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Du caractère redoutablement subversif des petits santons

Cet article a été publié pour la première fois le 22 décembre 2014

A la veille de la Noël, je ne résiste pas au plaisir de vous offrir cette belle image qui nous invite à nous recentrer sur l’essentiel et à méditer sur l’événement qui justifie toute cette débauche d’illuminations, de décorations, de sapins enguirlandés, de cadeaux et de mets raffinés : la naissance, il y a un peu plus de deux mille ans, de Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Roi et législateur des Nations et sauveur de l’humanité (En notre triste siècle d’égalitarisme échevelé, il ne faut pas lésiner sur la titulature).
J’avoue que cet envoi, simple et naturel, n’est pas dénué, en ces temps d’intégrisme laïciste, d’un certain esprit de provocation. Que voulez-vous : il est difficile d’aller contre son naturel.
Il faut bien reconnaître, en effet, que ces petits santons sont, par les temps qui courent, redoutablement subversifs. Il y a là, braqué sur les positions du Système, dans chaque santon, la puissance de tir d’un porte-avion nucléaire.
Imaginez : La scène met en lumière la naissance d’un enfant mâle, pas même métissé, né dans une famille traditionnelle, composée d’un père et d’une mère. Quelle provocation !
Un garçon, et non une fille : Dieu ne s’est guère embarrassé de la parité dans cette affaire. Il aurait pu faire naître des jumeaux : une fille, que l’on aurait pu élever comme un garçon en lui offrant une trousse de bricolage ou une panoplie de pompier ; et un garçon, que l’on aurait pu élever comme une fille, en lui offrant une dînette ou une poupée. Non : l’enfant de la crèche est un garçon qui sera élevé par ses parents comme un garçon. Avouez tout de même.
En outre, S. Joseph ne semble pas avoir sollicité un congé parental pour pouponner l’enfant. Pis encore, la Sainte Vierge n’a même pas eu la décence d’inscrire l’enfant à la crèche collective de Nazareth (ou à celle de Bethléem) afin de pouvoir prendre une activité professionnelle. Figurez-vous qu’elle est restée auprès de son enfant pour veiller à son éducation ! Belle mentalité !
D’ailleurs, le scandale commence bien plus tôt. Très exactement, neuf mois auparavant, lors de l’Annonciation : A l’archange qui lui annonçait sa prochaine maternité, Marie a répondu « Fiat  », humblement, sans poser de questions. Visiblement, elle ignorait tout du Planning familial. Elle aurait pu rétorquer à l’archange que l’enfant que Dieu voulait lui faire porter présentait un terrible danger pour la déesse Planète (devant laquelle, de nos jours, tout genou fléchit). Imaginez tout ce CO2 que l’enfant allait produire au cours de son existence ! De quoi faire pâlir d’effroi tous les technocrates de l’O.N.U et de l’Union européenne réunis. Reconnaissons-le : la question n’a même pas effleurée l’esprit de Marie : Confessons-le tout net : la Sainte Vierge ne semble pas très « éco-citoyenne ».
Et ce n’est pas tout. Pour effectuer le voyage de Nazareth à Bethléem, S. Joseph aurait pu s’endetter pour acheter à crédit un pur-sang dernier cri à un émir du Golfe. Non, il s’est contenté de sa vieille ânesse achetée trois francs six sous à un cultivateur des environs. Si Marie refuse de sacrifier à la déesse Planète, Joseph, lui, méprise le dieu Conso. Il ne faut pas trop compter sur lui pour relancer l’économie par la consommation. Quel manque de civisme ! Remarquons que Joseph et Marie semblent, doux euphémisme, peu portés sur le « bling-bling ». Ils ne passent pas les « fêtes de fin d’année » dans une luxueuse auberge du Maroc ou sur le stadium enneigé de Courchevel. Ils se sont installés, modestement, dans une grotte, avec pour literie une botte de paille et pour chauffage le souffle d’un bœuf de hasard. Le bœuf : l’animal le plus anti-bling-bling de la Création !
D’ailleurs, S. Joseph n’appartient pas à une catégorie socio-professionnelle très « tendance ». Il n’est ni intermittent du spectacle, ni international de football de l’ « Olympique de Jérusalem », ni journaliste politique sur la première chaîne romaine de désinformation, pas même sur « Rome 3 Provinces ». Ce n’est qu’un modeste travailleur indépendant, patron d’une toute petite P.M.E. de la Z.A.C. de Nazareth. Une entreprise de charpenterie. Rien de très exaltant.
Et pourtant, malgré son activité mécanique et une pauvreté réelle (la vieille ânesse, les vacances sur la paille), il est, ainsi que sa femme, descendant du Roi David : bref, encore des Re-de-de.
On ne pas dire que dans cette affaire Dieu ait fait beaucoup d’efforts pour satisfaire aux canons du politiquement correct. Avant de lancer son « opération Noël », Il n’a même pas pris le soin de consulter une agence de communication dont les honoraires ne lui auraient pas « coûté un bras », puisque Dieu, pur esprit, n’a pas de bras, mais l’auraient du moins contraint à hypothéquer deux ou trois cantons du Paradis. Pourtant, si Dieu s’était adressé à eux, les communicants auraient rivalisé de créativité. Ils nous auraient imaginé une crèche conceptuelle pleine de détails décalés, une crèche à laquelle personne n’aurait rien compris, à commencer par les snobs qui se seraient malgré tout extasiés devant elle pour avoir l’air branchés. On comprend que les communicants aient une dent contre Lui. Il faut se mettre à leur place : ils défendent leur pain quotidien, les pauvres ! (si j’ose m’exprimer ainsi, par antiphrase). Des esprits suspicieux, adeptes de la théorie du complot, pourraient même penser que Dieu se moque complètement des canons du politiquement correct et des idées fumeuses des communicants, qu’Il n’en a fait qu’à sa Divine Tête (à croire que Dieu est Breton, ce dont mon frère et quelques-uns de mes amis sont, d’ailleurs, intimement persuadés).
Tout ce que nous enseigne la Crèche prend l’exact contre-pied des projets idéologiques des apprentis sorciers qui prétendent nous gouverner, du syndicat de démolisseurs qui nous empoisonnent l’existence avec une rare ténacité, renversant sans vergogne les idoles du paganisme contemporain. Comment s’étonner dès lors que cette crèche leur soit insupportable ?
Que le bon peuple des contribuables tondus et des électeurs cocus s’abrutisse de bruit et d’images, « qu’il tourne sans repos sur lui-même à la recherche de petits et vulgaires plaisirs » (Tocqueville), qu’il se goinfre de foie gras bon marché, qu’il s’enivre de mousseux pour oublier la misère spirituelle, morale et matérielle dans laquelle on l’enfonce : c’est tout ce qu’on lui demande ! Mais surtout, il ne faut pas que son regard se pose sur cette crèche toute simple, qu’il s’attendrisse devant l’Enfant Dieu nouveau-né, qu’il contemple le doux et pur sourire de sa mère, qu’il se pique d’envier la place des bergers, la plus belle qui soit au monde, qu’il lève la tête vers le Ciel pour rafraîchir son âme d’un peu d’espérance, l’espérance de l’avènement du Sauveur, l’espérance du règne de Justice et d’amour du Bon Pasteur.
Concluons en une phrase : Ce ne sont pas les crèches qu’il faut ôter des lieux publics, des administrations et des mairies, ce sont les mercenaires qui livrent le pays au pillage, qui le détruisent méthodiquement, qui en bradent les libertés, qui abîment l’âme de ses habitants.
Des malfaisants (et le monde en est plein, dixit le regretté Michel Audiard), de ces individus qui osent tout et que l’on reconnaît d’ailleurs à ce trait de caractère (même référence), des laïcards francs-maçons, libera nos Domine !
Et que Son règne arrive !
Joyeux Noël.

Bonchamps

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