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Mad Max, dernière victime de la supercherie féministe

À peine sort-on de chez soi pour savourer deux heures de course poursuite meublées de voitures qui explosent, de tuning steampunk et de guitares au kérosène, que l’on est assailli par la nouvelle lubie de Mademoizelle.com : Mad Max Fury Road serait d’un bout à l’autre un vibrant plaidoyer féministe.

Le Kulturkampf continue

Instrumentaliser une représentation populaire, la triturer, la manipuler, la fausser, en expliquer la signification avec le filtre idéologique de la vulgate en vigueur, ces méthodes nous sont connues. Les idéologies faibles doivent être emmurées d’images, de sentiments, de chair et de sang pour se donner un semblant de crédibilité. C’est exactement ce qui est en train de se passer avec le film à succès du moment. On peut croire que le sujet n’en vaut pas la peine, mais l’empire des idéologies délétères sur ce qu’on appelle la culture, c’est-à-dire l’univers des arts, des lettres et du « divertissement » est un obstacle prépondérant à une pensée sereine. Le féminisme moderne, qui ne cesse d’invoquer une lutte des sexes mortifère, en a encore fait la démonstration. Partout, on parle déjà du féminisme de Mad Max comme de la douceur de l’agneau...

Si le féminisme revient à se battre contre l’idée de la femme-objet, l’exploitation industrielle des ventres, la séquestration et le viol de jeunes filles, alors certes, il se pourrait que ce film soit féministe. Cela dit, les féministes se battraient-elles maintenant pour la loi naturelle et la dignité des faibles ? Cela ne les a jamais intéressés. On ne voit pas pourquoi ce serait soudain le cas. Après mûre réflexion, il semblerait plutôt que ce film n’ait guère lieu de plaire à la tribu des amazones new-age. Plusieurs femmes sauvées à de multiples reprises par un homme ; une tension érotique poignante entre un personnage de genre et de sexe féminin, armé d’un bras mécanique, et un personnage de genre et de sexe masculin, ténébreux ; et le comble, une femme enceinte de son tortionnaire qui n’a même pas la décence de se débarrasser de sa progéniture avant de passer sous les roues d’un camion. Tout cela sent bon la réaction, les codes ancestraux et les clichés phallocrates. Et ne parlons pas de cette femme, ostensiblement dévêtue pour servir de leurre aux hommes de passage, et qui ne fait pas un seul instant impression sur le personnage de genre et de sexe masculin susnommé. Comment ose-t-il résister à une ruse montée par des femmes ? Cela voudrait-il dire qu’il est plus intelligent qu’elles ? Outrance !

Un grand malentendu et un peu de mauvaise foi

Revenons à un peu plus de sérieux. Pourquoi les illettrés ordinaires ont-ils vu dans ce film un plaidoyer féministe ? Parce qu’ils ont cru voir une course à l’indépendance, à la libération du patriarcat et patin, et couffin. D’où résulterait l’idée selon laquelle on assisterait là à une mise en scène du progrès de société. Et c’est bien l’erreur. Où est le progrès de société ? Il est dans la citadelle des super-vilains, où l’on se sert d’êtres humains comme "globulards", c’est-à-dire comme réservoirs de sang pour soigner les guerriers affaiblis. Les femmes sont exploitées comme des pondeuses, de la marchandise reproductrice - on se gardera bien de faire des parallèles avec l’histoire la plus proche. Quelques unes d’entre elles sont même réservées au seul usage de produire du lait maternel, que l’on transporte ensuite dans des camions-citernes. Le culte du chef, qui vous emmène chevaucher sur l’autoroute du Walhalla chromé, l’exploitation industrielle des ressources humaines, l’accaparement systématique des biens communs tels que l’eau, c’est bien là la représentation des totalitarismes progressistes.

À l’inverse, quel est le corpus imaginaire qui accompagne les femmes dans ce film ? La pureté, le courage, la conservation des richesses de la terre, le soin apporté aux démunis. On se croirait dans les Saintes Écritures, tant cette idée paraît familière à la tradition. Héritières de la femme forte, tenez-vous bien : « Elle a considéré un champ qui lui a paru fertile, et elle l’a acheté ; elle y a planté une vigne de fruit de ses mains. » (Proverbes 31, 16). Mais évidemment, à l’inculture et au dogmatisme il n’y a pas de limites. Il aura suffi de forcer une ou deux ceintures de chasteté, de mettre une femme courte de cheveux au volant d’un camion de guerre pour que les militantes de réserve se sentent pousser des casques ailés de walkyries.

Peut-on être femme à part entière ?

L’imperator Furiosa, en bonne place dans l’armée des méchants, si elle avait vraiment ressemblé à une féministe pure et dure, aurait pris la place du super-vilain Joe le Macho, pour remplacer la moitié des femmes pondeuses par des sortes de mâles reproducteurs tenus en laisse. Elle aurait coupé la tête de la moitié des guerriers et les aurait remplacés par des femmes, dans un esprit de parité et de progrès. Au lieu de cela, elle sauve les filles innocentes. Elle les arrache à l’exploitation moderne des corps pour les emmener dans une espèce de jardin fertile, où croissent les richesses de la nature. Retour, en somme, à une vision traditionnelle de la vie, qui lie la féminité à la fertilité, à la transmission (ce sont des femmes, qui dans le film, semblent avoir conservé cette étincelle du passé après l’Apocalypse), au courage et à la justice. On est à la croisée de Judith et de Magna Mater, de Jeanne d’Arc et de Catherine de Pisan.

Devant une telle démonstration de force, la féministe de base perd totalement le contrôle. « Ah, Furiosa, déesse de mes nuits, soleil de mes jours, Furiosa, le personnage dont je n’osais même pas rêver. » L’autrice – en bon langage contemporain – de l’article, une certaine Mymy, est tellement engoncée dans son filtre cognitifs que l’apparition de ce personnage, si peu conforme au modèle des féministes ordinaires, l’a subjuguée. Elle a cru voir un homme, en réalité. Enfin, la créature du sexe faible s’est hissée à la hauteur des mectons musclés, elle s’est libérée de sa servitude volontaire ! C’est la lutte finale, une femme virile est née. Et c’est là tout le risible de cette manipulation. Des siècles de femmes, de mères fortes, dignes, exceptionnelles pour en arriver là. À une poignée de militantes pour lesquelles une femme ne peut être entièrement femme qu’en se grimant en homme. Car c’est bien là la clef. Pourquoi « Furiosa » est-elle une potentielle égérie féministe ? Pas pour son courage, pas pour ses espérances, mais parce qu’elle a abandonné tous les codes de surface de la féminité : « Furiosa est une femme, une vraie, une femme blessée, guérie, amputée, conductrice badass, tireuse hors-pair (la scène où Max lui sert de trépied parce qu’elle vise mieux que lui sur de grandes distances = tout ce qu’il faut savoir sur l’humilité de ce grand malade)… ». On reste rigoureusement en surface, l’œil rivé sur des futilités.

Mymy n’a pas vu que c’est Max qui empêche les femmes de s’engouffrer dans le désert, et les sauve ainsi d’une mort certaine, que c’est avec son sang qu’il secourt la guerrière agonisante. Elle n’a pas vu que c’est un homme qui se sacrifie pour définitivement mettre fin à la poursuite. Aucun intérêt, pensez. En poursuivant dans cette logique de paranoïaque, on en viendrait vite à admettre que sans les hommes, les femmes ne seraient rien, tout comme les hommes ne seraient rien sans les femmes. Intolérable !

Pour en finir avec le crétinisme culturel

Mad Max Fury Road n’est pas un film féministe, donc. Comment aurait-il d’ailleurs pu en être ainsi ? C’est au contraire un film qui rend à la féminité une certaine noblesse, et qui l’associe dans un lien nécessaire au caractère masculin, son complément naturel, en opposition à la monstruosité asexuée des tortionnaires, qui ressemblent plus à des produits in vitro ratés qu’à de véritables créatures humaines. Mais c’est surtout un film qui n’est pas engoncé dans une idéologie, et c’est bien pour ça que c’est un succès.

Absurde, tout cela ? On est en droit de se le demander. En réalité, il s’agit juste d’une énième manipulation culturelle dont beaucoup seront dupes. Les plus zélés de la prétendue réaction rejetteront le film pour cette raison précise. Ce sont ceux qui préfèrent abandonner l’enjeu culturel à l’esprit du Progrès plutôt que contester une annexion illégitime. Beaucoup de bruit pour rien, somme toute. Mais en attendant que les marxistes y voient une allégorie de la lutte des classes et les ovnilogues une manifestation extraterrestre, ces quelques lignes devraient suffire à empêcher la pollution totale d’un bon film de bagnoles par l’esprit des 343.

Hélie Destouches

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