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[ÉDITORIAL] Comment peut-on être païen ?

Le paganisme. Un mot vieux comme le monde. Vieux comme l’Europe. Aussi poussiéreux que nos leçons d’Histoire – les vraies ! – qui nous enseignaient les mœurs des antiques tribus gauloises. Ces leçons qui, donnant corps au roman national, conféraient leurs lettres de noblesse aux hauts faits des centurions romains et des guerriers arvernes, mais n’omettaient pas la matrice de la France, de notre France. Et cette matrice était chrétienne.
Paganisme : que ce mot nous semble exotique, à nous autres Chrétiens d’Europe, à nous autres Français ! Le paganisme eut ses croyants, ou du moins ses tenants : les païens. Réticents à accueillir la Foi des apôtres, ces gentiles semblaient disparus ; nos leçons nous contaient d’ailleurs comment ils furent convertis, au crépuscule de Rome. Comment leurs velléitaires descendants, tout aussi réticents à embrasser la Croix, furent vaincus, tels les Saxons anéantis par le glaive de Charlemagne.
Et voici que, traversant les siècles à bonds de géant jusqu’à nous, l’inattendu surgit à nouveau des brumes, tel une nef scandinave. Sa proue, ornée du chef d’un dragon, peut impressionner nos contemporains. Elle inspire tout à tour la crainte et l’admiration. Elle fascine. Les Chrétiens, pourtant avertis du danger du culte du moi et des idoles, sont surpris. D’où vient ce paganisme régénéré, cette virilité exaltée, suscitant l’émoi d’un monde moderne en quête de repères ?
Le néo-paganisme est là, dans la Cité. Tel l’antique cheval, il a franchi la porte, il est dans les murs. Telle est la situation du néo-paganisme et de la Nouvelle Droite. Le monde feutré des catholiques de droite, prompt à s’offusquer du moindre écart à l’endroit de l’orthodoxie romaine, fraie parfois sans complexes avec ce syncrétisme nouveau et improbable, drapé dans la religion des grands ancêtres du continent – les Indo-Européens- et de la tradition – comprenez : la longue mémoire européenne. Ce néo-paganisme, dont la définition est complexe et l’appréhension malaisée, séduit facilement. Selon certains, l’équation est simple. Là où le catholicisme aurait failli à incarner une « religion identitaire », le néo-paganisme apporterait des « dieux de la Cité ». Là où l’Eglise aurait abandonné toute virilité au profit d’une moraline bourgeoise apeurée et convenue, il offrirait un code de l’Honneur viril et salutaire à une Europe en perdition.
A en croire ces néo-païens, l’Europe crèverait donc d’un trop plein de christianisme. Pour farfelue qu’elle soit, cette affirmation séduit certains catholiques : ces derniers voient en l’Eglise un rempart trop mou face aux dangers du monde moderne : décadence morale, effacement identitaire, dissolution démographique. Ces dangers sont bien réels. Comme tout problème d’envergure, ils appellent une solution. Mais cette solution ne peut venir d’une chimère ; elle doit surgir du réel, et surtout de la vérité.
C’est animés de cette volonté de chercher la vérité que doivent procéder les catholiques européens, confrontés au néo-paganisme. La vérité : voilà ce en quoi nous nous croyons, ce que nous professons à chaque messe et chaque Credo ; voilà bien ce que refusent les néo-païens.
S’il est infiniment minoritaire, le paganisme nouveau n’en est pas moins une tentation, tout à la fois esthétique, philosophique, historique, politique et spirituelle. Il convient de comprendre cette tentation, de l’analyser, de la discuter, afin d’en triompher. Un récent débat confrontait, dans une paroisse du XVè arrondissement, les vues du païen Alain de Benoist et du catholique Rémi Brague. La discussion doit se poursuivre. Ainsi pourront être battus en brèche les arguments de « l’éthique néo-païenne ».

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