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Ne nous laissons pas entrer en tentation les uns les autres…

26 novembre 2013 Contributeurs extérieurs

Après notre mobilisation et, il faut bien l’avouer, nos échecs répétitifs dont le dernier nous est infligé par le Conseil Constitutionnel, nous pourrions être tentés par un repli sur nous même, sur notre immédiat quotidien, en imaginant que tout est déjà joué et perdu, et que jamais nous ne pèserons assez pour imposer une vision de la chose publique et de sa gestion compatible avec l’éthique chrétienne. Remettre l’homme et sa dignité au cœur de la décision politique et des choix de société n’est pas à l’ordre du jour et qui sommes-nous pour tenter de bouleverser cet agenda ? La date de péremption des mandats de nos élus n’est pas échue, alors circulez M’sieurs Dames, il n’y a rien à voir !

Oui, la tentation du découragement est une option. Simplement attendre les prochaines élections pour dire à ce pouvoir que l’on ne veut plus de ses manières totalitaires, de son idéologie consumériste et libertaire. Ou même se dire qu’il n’est pas d’alternative crédible, tant tous les partis actuels sont englués dans des idéologies surannées et/ou des querelles d’égo des caciques et/ou des compromissions délétères. Il est indispensable que nous luttions contre ces tentations de baisser les bras qui viennent ou viendront nous perturber, ce jour ou un autre.

Je cours presque sérieusement depuis un peu moins de 5 ans : j’ai le privilège de pouvoir le faire dans un cadre idéal, sur les sentiers du Golfe du Morbihan. Au début, c’était une histoire de « chiche qu’on est cap’ » avec mon premier fils et j’en suis aujourd’hui à mon 4° semi-marathon couru, et j’espère pouvoir boucler mon premier marathon dans un an, sans être ridicule. Je n’ai bien sûr aucune ambition de podium, juste envie de pouvoir dire que je l’ai fait, à mon allure de vieux diesel fatigué et pas bien nerveux.

Si j’ai bien compris, trois paramètres sont essentiels. Il me faudra maîtriser pour franchir la ligne d’arrivée 42 195 mètres plus loin mon souffle, ma douleur et ma volonté. Ce qui me permettra d’y parvenir, c’est l’entraînement rigoureux et assez fréquent pour capitaliser sur chaque acquis.

Mais pourquoi vous narrer mes prétendus exploits sportifs ici ? J’y arrive…

Nos échéances sont lointaines : le coup d’envoi a été donné il y a peu et la ligne d’arrivée, nous ne la voyons pas, et nous pouvons juste en rêver en nous concentrant sur notre course. Premier paramètre, le souffle. Pas de miracle ici, il faut l’économiser, ne pas partir trop vite ni trop fort : la ligne d’arrivée est loin, très loin, alors gardons-nous de toute impétuosité qui ne serait pas indispensable : les overdoses d’adrénaline en début de course se paient à crédit, dans les dernier kilomètres, mais avec un taux d’intérêt usuraire qui ferait rougir d’envie le plus cupide des financiers.

Les coups (au physique ou au moral) que nous avons pris, les abus de pouvoir et atteintes à nos droits fondamentaux dont nous sommes les victimes, les décisions iniques qui s’imposent désormais et ont force de loi dans notre pays, les dénis et les mépris que nous constatons sont comme les chocs de chaque foulée contre la chaussée, qui font remonter du pied à la tête la douleur pour irradier le corps entier. Nous avons subi, nous subirons, et ce que nous subirons sera encore et toujours plus douloureux, à cause de la fatigue et de la douleur accumulée depuis le début de la course. F. Nietzsche nous aide : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. »

La volonté enfin, dernière dans la séquence, mais pas dans l’importance. C’est elle qui permet au marathonien de franchir les derniers kilomètres, elle lui donne les forces qui lui font défaut, elle anesthésie sa douleur. C’est elle qui nous permet de dire NON à la tentation de cesser de courir, d’arrêter de se faire mal pour enfin se reposer. Savons-nous ce que nous voulons ? Sommes-nous assez fermes et résolus ? La réponse est, bien sûr, propre in fineà chacun.

L’entraînement n’est qu’un moyen rébarbatif, mais il est essentiel pour mieux gérer plus de souffle, mieux supporter plus de douleur et affermir notre volonté, la polir contre la rugosité des faits. Les formes de nos « entraînements » sont multiples : militantisme politique, engagement associatif, veilleurs, sentinelles, prière, etc … quels que soient nos charismes, nous trouverons celle qui nous convient, ou celles qui nous conviennent si le cœur nous en dit ! Mais c’est hic et nunc et semper qu’il faut se bouger le popotin, sortir dans le froid et enfiler des kilomètres après d’autres kilomètres. Un marathon, c’est beaucoup plus de 42 195 mètres !

J’ai juste envie d’insister sur 3 choses qui me semblent indispensables :

1) Jouons collectif – c’est le clin d’œil du titre de mon billet. Nous ne sommes pas tous seuls, et si l’un de nous vacille, ceux d’à côté doivent être là pour l’aider à reprendre sa place dans la course, à réguler son souffle, à mieux supporter sa douleur, à se redire qu’il est capable d’aller jusqu’au bout. Cela veut aussi dire qu’il faut passer sur les détails qui nous divisent pour mieux se focaliser sur l’essentiel qui nous rassemble. Tous ceux qui franchissent la ligne d’arrivée sont les « gagnants » du marathon, et plus il y en aura, plus nous serons heureux d’oublier ensemble nos douleurs et nos fatigues.

2) Adhérez tous à la Manif pour Tous (si ce n’est déjà fait) : c’est notre vaisseau amiral, il est indispensable de lui donner les moyens de son action, et en premier lieu la légitimité. Nous sommes dans un pays gouverné par des partis politiques quasi-vides, où des syndicats où adhèrent à eux tous 7 % du monde du travail se prétendent représentatifs, où la cooptation permet à une oligarchie de conserver sans partage son pouvoir. Donnons une légitimité pérenne à ceux qui ont fait sortir dans la rue bien plus d’un million de personnes.

3) Formons nous, ensemble ou individuellement, mais ne cessons pas de nous former, pour que notre volonté soit encore plus ferme et notre compréhension des enjeux plus éclairée.

Un p’tit marathon ensemble, ça vous dit ?

Reemseks

26 novembre 2013 Contributeurs extérieurs

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