez ces deux « ténors », comme les journalistes l’écrivent !

Plus largement, la direction « humaniste » de l’UMP n’apparaît-elle pas déconnectée des attentes de ses électeurs ?

Vous faites allusion à Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et autres François Goulard… Je comprends certes leur calcul, car ils viennent d’un milieu électoral, l’Ouest de la France, qui est modéré, centriste, pro-européen et imperméable aux idées du FN. Ils sont en outre aveuglés par leur traitement médiatique, qui les pousse à la surenchère contre la « droitisation ». Toutefois, il ne faut pas sous-estimer leur appétit de pouvoir, et pour l’atteindre, ils sont prêts à passer leur brevet auto-attribué d’humanisme : c’est la jeune « NKM » qui a crée la rumeur des 700 mosquées appelant à voter François Hollande et, de mon temps, c’est notre Alain Juppé national qui écrivait le programme du RPR en matière d’immigration, qui s’inspirait de celui du FN des années 1980…

Au regard qu’offre le spectacle de la droite actuelle, peut-on encore se réclamer d’elle, ou admettre qu’elle n’existe plus ?

Qu’est-ce qu’être de droite, finalement ? « Un état d’esprit  » a pu répondre un soir Laurent Wauquiez, jeune opportuniste qui ne me semble pas être le mieux placé pour s’exprimer. Un de mes amis, qui fut préfet sous Giscard, disait qu’il s’agit d’un fait : on est de droite, comme on est petit ou brun. On peut être certes consubstantiellement de droite ou de gauche, mais Victor Hugo est bien passé de Charles X à l’extrême-gauche tout au long de son étonnante vie !

Du fait de mon histoire personnelle et de ce qui fut ma famille politique, je me considère toujours de droite, et précisément parce que cette appartenance préserve certaines valeurs immatérielles contre la déferlante de l’esprit de Mai 68 phagocyté par le capitalisme tardif, alors que la gauche n’offre aucune défense. Cependant, vous noterez que la droite actuelle surfe sur cette même vague, notamment le courant dit « libéral-conservateur », qui applaudit les causes du système économique, mais qui en désapprouve les conséquences, et en premier lieu le supermarché des mœurs.

Vous semblez très remonté contre le libéralisme, alors que vous avez souffert du communisme.

J’ai toujours été sur la même ligne qu’Alexandre Soljenitsyne, qui rejetait « à l’Est, la foire au Parti  » et « à l’Ouest, la foire au commerce  ». Il s’agit dans les deux cas d’un matérialisme qui asservit l’homme au nom de son émancipation. Je ne pensais pas voir si vite la chute de la dictature marxiste en Europe ni la remise en cause, après deux petites décennies de « nouvel ordre mondial  » et de coca-cola, du système libéral-financier par la crise mondiale et la montée des contestations populaires : comme sous l’étoile rouge, je pense que le combat sera long, mais c’est celui de toute une vie, contre les idoles, qu’elles soient politiques ou économiques.

Quel est votre regard, en tant que chrétien, sur l’engagement de l’Eglise dans la Cité ?

C’est une question délicate et personnelle. Je suis effectivement chrétien, j’ai été baptisé en la cathédrale Saint-Michel de Belgrade, selon le rite orthodoxe. Quand j’ai émigré en France, mon intégration dans une nation catholique n’a pas annulé mon baptême : je suis un fils de l’Eglise établie par le Christ, et je puise mon oxygène au sein de ses deux poumons, celui d’Orient et celui d’Occident, en allant tant à la Fête-Dieu qu’à la Divine liturgie de Pâques. Depuis ma première messe latine, à la basilique Sainte-Clotilde, à Paris, j’ai vu de tout dans l’Eglise de France. Après toutes ces années, je regrette de le dire, mais je crois que le péché originel des catholiques français en politique, c’est la naïveté. Leur comportement électoral a certes changé au cours du temps, mais aujourd’hui, j’ai le sentiment que deux tendances prévalent parmi les fidèles pratiquants, et je dirais conséquents, voulant mettre leur foi en actes : d’un côté, l’aspiration à rallier un certain ordre établi, au nom du « réalisme » ou par réflexe social, et de l’autre, la radicalité poussant à voter pour le FN.

J’avoue que sur les sujets sociétaux, la droite est la mieux placée pour rejoindre les préoccupations des chrétiens. En revanche, la justice sociale n’est pas autant défendue qu’à gauche, ce qui doit modérer leur enthousiasme. Moi qui espérais la réélection du président sortant, j’ai été choqué par l’agitation de certains abbés versaillais avant le second tour, écrivant que c’était quasiment un péché de ne pas voter pour le candidat dont le nom commençait par un « S »... A quoi cela rimait de faire apparaître les catholiques comme militants d’un mouvement en particulier, et qui plus est, d’un régime à l’agonie ?

En fin de compte, les chrétiens sont fondamentalement libres dans leurs choix politiques. L’important est que le Christ, son amour et son message pour le monde, qu’il a transmis à son Eglise, soient la boussole de leur vote. Nous n’avons pas besoin d’un parti catholique, mais de catholiques partout ! C’est ce que l’Eglise nous commande : ne pas nous constituer en groupe homogène, mais rayonner à travers la société dans toute sa diversité, et surtout pas de créer un lobby supplémentaire, en l’enrobant de mots creux comme « Cité », « religion de l’Incarnation », « points non-négociables » et autres ! Regardez les législatives : cela ne vous frappe pas que les candidats labellisés « 100 % catho », « pro-famille » ou je ne sais quoi, aient mordus la poussière ? La sympathique chrétienne-démocrate Marie-Joëlle Guillaume a réussi l’exploit d’atteindre les 1 % dans la Nièvre, tandis que Christian Vanneste a été éliminé à Tourcoing, lui que certains voyaient déjà comme un futur leader d’envergure des catholiques !

Le salut passe par l’Eglise, dont la voix prophétique va continuer à résonner pendant les années à venir, pour défendre la dignité humaine et la loi naturelle partout, et non dans un sens unique. Les catholiques ont la chance d’avoir une liberté et une hauteur de vues que n’ont malheureusement pas les Eglises orthodoxes, qui sont trop proches des régimes en place dans les Balkans, en Ukraine et en Russie.

Une partie des catholiques reproche cependant à l’Eglise de France sa tiédeur, voire sa compromission avec la société moderne.

Hélas, il y a une tentation chez certains de mépriser les évêques, pour des raisons politiques et surtout épidermiques, alors que c’est une atteinte à la notion même de notre foi : là où est l’évêque, là est l’Eglise ! Je me tiens au courant, voyez-vous, et ce que je lis sur certains sites me scandalisent. On y trouve des sortes de « Gala épiscopal  » ou de « Paris-Match » des sacristies, avec leur lot de calomnies et frustrations, et cela fait un mal terrible aux jeunes, qui s’abreuvent d’Internet et qui cherchent à se former dans leurs croyances et leurs idées. De plus, cette galaxie numérique met un point d’honneur à présenter le libéralisme économique et la solidarité active avec les mouvements identitaires comme des dogmes de foi, d’où la confusion…

Vous critiquez la tentation identitaire chez les catholiques, pourtant la Serbie, nation orthodoxe, a lutté pendant des siècles pour défendre son identité, notamment contre l’islam ottoman.

Il faut d’abord faire la distinction entre l’islam en tant que religion et l’islam en tant qu’outil mis au service d’ambitions politiques. Le culte musulman est prosélyte et a tendance à s’imposer par la force, nous le savons, mais ses fidèles peuvent être contenus par une autorité forte, comme c’est le cas en Russie hors du Caucase, ou professer un islam libéral, comme la plupart des musulmans de France : dans ce deuxième cas, c’est une différence de degré de religiosité, non de nature, et cela n’enlève rien de la menace d’un islam conquérant.

D’un autre côté, ces mêmes adhérents, s’ils se retrouvent majoritaires, peuvent ressentir le désir de prendre le pouvoir, indépendamment de la religion, par basse pulsion humaine. Voilà la tragédie du Kosovo : les Albanais musulmans sont devenus les plus nombreux, et ils se sont donné les moyens, avec la bénédiction de l’Occident, d’être leurs propres chefs, achevant un remplacement de population de plusieurs siècles. Bien qu’il y ait des éléments islamistes parmi les Kosovars, l’islam est moins le fondement de leur lutte antiserbe que les intérêts mafieux, politiques et égoïstes de leurs dirigeants, ainsi que les visées géostratégiques de leurs parrains. Or nous avons déjà en France des petits Kosovo en puissance, notamment en Seine Saint-Denis, où des changements démographiques sont à l’œuvre.

Vous m’interrogiez cependant sur la défense historique de l’identité serbe. Les Balkans ont une longue tradition de sentiment collectif, bien avant l’invention des termes « nation » ou « patrie ». En Serbie, le peuple s’est fondé avec le christianisme orthodoxe. Sous l’occupant turc, qui imposait l’islam par la violence, l’Eglise a été l’assurance-vie de l’âme serbe, comme en Grèce, d’ailleurs. Lorsque l’épée a été tirée, il s’agissait d’une lutte légitime car pauvrement humaine : c’étaient le village, la liberté, l’intégrité physique et morale qui étaient en jeu.

Je ne souhaite pas transposer ce schéma en France car il est incompréhensible pour les Français. Notre pays a une autre histoire que celle de la Serbie, et ce qui s’y passe n’est pas une invasion et une occupation d’étrangers, quoique les flux migratoires non-maîtrisés soient à terme dangereux, mais une tension générée par la présence de millions de musulmans, qui sont Français depuis trois générations, autour de leur culture religieuse et des incivilités que leurs enfants commettent. Or, et c’est le cardinal Vingt-Trois qui le répète, appeler à la guerre civile contre eux compromet le dessin de les ancrer pleinement dans le corps national français, et travaille en réalité avec l’extrême inverse, le laxisme naïf et la collaboration pro-islamiste des médias et des autorités, de droite comme de gauche, qui bloquent l’intégration républicaine.

En définitive, ce n’est pas l’islam qui me fait peur, mais l’abandon de la France à être la France, et le trouble qui règne chez les chrétiens : nous devons offrir à nos concitoyens musulmans, ou non d’ailleurs, une générosité et une ouverture digne de l’Evangile, ainsi, et j’insiste là-dessus, qu’une proclamation énergique et audacieuse de Jésus-Christ. C’est d’abord notre mission, et c’est aussi une chance historique à saisir, alors que de nombreux musulmans qui se convertissent au christianisme chez les évangéliques. A Dieu ne plaise, si un jour nous devons défendre notre liberté contre toute forme d’agression, alors que le dialogue n’est plus possible, nous nous battrons, mais c’est une perspective à ne pas souhaiter, et nous devons d’abord batailler pour qu’elle n’arrive pas.

L’Eglise a-t-elle manqué une occasion historique avec le Ralliement prôné par Léon XIII ?

Certains regrettent qu’elle n’ait pas cherché à transformer l’essai, en encourageant la formation d’un mouvement politique chrétien, comme il en existe ailleurs en Europe. Un moine dominicain me faisait récemment la réflexion que l’Eglise a toujours dénoncé la moindre tentative politique s’affichant publiquement catholique, tant avec le Sillon de Marc Sangnier qu’avec l’Action française de Charles Maurras. Toutefois, le clergé était dans son rôle pour prévenir les risques de manipulations de l’institution et des fidèles, surtout lors de la deuxième tentative. Pour répondre à votre question, je pense donc que le Ralliement, décrié à grand renfort d’anachronisme, a fait plus de bien que de mal, car il a permis, à l’époque, de renforcer la droite modérée contre les radicaux, qui faisaient de "l’anticatholicisme" leur cheval de bataille. On est donc en droit de penser que cette décision de Léon XIII a retardé de plusieurs années l’offensive laïque du début du XXe siècle. Du reste, je me demande bien à quoi ressemblerait l’Eglise aujourd’hui si elle était restée dans une opposition dogmatique face à la République… Remarquez, nous avons déjà des sectes de cette veine en France pour nous dissuader d’un tel raisonnement.

Si François Hollande vous confiait un ministère, lequel demanderiez-vous ?

Vous me flattez, et me faîtes beaucoup rire, mais sans hésiter, « moi, ministre  », je réclamerais le Quai d’Orsay. La cuisine y est fine, les dorures impressionnantes et le quartier très agréable… J’y essaierais de renégocier, non seulement le pacte budgétaire, qui se substitue au contrôle des parlementaires, mais aussi l’ensemble des dernières « avancées » européennes qui nous ont privé de notre souveraineté, soient les 17 000 textes communautaires non-amendés par le Parlement qui encombrent notre corpus juridique… Je mènerais la bataille, avec des députés de gauche comme de droite, pour que le Conseil constitutionnel, à l’image de son confrère allemand de Karlsruhe, déclare le peuple français et ses représentants seuls juges de leur destin. Je dénoncerais en outre la Charte européenne des langues minoritaires, qui délecte quelques Bretonnants rêvant d’une chouannerie reconstituée, mais qui émane de la Hongrie nationaliste, dont l’ethnicisme magyar est une menace pour l’Europe, parole d’immigré balkanique !

Je m’efforcerais de m’éloigner de la tutelle américaine, sans attendre la réciprocité et l’égalité de traitement qui n’arriveront, pour l’instant, jamais de leur part. Enfin, je chercherais à renouer avec la grande histoire de la plus grande France, dont la générosité, le prestige et l’audace furent admirés dans le monde entier. Les instituts culturels et le parc aérien de l’armée française ont la même importance dans cette exigence de rayonnement. Pour m’aider, j’appellerais mon ami Hubert Védrine, véritable expert géopolitique et authentique socialiste. Car la réalité est la même pour tous.

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