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[ÉDITORIAL] Le véganisme et les catholiques

De « balance ton porc » aux pétitions anti-chasse en passant par les « convois de la mort » dénoncés par certains, les animaux sont décidément à l’honneur ces derniers temps dans un débat public où l’anathème semble avoir remplacé la raison. Sujet sensible parce qu’il renvoie l’homme à lui-même, tout semble n’être plus qu’affaire de sentiment dans ce débat fait d’excès qui vient toujours plus fracturer le « vivre ensemble » d’une société déjà minée par des crises politiques et économiques à répétition.
Essentiellement culturelle, la question de la place de l’animal dans notre société contemporaine pose la question du rapport qu’entretient l’homme avec la Création, celle de sa responsabilité morale, et celle de la nature du monde qui l’entoure. Plus que les autres parce qu’ils savent avoir reçu la terre en héritage, les catholiques se doivent d’être sensibles à cette question et prendre part au débat, eux si habituellement soucieux des changements sociétaux. Ils le doivent parce que les doctrines qui fondent le véganisme font courir le risque d’un anthropomorphisme extrême où l’animal devient égal ou supérieur à l’homme. Renversant là l’antique séparation et hiérarchie des âmes végétatives, sensitives et intellectives, ce paradigme nouveau conduit à ne plus penser les spécificités de l’homme et à le condamner à ne plus être que le bourreau d’une création qu’il honnirait.
Responsable de cette dernière, il serait cependant dangereux fermer les yeux devant la folie de l’homme qui en vient à construire des fermes de mille vaches, à entasser les animaux dans des conditions d’hygiène déplorables, à les maltraiter, à user de la technique pour assouvir par n’importe quel moyen son désir de maîtriser la Nature pour sa propre satisfaction charnelle ou économique. Il serait folie encore de ne pas s’interroger sur la souffrance animale qui, comme l’écrit Léon Bloy au début La femme pauvre ne semble pas pouvoir servir à la rédemption du monde. Il serait folie de ne pas réagir face à la disparition quotidienne d’une biodiversité qui fit et fait la richesse et la beauté de notre monde. Il serait folie en somme de s’arcbouter par principe face aux excès des véganes, des antispécistes ou de la deep ecology ou d’y succomber bêtement. Plus que la question de l’animal, ce débat doit être élargi à l’ensemble de notre écosystème menacé et sur lequel les chasseurs, dont je suis, tentent pour la plupart de veiller, tout comme les associations véganes. Sans doute est-il temps, sans compromis, de faire converger des luttes similaires que certains s’ingénient à opposer. Il est temps aussi de désigner les coupables : l’industrie agro-alimentaire, la bétonisation forcenée, les règles productivistes édictées par l’UE, nos modes de consommation et nos aveuglements toujours faciles.
D’un excès à un autre, le débat sur véganisme donne aux catholiques une occasion de plus d’agir dans le temporel sur la base des principes sains qu’offre la Doctrine sociale de l’Église. Elle leur donne la possibilité de se réinterroger sur leur mode de vie souvent consumériste et sur ce que le monde exige d’eux. À nous donc d’agir en conséquence et en cohérence avec ce dernier qui pour nous avoir été offert ne nous appartient pas.

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