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Sur Lampedusa, le monde a pleuré. Le débat a fait rage. Par plusieurs fois. On montait au front médiatique insulter le plus fort possible cette Europe égoïste qui laissait mourir les pauvres migrants dans leur bateau. On entendait même, encore récemment, une bonne conscience nous tancer, nous, qui, ayant peuplé le monde à partir de l’Afrique, refusions d’accueillir les africains qui voulaient nous suivre aujourd’hui. Et puis, après tout, posons-nous la question : il est vrai que l’histoire de l’habitation de cette terre par l’homme est une suite ininterrompue de migrations massives, de fusions d’ethnies à la faveur de voisinages toujours changeants. Alors, pourquoi en arrêter le mouvement ?

À cela, la Genèse apporte une réponse. Avant l’épisode de la Tour de Babel, il semble bien que l’humanité est constituée d’un seul bloc, la descendance immédiate de Noé, dont le salut dans l’Arche constitue le récit précédent. Pour se donner un titre de gloire, cette humanité renouvelée décide de bâtir une tour qui atteindra jusqu’aux cieux. Or l’Éternel, dans le monologue que la Genèse lui prête, tient cette construction pour un mal en soi ; il est mauvais, voire dangereux, que l’homme, par le travail de ses mains, touche à la demeure des puissances immatérielles. Ainsi apparaît le dessein de Dieu pour l’homme : l’humanité ne sera vraiment unie que dans le Timor Domini ; mieux, « Babel » signifiant « Porte de Dieu », l’Éternel refuse ce moyen matériel, et veut que l’homme ne soit uni à lui, proche de lui, que par son obéissance. Pour atteindre à cet état qu’Il veut pour les hommes, Dieu leur donne plusieurs langues, leur rendant impossible de s’entendre pour achever leur funeste projet.

Ainsi s’établit un ordre nouveau : la réaction de Seigneur n’est pas à comprendre comme une pure destruction, un acte uniquement négatif ; par elle, Il donne un chemin à suivre à Sa créature, un mode d’être dans le monde. Les hommes seront divers, multiples par l’attachement à la terre où le Seigneur les a envoyés (« l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre » Gn 11,9) et qui forme leur culture ; ils seront unis et semblables par leur obéissance à la volonté de Dieu. C’est bien après cet épisode que le terme de peuples sera utilisé pour désigner les hommes. L’histoire du Salut, et, a fortiori, l’histoire de l’homme moderne se situe donc bien dans le cadre d’une humanité répartie en peuples distincts. Et, premier constat : pour honorer ce dessein divin, peut-être les hommes sont-ils censés chercher à développer, enrichir et exploiter justement la terre sur laquelle ils sont nés, au lieu de se réfugier là où l’herbe est déjà verte. Le Seigneur ne veut pas d’une terre dont une moitié grouille de tous les hommes et file malgré son talent vers l’explosion, et dont l’autre se meurt d’abandon et de pauvreté.

Cette interprétation trouve un écho dans le Nouveau Testament. En effet, par la parabole du fils prodigue (Luc 15,11), le Christ parle à ses disciples de bien plus que l’amour infini du Père qui pardonne toujours malgré la persévérance dans le péché de Son enfant. En effet, cette parabole met en scène le fils qui, sur un coup de tête, s’exile vers un ailleurs perçu comme meilleur et plus jouissif : c’est bien ce que représente la dilapidation immédiate des biens que lui a confiés son père. Or, une fois le temps de la fête passé, la désillusion est grande, et le jeune homme est condamné à vivoter de peu et dans la honte. Ce n’est que lorsqu’il retourne chez lui qu’il retrouvera la vraie félicité, que lui offre, avec son père, la terre nourricière, sacrifiant le veau gras pour son retour. Ainsi, l’homme n’est pas contraint à rester chez lui, interdiction ne lui est pas faite de s’en aller ; seulement, le désespoir du fils prodigue loin de chez lui témoigne de la détermination culturelle de l’homme, et de sa liaison indépassable avec la terre qui l’a formé. C’est en définitive pour son plus grand bien que l’homme est appelé à rester sur sa terre et à la cultiver pour la donner plus riche à ses enfants.

L’Église n’a que faire de ce qui produit des troubles et des désordres dans la vie humaine. La Vérité n’est pas un concept lointain, disponible à quelques esprits éclairés seulement, elle est gravée dans le cœur de l’homme et répond à tous ses actes. Ainsi que la sexualité dépravée des homosexuels de San Francisco a engendré le virus destructeur du SIDA, les violences, les désordres, la misère qu’engendre l’immigration faite doctrine et principe ne doivent pas être comprises comme des résistances pénibles au bonheur qu’auront les hommes à vivre tous ensemble dans un grand mélange indistinct. L’homme moderne se doit de préserver sa culture pour l’offrir toute pure à son Seigneur, et d’aider ceux qui n’en ont historiquement pas eu les moyens à atteindre un stade où l’exil, pourtant si terrible pour l’homme antique, ne sera plus envisagé avec tant d’évidence. C’est ce que Benoît XVI a appelé le « droit à ne pas immigrer », qui, s’il s’adosse au droit à immigrer que reconnaît l’église, précède ce dernier, qui correspond à des situations d’urgence vitale ou de besoin provisoire. Préférons cette vision responsable, complète et réfléchie aux agitations légères d’un clergé parfois trop ami des médias.

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