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[EX-LIBRIS] Maurras & Dutrait-Crozon : Si le coup de force est possible. Ré-actualisation [Partie II]

Partie II : Étude de la possibilité d’un coup de force

« Le révolutionnaire est entièrement conscient de la lutte engagée entre le Nationalisme, porteur des valeurs créatrices et spirituelles de l’Occident et le Matérialisme sous ses formes libérales ou marxistes. »
Dominique Venner

Dans les chapitres suivants, les auteurs étudient les points qui semblent importants à la réussite d’un coup de force, ils s’attachent également à répondre aux oppositions qu’ils ont rencontrées avec cette idée par le passé.

Les nouvelles technologies

Au tout début du XXe siècle, Maurras s’entendait déjà répondre que les nouvelles technologies — entendez par là le téléphone et le télégraphe — rendaient tout coup de force impossible. En effet, ces dernières permettent une réactivité que n’avait pas l’État auparavant, ainsi, en un rien de temps l’armée ou la police peuvent être appelées sur un point chaud. Ainsi l’effet de surprise si important pour la réussite du coup est annihilé. Et sur ce point nous pouvons dire sans risque que la situation est au moins la même, si ce n’est pire. Cependant, Maurras répondra que ce qui est un avantage pour l’un peut aussi le devenir pour l’autre. En rejetant comme les auteurs l’idée d’un affrontement direct « dans une bataille rangée », il est possible d’imaginer d’autres moyens. Avec les technologies actuelles il est très facile de planifier et de diriger une action disséminée en plusieurs points. Prenons l’exemple d’une grande manifestation à Paris. De fait des CRS encadreraient cette dernière, mais que se passerait-il si cinq ou six groupes d’une dizaine de personnes prenaient position à des lieux différents dans Paris, en marge de la manifestation ? La police serait totalement débordée et perdue au milieu de ces petits groupes d’action, ayant de plus la capacité de se mouvoir rapidement. Les opposants du coup de force répondront aujourd’hui la même chose que ce qui a été répondu à l’Action Française, à savoir que ces moyens de communication peuvent être surveillés. Néanmoins, les auteurs affirment à propos de l’État qu’« en temps normal, la pléthore de ses fonctions cause une négligence dans les services ». En effet, quand on voit toutes les actions organisées par le Printemps Français, les Hommen, l’Action Française ou bien Hollande Dégage, on peut légitiment se demander si l’État prend vraiment la peine de surveiller les communications ou Facebook — mis à part pour surveiller d’éventuelles apologies du terrorisme.

L’argent

Grand point d’opposition entre l’Action Française et les autres adeptes du coup de force : l’utilisation de l’argent. Les auteurs citent des articles parus dans « une feuille conservatrice » à propos du coup de force : « Un moyen bien efficace, c’est l’argent, c’est la corruption, disons le mot puisqu’il est exact. Elle l’a été de tout temps, mais elle est le grande levier de notre époque », et se positionnent de manière radicalement différente. S’ils reconnaissent l’argent en tant que moyen, celui-ci ne reste pour eux qu’une ressource indirecte de la prise de pouvoir : « La propagande, qui ne se fait pas sans argent, importe beaucoup plus que l’emploi direct de l’argent à la réussite du coup de force ». Cette position est encore plus vraie aujourd’hui, l’argent pourrait acheter beaucoup, à combien se vendrait un Sarkozy ou un DSK sur le marché de l’occasion ? Néanmoins, il ne suffirait que d’une surenchère pour que le plan tombe à l’eau, et ne parlons même pas de la confiance que cela nécessite dans ces hommes une fois le paiement versé. De plus, nous avons aujourd’hui un nouveau moyen que le trio ne pouvait guère imaginer : internet. Même si la ré-information d’un blog ou d’une gazette a un coût, il est bien plus faible que l’entretien d’un journal (sans aides de l’État, il va sans dire). Cependant, il comporte aussi certains inconvénients, notamment celui de disperser les informations — et donc les lecteurs — entre différentes plateformes. L’union qui pouvait être faite autour du journal de l’Action Française, seul support de réflexion du « nationalisme intégral », dépassait de loin le seul cadre du royalisme. Ainsi, l’argent ne doit servir qu’a rassembler autour d’un idéal : celui d’ancrer la contre-révolution dans le temps. Certes, par la corruption il est possible d’arriver au pouvoir, mais il est plus qu’incertain de s’y installer dans la durée.

L’argument moral contre la corruption est survolé. C’est ici la patte maurassienne du « politique d’abord » : pourquoi en effet se soucier de la morale si l’argument est déjà réfuté par la politique ? Pour ce qui est de la morale du coup d’État, nous y reviendrons plus tard.

La centralisation

Les auteurs définiront la centralisation de l’État Français comme son talon d’Achille, ce sera d’ailleurs le sujet du premier appendice : « Centralisation et conspiration ». Tout d’abord parce que « cet État central, tout oppresseur et persécuteur, apparaît au public comme une très sublime providence qu’il aime, craint, et dont il ne peut se passer ». Ainsi, d’après eux la masse se « tournerait automatiquement du côté » du pouvoir, car son seul souci serait d’être « favorisé, protégé ou placé ». Cette thèse apparaît encore plus vraie aujourd’hui : le système distribue les allocations à ses électeurs comme un professeur attribue les bons points à ses élèves. Par cette situation d’interdépendance, l’État se trouve en position de faiblesse. En effet, un gouvernement qui ne doit son pouvoir qu’à la corruption du peuple ne peut régner qu’avec les caisses pleines.

En outre, les auteurs mettent en exergue que celui qui détient le pouvoir obtiendra facilement l’appui du peuple, puisque celui-ci est habitué à manger dans la main même du pouvoir. C’est le seul développement de l’opuscule où l’opinion du peuple semble prendre moins d’importance. En cela, ils rejoignent totalement de Maistre et ses Considérations sur la France à propos du Français : « Intrépide devant l’ennemi, il ne l’est pas devant l’autorité, même la plus injuste ». Et même si l’état d’esprit a beaucoup changé, depuis la révolution aucun coup de force n’a eu lieu par le peuple. À partir de cette période — et c’est encore plus exacerbé depuis quelques années — ce dernier a horreur de la violence civile, il préfère vivre sous le joug d’un dictateur que de se lever. En cela, la révolution est encore la matrice de la société actuelle, il y eu tant d’horreurs en si peu de temps que le peuple se refuse désormais à tout soulèvement de peur que de telles violences se reproduisent. Par conséquent, il est possible que les Français — dans leur majorité — ne bronchent pas outre mesure en cas de coup de force.

Enfin, la centralisation du pouvoir permet aux éventuels putschistes de ne cibler qu’un seul lieu : Paris. La France vit au rythme parisien, et en s’emparant de quelques points névralgiques « cette place Beauvau, ce Ministère de l’Intérieur, cette salle des dépêches en ce Ministère », c’est le pays tout entier qui tomberait. La situation est à peu près la même aujourd’hui, celui qui prend l’Élysée détient symboliquement la France, la place Beauvau reste incontournable pour tenir Paris, tandis que le ministère de l’intérieur est nécessaire pour éviter un contre-coup. Cependant, comme nous le verrons par la suite, les relations diplomatiques extérieures sont capitales pour la pérennisation du nouveau gouvernement. Pour cela, il apparaît d’une importance primordiale de s’emparer également du ministère des affaires étrangères, car il serait vain de tenter de mettre en place une diplomatie sans ce dernier.

Hubert d’Abtivie

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