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[ÉDITORIAL] L’ENSEIGNEMENT OU LE MIRACLE AÉROPHAGIQUE

De Charles Péguy qui voyait dans la réforme des humanités de 1902 un des fondements de la Modernité qu’il honnissait, en passant par Hannah Arendt et sa Crise de la culture, à la destruction de l’Université dénoncée magistralement par Michel Henri - sans compter bon nombre d’autres penseurs, philosophes et pédagogistes de tous bords et de tout crin -, force est de constater que le XXe siècle ne cessa de s’interroger avec vigueur et parfois stupeur sur l’état de l’enseignement et de l’école en France. Force est de constater, aussi, que le nôtre, le malheureux, n’est pas en reste.

Ainsi, chaque nouvelle année et chaque rentrée scolaire apporte, comme une mécanique bien huilée, son lot litanique et gargantuesque de désespoir sur le classement PISA des élèves Français, son lot de réformes aussi souvent inapplicables qu’inappliquées et son lot d’interrogations sur l’état d’un système « mamouthesque » qui râle à en crever ; chaque rentrée scolaire, comme une catin aux abois, relance le débat animé et miné de la mixité sociale - ô miracle des inégalités ! - dans les établissements secondaires, de la carte scolaire, ou du droit d’accès des annuels bacheliers aux études supérieures ; chaque rentrée revient cyclique, cyclothymique et déroutante avec sa kyrielle de désillusions face au constat unanime d’une école républicaine - pourtant fière de l’image d’Épinal de ses hussards noirs -, qui ne sait plus quelle est sa vocation et dont les professeurs parfois malgré eux peinent à reconnaître la leur. Plus qu’un constat d’échec ponctuel, cette question est le reflet d’une société malade qui meurt de ne plus vouloir transmettre, d’une société atrophiée parce qu’elle a décidé, comme une pseudo-adolescente en rut et imbue de son « présentéisme », de ne plus vouloir être juchée sur des épaules de géants. Cela serait risible si ce n’était tragique. Et les bonnes âmes auront beau faire, elles auront beau nous rassurer sur la qualité, pour une fois élitiste, de l’école française en mesurant scientifiquement, chiffres à l’appui, le nombre des « startuppeurs » - ces héros modernes... - qui s’exportent à l’étranger, de médailles Fields, et de miracles thaumaturgiques en pagaille, nous continuerons, nous, parce que nous le savons trop bien, que tout cela n’est que brassage de vent, parce que les Humanités, l’autorité professorale, l’exigence et la rigueur ont déserté la salle de classe, de fabriquer, bien malgré eux, des crétins.

Las de ce constat - le Français aime se plaindre, c’est sa nature que voulez-vous... -, on dira que nombreuses sont les initiatives dont le bon sens et la réussite sont autant de pieds de nez au désespoir. Qu’elles soient privées comme celles promues par La Fondation pour l’école, Espérance banlieue, Espérance ruralité, L’École professorale de Paris ou une myriade d’école hors-contrats dont le succès ne se dément pas, ou publiques - il est désormais possible d’enseigner plus de latin que d’espagnol grâce à Monsieur Blanquer -, elles sont autant de répits en attendant la fin.

Paul du Rel

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