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La force de l’être

23 novembre 2013 Athanase Ducayla

Cet article, perdu suite à notre piratage, méritait d’être publié de nouveau.

La plupart des gens dénoncent la violence et ils ont raison, mais beaucoup la confondent avec la force, aboutissant à un processus de victimisation intégrale et généralisée, que René Girard désigne comme étant l’Antéchrist prédit dans l’Apocalypse de saint Jean, à savoir l’imitation banalisée, systématique et usurpatrice du Christ et de son sacrifice. Contre cette tendance au catholicisme mouton, mais contre la violence, nous allons apporter une solution métaphysique (philosophie première) : la force de l’être, et démontrer ainsi qu’il est parfaitement légitime et même nécessaire d’utiliser la force contre l’État.

Jules Breton (1827-1906) La bénédiction des blés en Artois 1857

I) La réalité des choses

Qu’est-ce que « la réalité des choses » ? Ce n’est pas là une idée, c’est ce que sont les choses : leur être. Un des plus grands problèmes de notre temps, c’est de raisonner en termes d’idées sans les mettre en relation avec des réalités : or de la réalité viennent les idées vraies, et d’a priori non vérifiés viennent les idées fausses.

Tout d’abord, dissipons le brouillard bien-pensant : l’État socialiste est un État libéral, et même tellement libéral qu’il en devient totalitaire. L’opération est très simple, et il suffit de considérer les deux principes de la société libérale contemporaine, posés en 1789 mais déjà en germe après les guerres de religions (choix de la neutralité axiologique de l’État pour éviter les conflits) :

  • On naît libres et égaux en droits
  • Afin que tout le monde puisse jouir de ce premier principe, il faut ce qu’on appelle le Droit, sur lequel s’appuyer. Le Droit se construit pour limiter la liberté donnée comme principe. Il n’est donc pas étonnant que le Droit évolue vers ce que nous combattons aujourd’hui. Il n’a plus vocation à protéger l’être des personnes et des choses, mais leur liberté. Autrement dit, notre société n’est plus construite sur l’être, mais sur l’avoir, sur le désir de possession, limité par le Droit. Nous sommes dans un système complètement contractuel, avec quelques vestiges de loi naturelle transformés en contrats, modifiables au cours des âges, alors que la réalité elle, ne change pas dans son essence.
    Voilà ce qu’on appellera la métaphysique (ou philosophie première) libérale.
    Il est nécessaire, pour s’en sortir, de revenir à l’autorité de l’être (et non pas à un passé révolu), c’est à dire à la loi naturelle : ces lois qui ne sont pas des produits de l’esprit, mais des réalités structurantes, les poutres de l’édifice humain et plus généralement de l’édifice naturel.

Que nous votions pour l’UMP ou le PS, nous aurons la même chienlit au pouvoir, la même clique libérale derrière des masques plus ou moins alléchants, de droite ou de gauche, s’entendant non pas à reconnaître la loi naturelle, mais à appliquer les idéologies libérales, qu’elles soient économiques ou sociétales. Or le libéralisme économique conduit au libéralisme sociétal et réciproquement, Jean-Claude Michéa l’a démontré et maintes fois rappelé dans son œuvre.

Le résultat du compte, c’est cette violence qu’exerce l’État sur le réel, au quotidien des français, par l’application de ces idéologies libérales, teintées de marxisme ou non. Nous ne voulons pas de cette saloperie qui détruit la France depuis plusieurs siècles, et qui s’est "incarnée" en la République Française, dont le plus grand défaut n’est pas tant d’être une prostituée , mais de n’avoir pas de corps et de n’être qu’une idéologie entretenant un processus sacrificiel tous les 5 ans, avec Messie à la clef, puis nouvelle illusion, le tout entretenant ce que dans les cultures archaïques nous appelons le mythe de l’Éternel Retour.

La Putain-république sacrifiant la France — Athanase Ducayla

II) La solution : l’être

La violence est par définition l’abus de force, le viol de l’être d’une chose. Elle est un désir de possession, une volonté de puissance sur un objet. La force, elle, n’est que l’expression de l’être d’une chose. Le meilleur exemple est la lumière. La lumière est ce qu’on appelle en sciences une onde corpusculaire : elle est constituée de photons vibrant à des fréquences multiples, elle est donc constituée d’êtres vibrants. La ténèbre, par opposition, n’est rien, car n’est constituée d’aucune chose, matière ou esprit, et la force de la lumière dissipant la ténèbre, c’est l’expression de son être. Peut-on parler de violence de la lumière ? Non, les faits sont là.

1) Ce qu’on appelle la violence

Nous sommes enfermé dans ce que René Girard, dans Je vois Satan tomber comme l’éclair, appelle l’Antéchrist, ce processus de victimisation systématisé, nommant toute force réelle et légitime comme une violence, qui serait alors condamnable. Le résultat est que toute force est aujourd’hui condamnée comme contraire à la morale. C’est une catastrophe :

« Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. Les puissances et les principautés se veulent « révolutionnaires » désormais et reprochent au christianisme de ne pas défendre les victimes avec assez d’ardeur. Dans le passé chrétien elles ne voient que persécutions, oppressions, inquisitions.[…]
Dans le langage symbolique du Nouveau Testament, on peut dire que, pour essayer de se rétablir et triompher à nouveau, Satan dans notre monde emprunte le langage des victimes. Satan imite de mieux en mieux le Christ et prétend le dépasser. Cette imitation usurpatrice est présente depuis longtemps dans le monde christianisé mais elle se renforce énormément à notre époque. C’est le processus que le Nouveau Testament évoque dans le langage Antéchrist. Pour comprendre ce terme, il faut commencer par le dédramatiser, car il correspond à une réalité très quotidienne, très prosaïque.
L’Antéchrist se flatte d’apporter aux hommes la paix et la tolérance que le christianisme leur promet mais ne leur apporte pas. En réalité, ce que la radicalisation de la victimologie contemporaine apporte, c’est un retour très effectif à toutes sortes d’habitudes païennes, l’avortement, l’euthanasie, l’indifférenciation sexuelle, les jeux du cirque à gogo, mais sans victimes réelles, grâce aux simulations électroniques, etc.
Le néo-paganisme veut faire du Décalogue et de toute la morale judéo-chrétienne une violence intolérable et leur abolition complète est le premier de ses objectifs. L’observance fidèle de la loi morale est perçue comme une complicité avec les forces de persécution qui seraient essentiellement religieuses. »

2) La violence de l’État contre la société organique

Comme nous le précisions plus haut, l’État libéral, par la nécessité d’orchestrer les libertés présumées acquises de tous, est astreint au contrôle de plus en plus totalitaire, et sachant que la seule référence est le contrat — le Droit, il arrive un moment où l’État viole l’être des choses, sous prétexte de limiter la « Liberté » ou de la donner. Le résultat est que des lois purement abstraite détruisent la structure du réel, autrement dit ce qui structure l’ensemble des êtres. L’État n’est plus ce qu’il doit être : le protecteur de la cohésion naturelle et organique entre les êtres humains ; il est dans le contrôle de tout, depuis les boîtes d’allumettes jusqu’à l’éducation. Au lieu de protéger la société organique, c’est-à-dire la société où chacun est à sa place selon son métier, selon son talent, avec la liberté dont il a besoin pour être, l’idéologie républicaine veut tout contrôler, exactement comme une mère aurait tendance à agir dans une famille où le père est absent et n’assume pas son rôle. L’État qui était jadis un patriarcat tentant d’incarner au mieux la valeur du don de soi intégral et le respect de ce que sont les choses, est devenu un matriarcat, un État nourricier, tellement généreux qu’il empêche à ses enfants de se confronter à la dureté de la réalité.

3) La légitimité de l’usage de la force…

L’idéologie qui nous violente et détruit la société organique doit être combattue. Il faut le dire, c’est la guerre. Nous ne cherchons pas à posséder ou conquérir quoi que ce soit, mais à défendre la loi naturelle, et il est légitime de reconnaître la guerre « froide » que l’État républicain a déclaré au peuple de France, tout simplement parce qu’elle est déjà engagée.
Pour l’instant, il s’agit avant tout de force morale, mais viendra bientôt la nécessité de l’usage de la force physique, pour le bien commun et le bien de chacun. Il ne faudra pas se rabattre sur un bouc émissaire, mais combattre l’idéologie, ce qui impliquera une confrontation avec ses défenseurs, tout d’abord rhétorique, puis par la force s’il le faut. La difficulté est que l’ennemie est l’idéologie, par essence désincarnée : cela implique une remise en cause incessante du combat, car celui-ci se produira contre des individus, dont la mise hors d’état de nuire (ou mieux, en état de nous aider) ne devra jamais être la fin, mais tout simplement le moyen.

4) … pour une véritable démocratie

L’idéologie républicaine nous a vendu le rêve de la Démocratie, mais qu’en est-il ? Le peuple est-il au pouvoir ? Non, nous avons affaire à une oligarchie corrompue, et même d’une telle médiocrité que nous pourrions l’appeler médiocratie. La véritable démocratie, c’est « les libertés en bas, l’autorité en haut » selon le bon mot de Charles Maurras, qui soulève le paradoxe fonctionnel de notre régime actuel :

« Les mêmes hommes qui refusent au citoyen le droit de traiter des questions qu’il connait et de gérer les intérêts qui lui sont les plus proches, les mêmes hommes qui refusent à l’électeur municipal le droit de changer une fontaine de place ou d’ouvrir un chemin sans la permission de l’État, prêtent, par la plus étonnante des fictions constitutionnelles, au même citoyen et au même électeur le pouvoir absolu de faire un choix sensé et d’émettre un avis utile sur les questions les plus lointaines, les plus profondes et les plus épineuses de la politique générale : cet électeur, ce citoyen, dont on suspectait tout à l’heure la compétence en des sujets fort modestes, est tout d’un coup censé posséder les lumières des classes de l’Institut, puisqu’on propose à ce citoyen de choisir entre la politique radicale et l’opportunisme, entre l’autoritaire et la libérale, entre le socialisme et le capitalisme, et qu’il a le droit d’orienter par son choix, par son vote, la législation, la haute justice, la diplomatie, l’organisation militaire et navale du pays tout entier ! »

En un mot, à chacun ses compétences : laissons chaque français agir en communauté dans ses domaines de prédilections, au travers de micro-république locales, pour une véritable démocratie et de véritables libertés, et laissons les questions de la politique de l’État à un Roi, qui aura reçu une éducation à l’exercice du pouvoir, à travers une hérédité où la transmission de ces compétences et du sens du sacrifice est assurée.
Tôt ou tard, il faudra virer les incompétents qui nous gouvernent, qui se servent dans la caisse et gèrent tellement mal les finances qu’ils en arrivent à une dette astronomique de près de 2000 milliards d’euros, et qui nous interdisent les libertés élémentaires dans les domaines qui nous concernent. Il faudra mettre à la place un pouvoir paternel, protecteur et au service des plus faibles, respectant ce qui structure spontanément le corps social : les associations locales, les corporations, la diversité des localités…

23 novembre 2013 Athanase Ducayla

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