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Matin rose : la dérive fasciste de la gauche française

« Par mesure de précaution, on avait pris l’habitude de rajouter brun ou brune à la fin des phrases ou après les mots. Au début, demander un pastis brun, ça nous avait fait drôle, puis après tout, le langage c’est fait pour évoluer et ce n’était pas plus étrange de donner dans le brun, que de rajouter putain con, à tout bout de champ, comme on le fait par chez nous. Au moins, on était bien vus et on était tranquilles. »

Franck Pavloff, Matin brun

Qui n’a pas gardé en mémoire ce récit glaçant ? Enfants, nous l’avons tous lu. En quelques pages enlevées, Franck Pavloff expose au regard naïf la montée d’un régime autoritaire qui commence par interdire certains animaux de compagnie, certaines opinions et, bientôt, certains individus. Le héros, pris dans le tourbillon, détourne les yeux, avant de le regretter amèrement, son tour venu.

Méditons la leçon et ne détournons pas le regard. Ces derniers mois, nous avons été nombreux, simples citoyens « actifs », à ressentir une gêne dans le débat public, sans pour autant parvenir à l’identifier. Le temps d’une insomnie, j’ai essayé de faire preuve de méthode. Attrapant de-ci de-là les quelques éléments qui flottaient encore dans mon esprit brumeux, j’ai reconstitué le puzzle de la machination à l’œuvre. Nous la contemplons incrédules, inconscients, impuissants. Mais elle, elle entend bien s’occuper de nous. Entendez-vous le bruit des bottes ? Voici venir l’aube rose.

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Retranché derrière mon écritoire informatique, j’ai été contraint de faire de cet écran, fenêtre grande ouverte sur le monde, une meurtrière. Qui prend part au débat public accompagnant la loi instaurant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels a pu mesurer la violence des propos. On n’échange plus des arguments mais des insultes. On ne s’attaque plus à des idées mais à des personnes. Tout opposant à cette loi se voit renvoyé à son introspection : arrière, catholique ! Arrière, rétrograde ! Arrière, homophobe ! Combien, croyant simplement faire progresser en bonne intelligence la réflexion publique, sont tombés, surpris, sous le tir de barrage de la gauche ?

À ceux qui, par fierté mal placée, oseraient soutenir le feu, les sections de gauche ont une réponse toute trouvée. Depuis l’antiquité, les techniques n’ont pas varié. Là où l’on projetait d’un coup de trébuchet, par-dessus la muraille, les têtes des malheureux prisonniers « raccourcis » afin de dissuader les derniers défenseurs, les militants modernes balancent à tout-va les corps des déportés. Triangle rose, triangle noir, racisme, propos digne des heures les plus sombres de notre histoire, Vichy : tout est bon pour semer la terreur dans les rangs des opposants et les réduire au silence. Cette technique a été identifiée, on lui a donné pour nom le terrorisme intellectuel. Il s’agit, dans une sorte de variante de la tactique du salami, mise au point par la police politique soviétique, d’associer progressivement tout propos divergeant au mal absolu, c’est-à-dire, dans nos sociétés occidentales contemporaines, le traumatisme du génocide juif. Et les jeunesses socialistes de placarder des affiches de Nicolas Sarkozy grimé en Adolf Hitler. Au fur et à mesure s’insinue dans la société l’idée que tel propos, telle opinion, tel individu est infréquentable, honteux. Discrédité, le paria s’efface et dissuade les autres dissidents potentiels de s’exprimer publiquement. Une chape de plomb s’abat sur l’espace public. La Terreur.

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La terreur intellectuelle a du charme mais elle ne dissuade pas les plus coriaces dissidents. Le problème a été identifié : si le processus de redressement ne va pas suffisamment vite, une utilisation habile des lois et de l’appareil judiciaire permet de passer à la brutalisation morale, si ce n’est physique — puisque l’on s’en prend bien aujourd’hui, devant les tribunaux SM, au porte-monnaie des gens, pourquoi pas demain à leur liberté ? La méthode est radicale mais efficace. On la réserve au paria qui oserait encore l’ouvrir, au rebelle armé, tel La Rochejaquelein, immortel, qui refuserait obstinément de penser et d’agir comme l’ordonne l’État socialiste. Ces récalcitrants assumés, avérés ou potentiels, sont du reste méthodiquement identifiés, recensés et localisés par le mouvement d’encadrement des jeunes, le MJS, dont les commissaires politiques se proposent d’offrir à chaque camarade la possibilité de dénoncer sur une carte interactive les « dérapages » — le mot fait frémir — des opposants à « l’égalité pour tous ». Quand ils se rassemblent dans la rue, comme ce fut le cas le 5 mai dernier, on lance sur eux les Harpies des temps modernes, ces militants LGBT qui se signalent par leur intolérance et leur outrance, comme ils le firent le 10 décembre 2012 à Rennes en tentant d’empêcher par la force un débat public. De véritables sections d’assaut. L’appareil répressif est rôdé.

Mais l’utilisation de la matraque ne se limite pas à ce projet de loi, loin s’en faut ! Les médecins ne sont pas d’accord avec telle interdiction que l’on suggère ? Avant même de débattre la menace est brandie : s’ils persistent, il seront déconventionnés, rayés de la carte. Des chefs d’entreprises licencient ? Avant même d’essayer de comprendre pourquoi ils en arrivent là — probablement un simple plaisir sadique, pensez-vous — le ministre Sapin nous explique fièrement qu’il va les en dissuader en rendant le coût du licenciement encore plus important. Nous allons voir ce que nous allons voir ! Gare à qui se dresserait sur la route du pouvoir socialiste ! Soyons-en conscients, la violence se retrouve à tous les niveaux, elle est d’une intensité croissante, elle est organisée. Nous voici bientôt revenus à l’âge médiéval et à son cortège d’exactions. Hommes civilisés, protégez votre art, bâtissez des châteaux forts !

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Le régime n’oublie cependant pas qu’il est de gauche et qu’à ce titre il se doit de préférer la prévention à la répression — n’a-t-on pas toujours expliqué aux plus modérés que la dictature socialiste n’était qu’un cheminement nécessaire vers le communisme heureux ? Sournoisement, le contrôle des masses s’organise par la propagande et la « kaporalisation » des médias. Ainsi des chiffres des manifestations, éhontément manipulés. Ainsi des comptes-rendus ubuesques où l’agresseur LGBT devient la victime de familles défilant sous les injures. Ainsi de Politis, presse prétendue sérieuse que l’on positionne en bonne place dans les rayons de nos bibliothèques universitaires, et qui prétendait il y a encore peu recenser « les propos racistes de l’opposition ». Que les étudiants lisent donc cette Pravda, ils y sauront tout ce qui est nécessaire à la bonne réussite de leur cursus. Certains d’entre eux iront grossir les rangs des suppôts du régime qui défendent la politique du parti à longueur d’articles. Après tout, comme l’a enseigné le grand Salvador Allende, « martyr du fascisme ultra-libéral », le devoir suprême d’un journaliste n’est pas de servir la vérité, mais la révolution. Le militantisme socialiste a ses raisons que la morale ignore.

Pour modeler les esprits à la perfection, ces idéologues ont entrepris une méta-rééducation par la modification du langage, c’est-à-dire la conceptualisation même du monde. Insidieusement, on nous apprend à ne plus employer certains termes devenus « politiquement incorrects ». Le régime supprimera le mot « race » de la constitution, pour éradiquer jusqu’à l’idée même de racisme. Demain, l’Académie de la novlangue effacera des ouvrages le mot « sucre » au nom d’une salutaire politique de santé publique. Vous ferez peut-être remarquer qu’au rythme où va le processus de rééducation idéologique, nous serons probablement très rapidement tous très maigres. On vous accusera de faire du mauvais esprit, d’être du côté de l’obésité, donc du capitalisme consumériste, l’allié du nazisme judéophobe ! Si vous craignez au contraire que la réforme du langage traîne en longueur, rassurez-vous ! L’avant-garde de la révolution pour tou-s-tes avance ses barbarismes — pardon, « la nécessaire évolution d’une langue vivante » — sans finesse et sans tergiverser. Il faut bien écraser ces derniers carrés de réactionnaires phallocrates à la syntaxe bourgeoise et ostensiblement genrée. Libérons les plumes de la férule des encriers ! Ékrivons san entrav !

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Si l’opposition n’ose plus s’exprimer, et si la Plaine est invitée à se ranger, consciemment ou non, à l’ombre de la Montagne, alors la compétition électorale cesse d’être un enjeu. L’expression démocratique ne disparaît pas, elle prend simplement un nouveau sens — car souvenez-vous que la langue évolue. À quoi bon donner la parole au peuple sur un projet de « changement de civilisation » ? Le référendum a des relents plébiscitaires qui ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire. À quoi bon laisser la liberté de vote aux députés du socialisme, puisqu’ils n’ont pas à penser différemment du parti ? À quoi bon laisser s’organiser un débat public sur l’avenir de la ville de Rennes, puisque le soviet local a déjà désigné son candidat pour remplacer le camarade démissionné ? Le terrorisme et l’embrigadement permettent le contrôle de la technostructure et l’organisation, depuis la base des comités de quartiers jusqu’au sommet de l’Élysée, du régime du parti omnipotent. Pour verrouiller son système et en assurer la survie, on distribue les hochets à ses amis écologistes et les places à ses séides les plus veules, pourvu qu’ils aient montré patte rose.

Ces efforts répétés, cohérents et réfléchis font système, camouflés derrière le discours lénifiant du Bien : le parti du progrès et de la tolérance entend rassembler les Français — pardon, les citoyens du monde — selon la grande doctrine édictée au Bourget par le camarade-candidat à la présidence des bisous. En stigmatisant les forces obscures de la division, les idéologues de la communication on poussé à un rare degré d’expertise l’art de la prétérition. Ruse du système qui entend encadrer et orienter la vie des individus afin de garantir le « bien commun » ! Depuis la reproduction des hommes jusqu’à leur mort par euthanasie, en passant la filiation, le choix du genre, l’enseignement de la morale socialiste à l’école, l’organisation collectiviste du travail, l’âge de départ à la retraite ou l’exercice (ou non) du droit de vote, l’État socialiste assurera leur bonheur malgré eux. Votre bonheur, malgré vous. Grâce à votre participation — active ou passive, on ne se formalise pas de vos orientations en Normalie pour tous —, nous mènerons ensemble ce dessein total, parfait, celui de la correction d’un monde qui sera demain uni dans la tolérance. Nous collaborons à un projet extraordinaire, la naissance d’un homme nouveau : l’homme rose.

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Oui, un homme nouveau. On frissonne. Avec son recours systématique à la violence, son entreprise de contrôle des masses et sa volonté de pouvoir absolu, le régime socialiste se pare de tous les atours d’un système fasciste méticuleusement mis au service d’une ignominie : l’entreprise totalitaire de l’homme rose. Face à cela, notre salut de dissidents passera par une résistance ardente et farouchement déterminée. Si, par élémentaire précaution, nous avons pris l’habitude de rajouter « pour tous » à la fin des phrases ou après les mots, sachez, tyrans, que vous nous trouverez partout, tout le temps, en travers de votre route rose pour tous ! Pied-à-pied, nous préserverons chaque berceau des affres de l’anonymat, nous inculquerons à chaque enfant les canons de son sexe, nous soustrairons chaque écolier à vos influences maçonniques, nous défendrons la liberté d’entreprise de vos griffes bolchéviques et nous combattrons côte-à-côte, avec chaque citoyen Français, souverain, contre votre cinquième colonne électorale ! Arrière, marauds ! Tremblez ! Vos projets démiurges trouveront, sur nos crânes butés, la rugueuse masse qui, naguère, arrêta net l’ascension folle et barbare du sinistre Passmoilcric. J’ai dit.

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Cher ami de gauche, si tu as bravé le titre de ce papier, j’honore ta curiosité. Si tu es parvenu jusqu’à ces lignes, je te félicite. Et si tu as tout pris au pied de la lettre, alors j’hésite : dois-je te renvoyer séance tenante à ton autocritique afin que tu abjures tes penchants totalitaires ? Ou bien t’inviter à reconsidérer le niveau de lecture de ce papier ? Ne me juge pas trop sévèrement, va, et goûte plutôt l’humour : vois, au terme de cet exercice mimétique non-surjoué, à quel point les procès en sorcellerie, assaisonnés d’insultes et de considérations fumeuses, peuvent irriter la raison. Or sans elle, plus de débat policé, plus d’échange, plus de démocratie ! L’équilibre précaire de la paix civile cède à la loi du plus fort et le bruit des bottes commence à se faire entendre. Doit-on laisser faire en détournant le regard ? Certainement pas. C’est pourquoi nous fourbissons nos lames. Ici, cher ami, on n’a pas l’intention d’être bien vu pour rester tranquille. Mais on espère ne pas avoir à te passer par le fil de l’épée : hors de question de faire de l’aube rose une aube rouge « pour tous ».

H de K

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