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« Morts pour un pays de kouffars »

Il y a des évènements et des personnes qui illustrent, à eux seuls et pour le meilleur comme pour le pire, l’état d’une époque, d’une société, d’une culture ou d’une Nation. La récente nouvelle selon laquelle, le rappeur Black M a été désigné par les plus hautes autorités du pays pour clôturer les commémorations du centenaire de la bataille de Verdun en est un parfait et bien triste exemple.

En effet, sur les lieux même qui ont vu vaincre et mourir tant de nos Pères, sur une terre gorgée du sang, de la sueur et des larmes de tant de nos aînés, se produira ce que notre époque, justement, produit. Le décalage flagrant qui nous saisit alors, une fois passés le profond dégoût et la honte indicible que suscite une telle nouvelle chez tout patriote, nous en dit bien plus sur notre temps et notre monde qu’aucun article ou ouvrage ne saurait le faire. L’intéressé lui-même, que je n’ose pas qualifier d’artiste cela va sans dire, présente la chose de façon à la fois complètement désinvolte, assurant les sceptiques « qu’on va s’amuser », mais également tout à fait conforme à l’esprit du moment et à la pensée dominante. On ne pouvait d’ailleurs rien attendre de plus d’un tel personnage, lui qui qualifiait dans une de ses « œuvres » en 2010 la France de « pays de kouffars », comprenez de mécréants. Haine de la France, de sa culture et de son histoire, matérialisme exacerbé et vénalité outrancière, pour aboutir à la vacuité, rien de mieux en effet pour commémorer l’une des plus grandes batailles de l’Histoire et rendre hommage à près de 300 000 morts Français et Allemands.

La légèreté est de rigueur, le divertissement obligatoire et la joie imposée, et ce jusqu’entre les tombes de nos soldats. L’ossuaire de Douaumont devient le décor pour l’Homo Festivus que décrivait Philippe Muray, tandis que la tranchée des baïonnettes est ravalée au rang de support marketing. Le post-humain est quelqu’un qui se croit libéré des dettes que ses ancêtres pouvaient avoir envers le passé et qui file sur ses rollers à travers un réel dont la réalité ressemble à du carton-pâte (parc d’abstractions) écrivait encore le célèbre essayiste. Le passé est en effet trop lourd, l’exemple des Poilus trop pesant, le souvenir d’un certain patriotisme trop exigeant, il faut donc oublier, s’enivrer de bacchanales branchées et s’exalter de slogans sur le vivre-ensemble et la fin de l’histoire. Le décalage est encore plus flagrant lorsque l’on interroge le maire socialiste de Verdun et que ce dernier s’étonne de la polémique qui enfle, lui qui a accordé une généreuse subvention pour l’évènement.

À l’occasion de ces trop rares évènements devant rassembler tous les Français sous leur drapeau, des politiciens au rencart, cédant au jeunisme et à la facilité, trouvent encore le moyen d’abaisser la Patrie. La crise culturelle et identitaire, pour ne pas dire la fracture, atteint ainsi une nouvelle étape et éclate aux yeux de tous. À Saint-Mihiel près de Verdun, lors de l’offensive du printemps 1915, l’adjudant Jacques Péricard du 95e Régiment d’Infanterie, encerclé avec sa compagnie et sous le feu de l’ennemi, avait lancé son fameux : « Debout les morts ! » À nous d’essayer de nous en montrer dignes.

Loricatus Miles

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